Major de police Oussouby Sissoko : La vie de retraité d’un policier exemplaire

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Oussouby Sissoko, major de police à la retraite, mène une vie modeste et paisible à Tiéguena, un village situé à la périphérie de Bamako sur la route de Ségou. Les usagers des voies publiques du district de Bamako se souviendront toujours de l’image de ce policier qui forçait l’admiration pour son exemplarité, son intégrité et surtout son goût pour le travail bien fait. Au carrefour de l’Ecole normale supérieure (Ensup), le major de police Oussouby Sissoko séduisait les usagers des voies publiques. Tenue impeccable, comportement très courtois envers les citoyens, sens élevé de la responsabilité… Ce malinké natif d’un petit village situé à quelques encablures de Kita, est de la race des policiers et d’agents publics en voie d’extinction dans notre pays. Après trente (30) ans de bons et loyaux services au compte de sa patrie notamment au sein de la police, dont 17 ans sur la voie publique, Oussouby Sissoko a fait valoir ses droits à la retraite en 2013. Et depuis cette date, ce policier exemplaire et intègre mène une vie modeste et paisible à Tiéguena, un village situé à la périphérie de Bamako sur la route de Ségou. « Je suis venu me camoufler ici », nous confie-t-il en garant sa moto Jakarta de couleur bleue dans la cour de sa concession. Le major de la police à la retraite n’a rien perdu de sa vivacité et de son exemplarité. Oussouby Sissoko se veut simpliste et a une très grande conception des relations humaines. « On n’a pas triché avec l’âge. Il ne faut pas attendre la mort pour aller à la retraite », lance-t-il. Les raisons de son installation à Tiéguena Ce policier modèle partage sa vie de retraite entre l’agriculture et les petits travaux domestiques. Il vient rarement à Bamako. «Je suis fils de cultivateur. Je cultive le maïs, le gombo, l’arachide. Ce qui m’a poussé à venir m’installer ici», souligne-t-il en montrant du doigt les ‘’tiges d’arachides’’ parquées au coin de sa cour. Le major à la retraite coupe régulièrement du bois destiné à la cuisine. « Ma femme n’achète pas de bois», rappelle-t-il. Il ne veut pas rester inactif. « J’arrose mes arbres, pratique des activités sportives pour me maintenir en forme », détaille le major de police Sissoko. Récipiendaire de la médaille du mérite avec effigie abeille et de deux Ciwara, Oussouby Sissoko nous rappelle quelques-uns de ses souvenirs. « Un citoyen m’a offert ma première moto. Cette moto a été volée un mois après lors de la remise de ma médaille au génie militaire. Informé par mon commandant du CCR en l’occurrence l’actuel commandant du GMS, le général Sadio Gassama m’a offert une moto neuve et m’avait proposé ensuite un logement social mais ma retraite était si proche que j’ai décliné cette offre pour acheter un terrain et le construire sur fonds propres, sans aucune aide », affirme-t-il. Traîné dans la boue à cause de son franc-parler Même s’il souligne ne pas avoir beaucoup de regrets, sa vie de policier n’a pas été un long fleuve tranquille. « J’ai été traîné dans la boue parce que je disais la vérité aux chefs. Je salue l’actuel commandant du GMS », martèle Oussouby Sissoko. « J’ai mis le travail avant tout. Et c’est ce que je conseille toujours aux jeunes. Le retard, il faut l’éviter. Les mauvais comportements sont à bannir. Etre en tenue correcte, respecter les citoyens et être à leur disposition. Travailler et croire en Dieu. Si tu fais quelque chose à cause de Dieu, il ne faut pas t’attendre à une récompense. Les gens étaient étonnés. Je ne connais que le travail rien que le travail. Si un policier fait bien son travail, il ira au paradis, plus que le marabout », précise-t-il. Selon lui, « le respect s’impose avec le sérieux ». Le devoir du policier, selon le major Sissoko, est de sécuriser les citoyens surtout sur la voie publique. Le policier est à la disposition de tous les citoyens, ajoute-t-il. Patriote convaincu, aimant bien son travail, il s’adresse aux travailleurs. « Il faut que tout travailleur sache pourquoi l’Etat le paie. Ce n’est pas de l’argent ramassé. Il faut faire ton devoir avant de réclamer ton droit. Au Mali, on ne fait pas son devoir et on réclame trop », laisse entendre Oussouby Sissoko. Il interpelle aussi les responsables du pays : « Que les chefs récompensent les bons travailleurs. Au Mali, c’est le contraire. Une fois que tu dis la vérité, tu es cuit ». Remerciements et salutations de Sissoko Le major de police à la retraite adresse ses remerciements et ses salutations aux hommes de média. « Il y a encore des gens qui reconnaissent les gros travailleurs. Des journalistes cherchent à dénicher les gros travailleurs », dit-il. Aussi, il remercie toute la population de Bamako qui l’a aidé tout au long de sa carrière. Il salue les habitants de Tiéguena avec qui il vit en parfaite harmonie. « Je regrette le petit mal que j’ai fait. J’ai la vie facile ici. C’est la pierre que j’ai posée tout au long de mon service », s’exclame-t-il. A la question de savoir comment des retraités comme lui peuvent aider la République, le major de police hésite avant de lancer : « Au Burkina Faso, on fait appel aux retraités pour éduquer les jeunes. La police, c’est l’éducation. Il y a des jeunes qui valent mieux que les vieux. Si les jeunes semblent être mieux que les vieux, c’est un problème ». Et pourtant des cadres à la retraite à l’intégrité irréprochable, au patriotisme avéré et à la droiture reconnue à l’image du major de police Sissoko peuvent servir d’abreuvoir pour la nouvelle génération à la recherche de repères. Père de sept enfants, ce fils de cultivateur qui n’a pas demandé l’autorisation de ses parents pour porter la tenue, n’a pas réussi à convaincre sa progéniture à épouser la carrière de porteur d’uniforme. Musulman croyant, affable, Oussouby Sissoko lance à ses interlocuteurs quelques rafales d’anecdotes plein de sagesse et de leçons de vie. « J’ai toujours peur de Dieu plutôt que des hommes. Partout où tu es, Dieu te surveille ». Avec son épouse, le major de police à la retraite mène une vie modeste avec sa pension de retraité, et la générosité de certains citoyens qui ne l’ont pas oublié. Chiaka Doumbia Source : aBamako aBamako

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