Présidentielle de 2018 au Mali : L’implication de la France dans la crise ivoirienne de 2010 doit inciter le Mali à la méfiance

Le Mali ira-t-il aux prochaines élections présidentielles prévues pour 2018 alors que le désarmement des groupes armés n’est toujours pas effectif ? Acceptera-t-il que la MINUSMA à travers son projet d’appui au processus électoral du Mali mis en place pour les élections de 2013 soit encore au cœur de l’organisation des élections de 2018 ? Le faire, c’est prendre le risque de se tirer une balle dans le pied, comme l’avaient fait les autorités ivoiriennes en 2010. Disons-le tout de suite : la crise au Mali a été planifiée et entretenue. Le complot international que les Maliens ont longtemps dénoncé existe bien même s’il est difficile de le prouver. En Côte d’Ivoire, dans la crise de 2010, ce genre de complot avait été dénoncé sans que les pro-Gbagbo puissent le prouver. Aujourd’hui, ces preuves commencent à se révéler au grand jour. C’est un site d’investigation français, Média part, qui vient, en effet, confirmer, preuves à l’appui, ce que bon nombre de personnes pensaient déjà : c’est la France qui a renversé le pouvoir du président Laurent Gbagbo avec la complicité du Conseil de sécurité de l’ONU. Et c’est la France qui a envoyé le président Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale avec le soutien complice de certains responsables de ce tribunal. Alors que ce procès est à un tournant décisif avec l’audition du principal témoin à charge présenté par l’accusation, le Général Philippe Mangou ex-chef d’Etat-major des armées sous la présidence de Laurent Gbagbo, Médiapart jette « un gros pavé dans la mare déjà pleine de la polémique sur le procès Gbagbo ». En effet, ce site d’investigation française qui a eu accès à un document confidentiel du ministère français des Affaires Etrangères, confirme le « montage » grotesque qui a amené l’ex président ivoirien devant la CPI. Un « montage » qui cache mal un autre complot, celui qui a mené à la chute du président Laurent Gbagbo et de son pouvoir. Dans ses lignes, Médiapart révèle que c’est bien les chars français qui ont détruit la résidence dans laquelle se trouvait le couple présidentiel au moment de la guerre et qui ont permis la capture de celui-ci par les hommes de Alassane Dramane Ouattara, aujourd’hui président de la République. On se rappelle, qu’au lendemain du second tour des élections présidentielles en 2010, alors que le pays vit déjà sous haute tension, la Côte d’Ivoire va se plonger dans une crise sanglante qui a abouti à l’arrestation du président Laurent Gbagbo. Celui-ci avait déclaré être le vainqueur des élections devant son adversaire Alassane Dramane Ouattara qui, lui- aussi, déclarait qu’il avait remporté lesdites élections. La suite, dramatique, est connue. Cette crise ivoirienne dont les répercussions n’ont pas fini de se faire sentir, doit donner à longuement réfléchir aux Maliens qui, eux-aussi, vivent une crise qui a commencée par…, une rébellion armée au nord du pays. L’on dit souvent que la rébellion ivoirienne dirigée à l’époque par l’actuel président de la l’Assemblée Nationale, Guillaume G Soro, avait reçu le soutien de la France qui s’en est servie pour déstabiliser le pouvoir de Laurent Gbagbo. D’ailleurs, c’est sur ce principal argument que la défense de Laurent Gbagbo et Charles Blé Coudé, s’appuie devant la CPI. Nous sommes en 2012, soit deux ans après la chute de Gbagbo, l’armée malienne est attaquée au nord du pays par un groupe rebelle identifié comme étant des Touareg armés. Ces combattants, dira-t-on, reviennent de la Lybie d’où le régime en place venait d’être renversé et le Guide Mouammar Kadhafi lâchement « assassiné ». Dans cette tragédie, le nom de la France est encore cité. Dans un premier temps, les rebelles maliens parlent d’indépendance et clament l’autonomie des régions nord du Mali sous leur contrôle. Lourdement armés, le gouvernement malien est vite mis en difficulté et doit faire appel à la France avec laquelle il a des « accords de défense ». La France arrive et repousse l’ « ennemi » jusqu’à la frontière. Plus tard, on dira que la France a sauvé la République du Mali. Mais, en réalité, ce pays avait déjà un plan murement réfléchi comme on peut malheureusement s’en apercevoir aujourd’hui. Des sites d’investigations ont révélé que l’ancien président de la France, Nicolas Sarkozy était en connexion avec les rebelles touareg maliens à qui il aurait promis un appui dans leur quête d’indépendance au Mali contre leur reddition dans l’armée de Kadhafi. Les mêmes sites révèlent que Nicolas Sarkozy, Alain Jupé et autres responsables politiques français, ont comploté pour envoyer des « djihadistes » combattre au nord du Mali. En 2013, après avoir « chassé » les groupes terroristes hors la frontière malienne, un blocus est vite instauré par la France autour de la région de Kidal interdisant aux autorités maliennes toute pénétration. Ce blocus demeure toujours et constitue la principale source de frustrations de milliers de Maliens déchirés entre indignation et incompréhension. Le contrôle de la Région de Kidal est devenu un enjeu mais aussi un objet de pression et de chantage sur le gouvernement malien qui, vraisemblablement, ne sait plus sur quel pied dansé avec un pays qu’il considère jusque-là comme « ami » et « partenaire » : la France. Aller aux élections sans un désarmement des groupes armés, serait un suicide Pour « légitimer » ses actions au Mali, la France a cherché et obtenu un mandat de l’ONU. Alors que l’ONU a déployé au Mali la « Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali » communément appelée MINUSMA, la France opère seule au nord du Mali avec ses forces spéciales appelées « Barkhane » dont le rôle officiel est de lutter contre le terrorisme au Sahel. Beaucoup se demanderont pourquoi ce n’est pas à la MINUSMA de lutter contre le terrorisme mais plutôt la France. Ça, c’est une autre ambigüité de la « crise malienne ». Au procès du président Laurent Gbagbo devant la CPI, le témoin à charge de l’accusation, le général Philippe Mango a plutôt fait des révélations très gênantes pour la France. S’il a soutenu la partialité de la France et de la force Licorne dans cette crise, Philippe Mango dira qu’il avait plutôt conseillé le président Laurent Gbagbo de ne pas aller aux élections sans un désarmement des groupes armés. « A chaque étape du processus, j’ai dit au président, n’allons pas aux élections, nos frères au nord sont encore en armes en lui rappelant l’exemple congolais ». Son conseil n’a pas été entendu. On connait la suite. Un cas d’école pour le Mali en proie à une rébellion armée depuis 2012 et qui s’apprête à organiser des élections présidentielles dans un contexte d’insécurité qui se généralise jour après jour. L’accord pour la paix et la réconciliation, a cependant prévu un désarmement et une démobilisation des groupes armés. Son calendrier n’a jamais été respecté. Arrivera-t-on un jour à le respecter ? Sachant que ce point essentiel n’est pas réglé, la France et l’ONU demande au gouvernement malien de faire des efforts supplémentaires pour faire avancer le processus de sortie de crise. De qui se moque-t-on ? Le désarmement des groupes armés, est un rôle dévolu à la MINUSMA. Mais pourquoi, n’y arrive-t-elle pas ? A-t-elle même la volonté de désarmer les groupes armés notamment la CMA ? Allez savoir. Dans son rapport, le SG de l’ONU fait un aveu d’impuissance lorsqu’il soutient que les groupes armés refusent de se désarmer. «Le refus des groupes armés signataires de remettre la liste de leurs combattants, demeure le principal obstacle au processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration qui doit débuter le 15 octobre 2017 » signe-t-il dans son rapport lequel rapport il ne manque pas de critiquer le gouvernement malien qu’il accuse de ne pas faire assez pour faire avancer le processus. Le gouvernement du Mali n’a pas tardé à réagir face à ses contrevérités qui cachent autre chose. A quoi jouent la France et l’ONU ? C’est la question que l’on pourrait se poser vu l’immobilisme de la MINUSMA face aux attaques répétées contre les populations et les forces de défense et de sécurité maliennes ; au regard également de rapports diligentés contre l’armée malienne et son gouvernement (rapport sur les droits de l’homme et rapport du SG de l’ONU). Le tout au moment où les autorités maliennes pensaient avoir joué leur partition et que la balle se trouvait maintenant dans le camp de la MINUSMA et celui des groupes armés notamment la CMA qui depuis le début du processus à aujourd’hui, joue le dilatoire. Le gouvernement du Mali doit-il organiser les élections présidentielles de 2018 alors que les groupes armés ne sont pas désarmés ? Le président Laurent Gbagbo l’a fait croyant que c’était la solution à la crise que la Côte d’Ivoire traversait. Mais, il n’avait pas vu venir la stratégie de la France d’utiliser ces élections pour le renverser. Sachant que le président Gbagbo résisterait, elle (la France) a laissé les rebelles avec leurs armes afin de contraindre par la force le régime de Gbagbo. Le Mali doit éviter le scénario ivoirien. A entendre le débat politique actuel, il faut vraiment craindre le pire en 2018. Si le Mali a failli basculer dans le chaos avec le référendum constitutionnel, que se passera-t-il le soir de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle en 2018 ? Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, les ennemis du Mali utiliseront notre division, nos ambitions personnelles pour installer le chaos. Et l’histoire a montré que ce n’est pas le Conseil de Sécurité de l’ONU, ni la France qui jouent les anges gardiens lors des élections présidentielles en Afrique. S’ils ne sont pas les diables en personne, ils jouent les pyromanes. La MINUSMA a mis en place un gros machin dénommé « Projet d’Appui au Processus Electoral du Mali » (PAPEM) financé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Ce machin avait pour rôle en 2013, année de sa création, de contribuer à l’ « organisation d’élections transparentes, régulières, libres et ouvertes à tous ». Le PAPEM attend encore jouer un rôle actif dans l’organisation des élections futures. Pourvu qu’il ne soit pas l’organe chargé de certifier les résultats des élections présidentielles de 2018. Une mission dévolue à la mission onusienne en Côte d’Ivoire en 2010 et qui est à la base de la crise postélectorale dans ce pays. Une chose est certaine, on ne découvrira le « complot » que lorsqu’il est trop tard. Pour le moment, tout le monde en parle, mais personne ne détienne des preuves. Ce qui a même poussé l’Ambassadeur Allemand au Mali, à faire une sortie médiatique pour soutenir la France déclarant qu’il n’y a pas de « complot » mieux dit-il, c’est « la France qui a sauvé le Mali en 2013 » et d’ajouter pour boucler la boucle que si la MINUSMA s’en allait aujourd’hui, le Mali disparaitra. Parole de diplomate. Aux Maliens d’être vigilants et solidaires. Tièmoko Traoré Source : aBamako aBamako

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