Constat d’un journaliste de retour du fief d’Amadou Kouffa : La région de Mopti échappe au contrôle de Bamako

Dans la région de Mopti qui est aujourd’hui sous l’emprise des hommes d’Amadou Kouffa, l’activité économique est au ralentit. C’est le premier constat que l’on fait quand on séjourne dans la 5e région du Mali. Les populations des villages de la région sont désormais moins visibles pendant les foires hebdomadaires qui étaient de véritables moments d’échanges économiques et sociales. L’insécurité a miné cette zone où l’activité économique était intense. De Sevaré à Mopti, le stress est énorme. À 18 h déjà à Sévaré, plus rien n’est possible. La circulation n’est plus permise. Des deux côtés, la route est coupée par les forces de sécurité. Seuls les plus audacieux sont au bord des routes goudronnées avec leurs marchandises. Pour nous rendre à son village, mon ami et moi, avons été transportés en motos, par deux autochtones, bien sûr, ses parents du village de Tiaboly, à une quinzaine de km de Sévaré. Ce village est situé sur la rive gauche du fleuve, considérée comme étant le fief de Amadou Kouffa et ses hommes. Ici on apprend les vertus du silence. Personne n’ose parler de quoi que ce soit. Les gens sont désormais peu bavards car l’on sait jusqu’où peut conduire certains bavardages. Les habitants, ici, ont la langue dans la poche. « Ils sont partout en ville et sont au courant de tout ce qui se passe », nous indique MD, habitant de la zone. Pour lui, l’armée ne va pas là où ces gens résident. Il s’agit de l’autre côté du Fleuve, c’est à dire la rive droite, affirme notre interlocuteur. MD n’a pas manqué de fustiger le comportement des autorités militaires qui au lieu de choisir un lieu éloigné de la ville et stratégique pour mieux combattre les terroristes, veulent plutôt déposséder les paysans de leurs terres de culture au bord du goudron pour la construction d’un camp. Selon lui, un camp doit être masqué et non au bord du Goudron. De Bandiagara à Mopti, les écoles sont fermées et il n’y a pas eu de récolte. Dans la zone, la famine s’est ajoutée à l’insécurité grandissante. Selon MD, l’Etat doit associer les populations à la recherche de solution. «La population doit participer au rétablissement de la paix », ajoute notre interlocuteur. Quand il s’agit de dénoncer, personne n’ose encore le faire car les présumés djihadistes pris, sont plus tard libérés et se retournent contre leurs dénonciateurs. C’est ainsi qu’un chef de village a été exécuté devant la population et sa famille pour donner un exemple à tous ceux qui collaborent avec les forces de sécurité, nous a indiqué notre interlocuteur. C’est une des raisons fondamentales qui poussent les uns et les autres à ne plus se faire confiance. Selon lui, quelques jours avant notre arrivée, les terroristes s’étaient trompés de cibles en exécutant le frère de celui qu’ils cherchaient. Quant à l’efficacité du G5 Sahel, MD reste sceptique. Selon lui, il faut saisir la nature du conflit dans la région, son évolution, ses branchements et les appuis d’Amadou Kouffa pour lutter efficacement contre ce terrorisme qui se développe dans cette région. Rares sont ceux qui prennent le risque aujourd’hui, d’aller au-delà d’une ville même à 5 kilomètres. Pour notre interlocuteur, la ville a échappé au contrôle des autorités de Bamako. Selon lui, l’Etat doit changer de stratégie, impliquer les populations dans la recherche de solutions. Selon lui, la famine qui s’annonce aussi dans la région ne sera pas de nature à faciliter les choses, surtout que c’est sur les tracasseries de l’administration que Amadou Kouffa s’est appuyé pour conquérir les cœurs de beaucoup d’habitants de la zone. La réalité du terrain est loin de ce qu’on raconte. Mopti reste encore une zone difficile à maîtriser. Pour l’instant, la population vit avec cette situation déconcertante. Fakara faïnké, de retour de Tiaboly Source : aBamako aBamako

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