Après avoir chassé des milliers de pauvres, Ami Kane quitte le gouvernorat sans grande gloire

Deuxième femme à avoir occupé ce poste au Mali, le contrôleur général de police, Mme Sacko Aminata Kane dite Amy Kane, gouverneur du district de Bamako, fera valoir ses droits à la retraite en décembre prochain. Cette retraite intervient dans un contexte particulier. Des milliers de commerçants détaillants déguerpis à la faveur de l’opération de libération des voies publiques attentent toujours leur recasement. Le gouverneur du district de Bamako a été nommé lors du conseil des ministres du mercredi 1 juin 2016. Officier supérieur de la police, cette dame n’était pas inconnue du grand public. Puisqu’elle a été directrice de la brigade des mœurs. Directrice nationale de la police judiciaire depuis 2014, Ami Kane, dans la cinquantaine, avait la lourde tâche de relever des défis, notamment l’insalubrité, l’insécurité grandissante dans la capitale. Un autre défi à relever pour cette dame était de réussir l’organisation des élections communales. Plus d’un an après, celle que les Bamakois appellent une dame à poigne, n’a pas réussi grand-chose. Comme annoncé dans ses prérogatives, quelques jours après sa nomination, une opération commando de libération des voies publiques du district de Bamako a été lancée par le gouverneur du district de Bamako, Mme Sacko Ami Kane. Si cette opération était destinée à désengorger les grandes artères occupées par les commerçants pour faire de Bamako une ville propre, elle n’a pas donné le temps nécessaire aux occupants de chercher une place au marché. Alors que la plupart des occupants des voies publiques avaient des autorisations des mairies respectives et payaient tous les mois la taxe municipale. Cette dame dite de fer a été catégorique : «l’opération va continuer». Le hic dans tout ça, c’est que le gouvernorat n’avait pas de lieu de recasement pour les victimes. Connue et reconnue pour sa réputation nauséabonde, Ami Kane a du coup oublié que le pouvoir est très éphémère, surtout quand on fait des pauvres ses ennemis. En 2016, elle possédait un atome de pouvoir pour faire ce qu’elle voulait des pauvres qui cherchent à survivre quotidiennement. Rendre Bamako propre est une bonne initiative, mais elle devait se faire avec des mesures d’accompagnement. Malheureusement, le pouvoir a roulé sur les démunis qui ne savaient plus à saint se vouer. Quand un chef de l’exécutif local se décharge sur les maires, il y a lieu de s’inquiéter pour le pays. Pour Ami Kane, son rôle était de détruire et non de construire. Cette tâche, à ses yeux, revenait aux élus locaux. C’est pourquoi on a qualifié cette opération d’abus de pouvoir dans la mesure où le nouveau gouverneur de Bamako et les mairies du district de Bamako n’avaient pas donné suffisamment de temps aux occupants pour prendre les précautions nécessaires. Certes la mesure existait depuis longtemps et chaque citoyen a l’obligation de respecter la décision des autorités, mais c’est la manière qui n’a été pas orthodoxe. Combien de pères ou de mères de famille trouvent leur pain quotidien sur les voies publiques ? Des milliers et des milliers. Mme Kane sera admise à la retraite dans deux mois en laissant ses victimes dans la rue. Elle aura fait du «deux poids deux mesures». En effet, des commerçants détaillants ont été déguerpis, alors que les petites stations d’essence (dangereuses pour leur voisinage) sont restées à leur emplacement. Ce projet de déguerpissement a échoué. Ami Kane devrait avoir le poids de cet échec sur sa conscience. Sa retraite ne sera donc pas paisible. Zan Diarra Source : aBamako aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here