Myriem DELAPIERRE, une française de passage au Mali : « La France n’a rien de paradisiaque »

Très passionnée par la culture malienne, Myriem DELAPIERRE est la fondatrice de l’association Diabarra ou Yabara, un instrument typique de la musique malienne. Elle lance un vrai cri du cœur ici. A travers cette association, Myriem constate l’envie démesurée de certains africains de quitter pour l’Europe, croyant que c’est là-bas le paradis. Or c’est le contraire pour DELAPIERRE. Ainsi elle se donne le devoir, à travers la sensibilisation, d’être un sauveur de vies d’Africaines, elle qui a découvert le continent depuis près de quatre décennies. ‘’Mon premier contact avec l’Afrique remonte à 1977. J’ai vécu plusieurs années en Côte d’Ivoire. En 2002, j’ai créé une association à Toulouse en France pour la diffusion des cultures d’Afrique de l’Ouest. Je travaille depuis avec les artistes africains de Toulouse et de France. Depuis deux ans, je me suis orientée plus précisément vers le management d’artistes. Ce métier m’amène à faire des séjours régulièrement en Afrique et plus particulièrement au Mali. Je partage le quotidien de mes amis africains autant en France qu’en Afrique, et suis bien au courant des difficultés rencontrées. Je suis sollicitée régulièrement par des africains qui souhaitent mon aide pour venir en France, et en même temps je ne peux échapper aux photos de cadavres d’africains rejetés par la mer Méditerranée beaucoup trop souvent. Face à cet acharnement à vouloir venir en Europe, je ne peux rester sans rien faire car, et c’est le message que je veux faire passer ici en Afrique : la France n’a rien d’un paradis. La France n’a rien d’un paradis, même pour les français. Les français riches sont une infime minorité. Mais 30% des français ont des difficultés financières, c’est-à-dire qu’ils ont du mal à payer les nombreuses factures qu’ils reçoivent par manque d’argent. Les autres vivent correctement, mais ne sont pas des gens riches. Le problème majeur en France, c’est le chômage. Le chômage en France est élevé, et touche même les personnes diplômées. Le chômage touche particulièrement les jeunes. Le journal Libération de la France publiait que 22% des jeunes en France n’avaient toujours pas d’emploi stable trois ans après leur sortie de formation. Les jeunes diplômés sont également touchés, un diplôme Bac+2 est insuffisant à l’heure actuelle. Le chômage touche aussi durement les personnes âgées de plus de 50 ans, jugées peu efficaces. Quant aux retraités, ils ont une pension de retraite, mais qui est souvent inférieure à leur salaire antérieur, et leur vie est bien difficile. Face à ces difficultés, certains perdent tout et les mendiants français sont bien présents dans les villes de France. Dans ces conditions, il est clair qu’un migrant, africain ou d’une autre provenance d’ailleurs, qui n’a aucun diplôme, aucune qualification, rencontre des difficultés énormes pour avoir un travail. Les migrants occupent très souvent les emplois difficiles. On les retrouve dans le bâtiment, où ils travaillent durement quelle que soit la température, jusqu’à 0°C l’hiver. On les retrouve dans le nettoyage de locaux, à travailler la nuit. Et tout ça pour un salaire qui semble énorme, une fois converti en francs CFA, mais insuffisant pour vivre dignement en France. Alors ces migrants, on les voit revenir au pays habillés dans un beau costume, avec une belle montre, des chaussures de luxe, et un superbe attaché-case. Ces accessoires ont été acquis au prix de grosses privations, sont gardés toute l’année dans un placard pour être sortis le jour où on prend l’avion. Lorsqu’on retourne en France, les accessoires sont sagement remis au placard jusqu’à l’année suivante. Les migrants construisent des belles maisons au pays ? Peu de français peuvent acheter cash une maison. Pour acheter une maison, on va voir sa banque qui nous prête la somme nécessaire, puis on rembourse tous les mois avec une partie de son salaire pendant 20 ans. Les migrants font de même. Si les français n’arrivent pas à payer cash leur maison, comment les migrants pourraient, eux, y arriver ? Quasiment tous les africains de France à qui j’ai parlé regrettent d’avoir migré en France. Mais ils sont pris dans un piège. Il ne leur est pas permis de dire la vérité sur leur situation réelle. L’un d’eux voudrait dire que sa vie est misérable ? On lui rétorquerait qu’il avait tout pour réussir et qu’il n’a pas su saisir sa chance. Une humiliation insupportable pour lui. Il n’a pas le choix. Et le secret sur la vie d’un migrant africain en France reste bien gardé. Voir des images de migrants africains morts en mer est dramatique. Mais savoir qu’ils ont péri pour rien, car il n’y avait rien au bout de leur périple, c’est doublement dramatique. Je parle beaucoup avec des africains candidats à la migration. Je suis arrivée à une conclusion. Je pense que le développement de l’Afrique est pénalisé par cette idée que la France est un paradis. Je constate que les africains sont tellement obsédés par l’idée de partir, ils sont tellement persuadés que leur vie est ailleurs, qu’ils ne sont pas en mesure de construire leur vie en Afrique. Je pense que si les africains étaient convaincus que leur vie est sur le sol africain, ils seraient davantage en mesure de chercher des solutions pour améliorer la situation en Afrique. Je ne dis pas que ça deviendrait subitement facile. Mais on chercherait des solutions pour vivre mieux en Afrique, au lieu de chercher des solutions pour atteindre un paradis qui n’existe pas. Korodio Coulibaly et DOGNOUMÉ DIARRA Source : aBamako aBamako

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