Société Lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes au Mali : Le Collectif « J’en suis une » porté sur les fonts baptismaux

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Le Collectif « J’en suis une » est né suite au constat que les violences faites aux femmes et aux filles a atteint son paroxysme avec la crise sociopolitique et sécuritaire de 2012, notamment avec son lot de viols, coups et blessures, séquestrations, harcèlements sexuels, mutilations, violences psychologiques, abandons. Indignée par ces traitements infligés aux femmes, Naba Aminata Traoré a initié le Collectif « J’en suis une » pour la revalorisation de la femme dans la société malienne. Aux dires de Naba Aminata Traoré, l’esprit de « J’en suis une » inspire à la communion, au soutien, au développement personnel, au succès. « Notre vœu est de promouvoir le respect de la femme, la responsabilité, le dynamisme et l’ouverture grâce à des programmes d’échanges et de réveil de consciences. Dans le souci de pouvoir apporter mon humble participation au développement social, économique, personnel, intellectuel et politique de la femme dans la société malienne, il m’est venu l’idée de créer un collectif d’artistes et de toutes autres personnalités publiques et engagées dans la cause de la femme pour dénoncer les violences faites aux filles et aux femmes. Et cela, dans le but de sensibiliser la population malienne dans la lutte contre ce fléau, à travers des espaces, des émissions radiophoniques et télévisuelles, des conférences de presse, des caravanes, des concerts et des centres d’écoute », nous a-t-elle confié le vendredi 1er décembre 2017, au cours d’une conférence-débat dans un hôtel de la place. Rentrant dans le cadre des activités du Collectif « J’en suis une », la conférence-débats qui avait pour thème « Violences basées sur le genre (VBG) : cas des pratiques néfastes (PN) au Mali » était animée Moussa Guindo du ministère de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Mme Kéita Joséphine Traoré, Mme Bouaré Bintou Founé Samaké (Wildaf/Feddaf/Mali) assistés d’Oumou Ba. Dans son exposé, Moussa Guindo indiquera que son ministère est en train de tout mettre en œuvre pour lutter contre la violence faite aux femmes et aux filles. A ses dires, cette violence est d’ordre social, culturel. Ce qui fait que la femme est considérée comme un objet. Il a laissé entendre que les textes ne sont pas appliqués pour sanctionner les violences faites aux femmes. Selon lui, le mariage précoce et l’excision sont des formes de violences faites aux femmes. Mais l’espoir est permis car le Code de la famille et le Code pénal sont en relecture pour condamner ces violences. Les définitions et les formes de violences basés sur le genre (Vbg) Mme Kéita Joséphine Traoré s’appesantir sur les définitions des violences basées sur le genre. Selon elle, la Vbg, c’est l’utilisation de la force qui entraîne un préjudice d’ordre mental, social, émotionnel et/ou physique. Dans le Protocole à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples relatifs aux Droits de la femme en Afrique, les violences faites aux femmes se définissent, entre autres, comme tous actes perpétrés contre les femmes causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques y compris la menace d’entreprendre de tels actes, l’imposition de restrictions ou la privation arbitraire de libertés fondamentales, que ce soit dans la vie privée ou dans la vie publique, en temps de paix, en situation de conflit/de guerre. Et les pratiques nuisibles sont toutes les pratiques nuisibles à la santé et au bien-être de la fille et ou de la femme pouvant nuire toute la famille voire toute la communauté. Les 16 pratiques néfastes identifiées au Mali sont les mutilations génitales/excision ; les mariages précoces et/ou forcés ; le lévirat et le sororat ; le gavage ; les violences physiques, verbales, psychologiques et économiques ; l’utilisation des produits dits aphrodisiaques ; les tabous nutritionnels ; la diète excessive en vue du mariage ; les scarifications ; les tatouages ; les saignées ; l’ablation de la luette ; le limage des dents ; les pratiques humiliantes envers les femmes lors des accouchements dystociques ; l’infanticide sur des orphelins et des enfants naturelles ; la dépigmentation qui n’est pas une pratique très traditionnelle. « Ces pratiques entraînent toujours des dommages et perpétuent la situation latente de discrimination dont sont victimes les femmes », a-t-elle dit. Intervenant au nom du Wildaf/Mali sur les types de violences, Mme Bouaré Bintou Founé Samaké dira que les violences faites aux femmes revêtent plusieurs dimensions qui se manifestent partout au point de constituer véritablement une réelle question de société. « La violence envers les femmes est influencée par les attitudes et les valeurs sociales. La banalité des faits, en particulier lorsqu’il n’y a pas d’agressions physiques, gène la perception des violences que les femmes subissent dans le huis clos familial. Dans la plupart des cas, il est impensable pour les victimes de porter plainte », a-t-elle indiqué. A ses dires, en 2016 sa structure a enregistré 1012 cas de personnes venues chercher de l’aide pour plusieurs raisons. Et parmi ces cas, 885 sont des violences faites aux femmes et aux filles. Les victimes de ces violences sont âgées de 72 à 3 ans. Toujours selon Mme Bouaré Bintou Founé Samaké, 85 % de ces violences ont été perpétrées dans le cadre familial. Il s’agit, entre autres, d’agressions physiques, propos blessants, paroles injurieuses, autoritarisme tyrannique, réprimandes, humiliations, jalousie maladive, menaces, brutalités sexuelles, etc. Les 15 % constituent d’autres formes de violences parmi lesquelles l’accent est mis sur les violences sexuelles liées au conflit (62 cas de violence sexuelle). Comme défis à relever, elle soulignera le fait d’oser en parler ; l’accès des victimes à la justice (coût, procédure complexe et longue, non prise en compte des conventions de protection des droits humains, méconnaissance des textes par les différents acteurs) ; la lutte contre l’impunité ; l’insécurité et la non stabilisation des zones post conflit ; la capacité limitée des centres de counselling (assistance ponctuelle donnée aux victimes directes de viol sans suivi adéquat) ; l’insuffisance d’assistance psychosociale orientée vers les familles et les communautés affectées ; la presque inexistence d’infrastructures (refuse ou centre d’accueil) pour les victimes. Ses recommandations ont porté sur la satisfaction des besoins exprimés. Siaka DOUMBIA Source : aBamako aBamako

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