Le GIE de Bakary Togola: Un frein à la production agricole nationale

Destiné à assurer l’approvisionnement en engrais, insecticides et appareils de traitement dans les zones de productions (CMDT- OHVN), le Groupement d’Intérêt Economique (GIE) s’est révélé être un outil d’exploitation entre les mains d’un homme qui l’utilise pour asseoir et maintenir son influence dans le système de production et la sphère du pouvoir, au détriment des braves producteurs. Faciliter l’achat des intrants destinés aux zones de production de la CMDT et de l’OHVN, telle était la vocation première qui a permis de porter sur les fonts baptismaux ce GIE, qui ne tardera pas à révéler sous sa vraie nature. La problématique de l’engrais de mauvaise qualité dit « Engrais Frelaté », a été déjà un signal fort, qui a alerté les Maliens sur la vocation réelle de cet outil à influence. Ainsi, dès les premières activités de ce groupement, des esprits avertis, aussi bien dans l’administration, que du monde politique ont donné le ton, tantôt par des interrogations, tantôt par des interpellations. Pourquoi c’est un GIE qui doit gérer l’approvisionnement en intrant de la CMDT et de l’OHVN, des entreprises pourtant dotées de la personnalité morale et de l’autonomie financière leur offrant tous les moyens techniques, financiers et matériels pour assurer la gestion de leurs entreprises et leurs approvisionnement intrants ? Que cache ce jeu de substitution ? Le GIE : montage institutionnel grossier En effet, créé en 2007, le GIE regroupe les premiers responsables de la CMDT et de l’Office des Hautes Vallée du Niger, autour du puissant président de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCAM), Bakary Togola, fils prodige de Niamana (cercle de Bougouni). « A l’époque, il s’agissait surtout d’impliquer l’Union des producteurs de coton à la gestion des intrants depuis d’approvisionnement jusqu’à l’acheminement dans les zones de productions cotonnières. Cependant, beaucoup de responsables du département des finances n’étaient pas convaincus de mettre les fonds de l’Etat à la disposition d’un soit disant GIE en lieu et place des services de l’Etat proprement dits. Par contre, les autres structures comme l’Office du Niger, l’Office Riz Ségou, l’Office Riz Mopti gère leur système d’approvisionnement en rapport avec la Direction Nationale de l’Agriculture qui encadre également le reste du pays non couverts par ces structures. D’où toute la perplexité de cette situation. Si c’est un groupement d’intérêt économique qui doit gérer l’approvisionnement de la plus grande entreprise agricole de notre pays, la CMDT, autant confier sa gestion tout court à ce GIE », explique un expert ayant participé à la création de ce GIE (anonyme). Avant d’assimiler la structure à un « montage institutionnel grossier ». Avec le prince du jour Selon des sources proches du dossier, les différents directeurs de la CMDT qui se sont succédés depuis 2007, ont essayé tant bien que mal d’extirper leurs approvisionnements d’un GIE qui en réalité ne possède aucune connaissance ni de la qualité des intrants, ni du marché, ni même des questions de finances. La pratique révélée au grand jour, est d’extorquer de l’argent aux fournisseurs pour accompagner le pouvoir du jour dans ses propagandes. Et comme on a pu le constater, le régime ATT a ainsi protégé Bakary Togola et son GIE, qui lui a tressé au cou des colliers d’or massif. On connait la suite, quand le Président ATT a décidé que la place de ce cadeau encombrant était au musée national, où il a été finalement déposé. Selon un ancien de la CMDT, les difficultés de Gouvernance du secteur s’expliquent par la présence de ce GIE dans le système de gestion de l’entreprise. « Par exemple, la CMDT en tant que structure de l’Etat chargée de la promotion de la culture du coton peut démarcher des fournisseurs pour leur demander de développer des formules d’engrais propres à la culture du coton mais aussi et surtout à la structure géomorphologique et pédologique de la terre des zones cotonnières. Mais c’est tout le contraire, le GIE sous la houlette de Bakary Togola donne les marchés en fonction surtout des pourcentages qu’ils perçoivent sur chaque tonne achetée. Cela évolue en fonction de la quantité donnée aux différents fournisseurs », Indique notre interlocuteur. Système sanctuarisé Ainsi, en 2016, l’ancien PDG Modibo Koné avait engagé sous la houlette du département de tutelle dirigé à l’époque par Kassoum Denon, une grande réforme institutionnelle visant à doter la CMDT de tous les moyens institutionnels, techniques, financiers et humains pour assurer son développement, et d’aboutir à la disparition du GIE, qui est dépourvu de cadre juridique, témoigne un cadre du secteur. Depuis, cette réforme a été dépouillée de tous son contenu avant d’être présentée en communication écrite au conseil des ministres en mai dernier, poursuit-il. Pendant ce temps, la CMDT et l’OHVN peinent chaque année à atteindre les objectifs fixés. La productivité cotonnière de notre pays continue d’être des plus faibles du continent avec moins d’une tonne à l’hectare. Si le Mali produit 650.000 tonnes par an, il faut emblaver autant d’hectare sinon plus. Alors que le Burkina Faso produit cette même quantité 600.000 tonnes de coton sur seulement moins de 400.000 hectares. Idem pour le Bénin avec un taux de productivité de plus de 2 tonnes à l’hectare. Ces pays ont pu transcender ses trafics de caution d’intrants et des GIE fictifs, pour développer un véritable système d’approvisionnement en intrants de bonne qualité. Au Burkina, la Sofitex, la Socoma et Faso coton gèrent eux-mêmes leurs approvisionnements en intrants. Ainsi l’approvisionnement en intrants de tous le Burkina Faso est assuré par deux fournisseurs dont un malien, tandis qu’une vingtaine de fournisseurs se bousculent au portillon du GIE Bakary Togola, avec en plus, des engrais de très mauvaise qualité. Multimilliardaire, il a aujourd’hui oublié la vocation première de l’APCAM qui vise la promotion du monde pays à travers le développement de l’interprofession et surtout la défense des droits du monde paysans à travers des plaidoyers à l’attention des décideurs. Ainsi PDG de la CMDT comme DG de l’OHVN, même ministre de l’Agriculture lui restent ‘’redevables’’. On se souvient quand l’ancien ministre du Développement rurale Bocary Treta avait clamé haut et fort que son département ne gérait pas les intrants (affaire engrais frelaté). Selon des sources concordantes, le GIE serait sur de nouveaux appels d’offres, portant sur plus de 180.000 tonnes d’engrais et des milliers de litres de pesticides. Et le Président de la République, continue ses éloges de la productivité agricole et déversant chaque année près de 50 milliards de FCFA de subvention de l’engrais, dont l’impact reste à démontrer ; cet argent du contribuable allant dans la poche des différents manipulateurs. Affaire à suivre B. Daou -------------------------- encadré Qui est Bakary togola L’enfant de Niamana fit ses premiers pas dans le centre multifonctionnel de Koumantou, alors que Ousmane Amion Guindo était responsable de la formation de cette zone, avant de devenir, directeur régional de Sikasso. Le jeune Bakary Togola afficha un engagement certain à cette formation, ce qui poussa le responsable Guindo, à le choisir comme un relais villageois et à le faire intégrer les organisations faitières de la zone. C’est ainsi qu’en 2004 toujours sous l’impulsion de Ousmane Amion Guindo, alors PDG de la CMDT, Bakary Togola fut présenté au Président ATT lors de la Journée du Paysan tenue à Kita avant d’être choisi comme président de l’APCAM pour remplacer Barou Tall. Aujourd’hui tout puissant président de l’APCAM, Bakary Togola est aussi le Président de la Confédération des producteurs de coton du Mali, Président du GIE qui échappe à tout contrôle, il gère ainsi le juteux marché de l’engrais subventionné. Des appels d’offres sont organisés par ses soins, de même que le choix des fournisseurs ainsi que les pourcentages des intérêts et autres pourboires devant déverser les entreprises retenues. Ce système savamment orchestré sous le régime ATT, a aujourd’hui été bonifié avec la bénédiction du régime en place. Source : aBamako aBamako

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