A dix mois de la fin du mandat : L’heure des actions trompe-l’œil

Pose de première pierre (marché rose), inauguration (marché de Darsalam), des cahiers à l’effigie du locataire de Koulouba, l’acquisition des nouveaux avions, communication tout azimut sur un bilan imaginaire… Le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, et ses ouailles multiplient les actions et investissent, de plus en plus, le terrain. La stratégie de saupoudrage est si bien orchestrée qu’on pourrait penser à un réveil (enfin) du « Manden Massa ». Mais IBK est trahi par le contexte, si bien qu’au sein de l’opinion nationale, l’on a vite compris les raisons de cette agitation: une maladroite tentative de redorer son blason auprès du peuple, en vue de la présidentielle 2018. Nul n’est dupe ! Et il faudrait bien plus des actions trompe-l’œil pour à la fois masquer un bilan désastreux et surtout espérer embarquer les Maliens dans une nouvelle aventure (avec IBK) aussi incertaine que périlleuse pour la mère patrie. Des avions militaires? Le Mali en a acquis, sans tambour ni trompette, aussi bien au temps de Modibo Keïta que sous Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré. Avec IBK, cela passe pour un fait extraordinaire, à la limite inédit. Ainsi, les quatre (nouveaux ?) avions récemment livrés à notre pays par la Russie sont brandis comme des trophées à travers un honteux tapage médiatique. Si les forces armées maliennes peuvent se réjouir d’avoir (après quatre longues années d’attente) des moyens supplémentaires pour lutter contre le terrorisme ; le Chef suprême, Ibrahim Boubacar Keita, est plutôt heureux d’avoir « quelque chose » à présenter à l’heure du bilan. Sauf qu’encore sur ce coup, des zones d’ombre subsistent, et des questions sont posées : Combien ont coûtés ces avions ? Disposent-ils de tous les accessoires pour être aussitôt opérationnels? L’avenir nous édifiera. En attendant, au sein de l’opinion nationale, l’acquisition de ces avions est assimilée au scénario « du médecin qui arrive après la mort », IBK s’étant lui-même offert (dès son accession au pouvoir) un Boeing au moment où les véhicules militaires sautaient sur des engins explosifs au nord du Mali. La campagne médiatique qui entoure aujourd’hui l’acquisition de ces appareils pour l’armée de l’air entre dans une logique de séduction (duperie ?) de l’électorat. Le marché rose de Bamako, dont la première pierre a été posée le vendredi 22 septembre dernier, et l’inauguration du marché de Darsalamn ont connu le même tapage médiatique. Sans doute, la campagne électorale 2018 est ouverte du côté présidentiel. Et IBK rêve d’un second mandat ! Mais ce ne sont nullement les inaugurations et lancement de travaux qui convaincront les Maliens qui ont en mémoire les multiples promesses du candidat IBK, élu avec son slogan le « Mali D’abord »… Que dire de ces chantiers qui, après la pose de la première pierre, n’ont jamais reçu une deuxième. Le projet de construction d’une Cité des officiers à Sébénicoro est illustratif. Trois ans après le lancement à grand renfort médiatique des travaux, il n’y a toujours pas une seule brique pour ce projet qui était censé offrir des logements décents à nos militaires… Au-delà, c’est surtout la gestion calamiteuse d’IBK qui causera sa perte à la prochaine élection présidentielle. Il a manqué à toutes ses promesses. En effet, ce premier quinquennat n’a pas été à la hauteur des espérances suscitées par son élection. Ceux qui rêvaient de le voir concrétiser ses nombreux engagements (irréalistes et irréalisables) pris lors de la campagne présidentielle de 2013, en ont eu pour leurs frais. Pis, le pilotage à vue, le manque de vision, les valses hésitations, les scandales politico-financiers, sont aujourd’hui les principales identités de la gestion désastreuse des affaires publiques. Alors que dans sa profession de foi, le candidat IBK promettait : « Chers compatriotes, la situation actuelle du Mali est marquée par des sérieuses difficultés sociales, économiques et sécuritaires. Cette situation appelle des politiques nouvelles et des solutions fortes. Elle appelle un homme d’expérience, qui a un sens élevé de l’Etat, un homme honnête et libre pour lequel la chose publique est sacrée. Un homme d’Etat capable de moderniser le Mali, de s’adresser à vous tous, Maliennes et Maliens de toutes les générations, de toutes les régions. Vous êtes nombreux au Mali, comme à l’extérieur, à me faire l’honneur de penser que je peux être le prochain Président de la République. Ce grand mouvement m’a poussé à me déclarer candidat à l’élection présidentielle du 28 juillet 2013, porté par la “ Coalition le Mali d’abord”. Le Mali d’abord, ce n’est pas un slogan de campagne. C’est avant tout une philosophie, un état d’esprit, car je veux mettre le Mali au-dessus de tout. Pour affronter tous les défis, le Mali d’un rassemblement, et c’est tout le sens de ma candidature… Le Mali rayonnant, le Mali créateur de richesses et de valeurs au service de ses fils. C’est le combat auquel je vous convie dès à présent, à la lecture de mon projet présidentiel. Mon projet, je l’ai voulu volontariste et ambitieux, mais réaliste. Réaliste, car je veux tenir un langage de vérité. C’est l’image de la gouvernance que je mettrai en place si les maliens me donnent leur confiance. Mon projet est axé sur le retour de l’honneur du Mali, à travers le rétablissement de la paix et de la sécurité et de la réconciliation entre maliens. Le deuxième axe est le bonheur des maliens, pour que chaque citoyen se sente heureux avec des services sociaux de base à leur portée. Le troisième axe concerne l’avenir du Mali, à travers des mesures qui permettront de bâtir une économie robuste et créatrice d’emplois dans de nombreux domaines… ». Situation sécuritaire préoccupante Mais dans la pratique, le président de la République n’a posé aucun acte de développement de rang. La faute est à situer dans sa mauvaise gouvernance, corollaire d’une gestion criblée de scandales financiers qui continuent de paralyser le fonctionnement de l’Administration, d’asphyxier l’économie et de ternir l’image du Mali. Mais aussi dans le fait qu’IBK a consacré la moitié de son mandat à courir derrière les rebelles pour arracher un accord qui, à la lecture, consacre la partition du pays. Au bout du compte, comme le dit un adage traditionnel bamanan : « IBK a rempli sa bouche de coucous sans avoir la salive nécessaire pour l’avaler ». Non seulement IBK n’as pu honorer ses engagements, mais la situation du Mali se dégrade au fil des jours. Au fil des jours, que de cris de douleurs ! Que d’inquiétudes ! Que d’actes de destruction de la patrie ! Que de tâtonnement ! Que de gaspillages des ressources publiques ! Que de vols et de détournements des deniers publics ! Le Mali est en danger. Pour tous les observateurs avertis, le pays est entre de mauvaises mains. Le plus grand échec d’IBK est sans doute le problème du nord, où il avait mainte fois critiqué la gestion de ses prédécesseurs. Aujourd’hui, c’est la rébellion regroupée au sein de la CMA qui fixe désormais le tempo et impose tout au gouvernement malien. Le pays est devenu un véritable sanctuaire mortuaire où le bourreau peut surgir à tous les coins, à tout moment et sur toute l’étendue du territoire national. L’insécurité n’est plus désormais la seule affaire du septentrion. La situation sécuritaire est devenue préoccupante du nord au sud, d’est en ouest, des zones rurales aux centres urbains, des métropoles régionales à la capitale. Qu’elle survienne sous la forme d’assassinats ciblés isolés, comme le meurtre mercredi dernier du maire de Boni, Hamadoun Dicko entre la mosquée et son domicile, ou dans le cadre d’actes terroristes de grande envergure, tel le carnage, le même 18 janvier, du camp du MOC de Gao suite à un attentat au kamikaze, la mort justifie son statut du plus proche voisin du Malien. Ainsi, la libération du pays est devenue comme nulle et non avenue, rien n’ayant changé dans l’insécurité qui sévit dans le pays. Seule la forme des actes a changé, la mort directe prenant la place de la lapidation, la flagellation, l’amputation. Au même moment, la machine gouvernementale est grippée. Et la présence envahissante de sa famille dans les rouages du pouvoir fait jaser Pour renouveler son bail avec le peuple malien qui l’avait placé là si massivement, IBK devra justifier d’un tout autre bilan que celui jusque-là revendiqué par son gouvernement, son parti, ses alliés, ses proches et collaborateurs. La prochaine campagne présidentielle étant prévue pour juillet 2018, il reste alors dix mois pour convaincre en garnissant mieux le plat à présenter aux Maliens. I B D Source : aBamako aBamako

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