Le Premier ministre au Maroc : Plaidoyer pour des imams formés et un islam éclairé

Le Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, a bouclé, vendredi, une visite d’amitié et de travail entamée jeudi au Maroc où il a rencontré des responsables politiques et des acteurs du développement. Il a aussi abordé des questions d’intérêt commun pour Rabat et Bamako. La pratique tolérante d’une religion musulmane du juste milieu, la gestion de la question religieuse par la puissance publique et les réponses doctrinales à l’extrémisme religieux violent ont été au centre des échanges du chef du gouvernement, vendredi, au dernier jour de sa visite à Rabat, la capitale du Royaume chérifien. «La religion est devenue une arme de combat politique aux mains de certains acteurs qui la dénaturent. Il nous a apparu important et essentiel de faire en sorte que ceux qui sont amenés à officier au nom de la religion, bénéficient d’une bonne formation», a déclaré M. Maïga, au terme d’une visite à l’Institut Mohammed VI pour la formation des imans Mourchidines et Mourchidates de Rabat. Cet établissement conduit un programme de formation de 500 imams maliens, dont 300 sont déjà rentrés au Mali alors que 200 autres sont encore sur «les bancs». Selon Mamadou Issa Coulibaly, coordonnateur des imams maliens, outre la formation islamique, les cours portent sur la philosophie islamique, l’informatique, l’économie islamique, la langue française, le culte juif… afin d’élargir la culture générale et les connaissances des futurs imams. «L’objectif est de préserver une pratique religieuse qui garantit aussi la cohésion et la coexistence pacifique entre les citoyens et qui protège les uns et autres dans leur pratique religieuse. Tout en contribuant, autant, à la cohésion de nos communautés parce que les extrémistes auxquels nous avons affaire, ici et là, font tout pour diviser les communautés, opposer les citoyens les uns aux autres, opposer les religions les unes aux autres, afin de pouvoir, par ce biais, détruire complètement les valeurs sur lesquelles nos institutions étatiques sont fondées», a expliqué le Premier ministre malien. Intervenant devant les imams maliens en formation, il a rappelé que la décision d’initier cette formation a été une décision visionnaire «parce que beaucoup d’autres pays se sont joints à l’initiative et ont envoyé des ressortissants pour être formés ici puisque nous sommes confrontés au même problème». L’initiative a été annoncée par le Roi Mohammed VI, lors de l’investiture en 2013 du président Ibrahim Boubabar Keïta, de former 500 imams à l’Institut Mohammed V pour la formation des imams Mourchidines et Mourchidates dans la capitale marocaine. Le programme sera achevé dans moins de deux ans. Selon le ministre marocain des Habous et des Affaires religieuses, Ahmed Taoufiq, cette coopération tout à fait particulière s’inscrit au niveau des relations séculaires entre le Mali et le Maroc. «Des relations qui résistent à tous les aléas des contextes historiques et géographiques et dont nous nous réjouissons parce qu’elles viennent des profondeurs des valeurs communes à nos deux peuples», a dit le ministre marocain. Cette formation s’inscrit à un autre niveau : «celui de la gestion de la sphère religieuse dans une nation», a ajouté Ahmed Taoufiq. Et de poursuivre : «Quel que soit le statut de la religion dans un pays, la demande des gens au niveau des équipements et de l’encadrement est une demande sociale, en l’occurrence une demande démocratique. C’est pour cela que tous les pays doivent réviser leur vision, non pas uniquement sous la pression des terroristes mais pour répondre à des exigences démocratiques». Selon les explications du responsable marocain, le contrat qui lie le Roi Mohammed VI, dans son statut de Commandeur des croyants, à la nation, avant même la Constitution du Royaume, stipule que le Commandeur des croyants doit répondre à cinq exigences en contrepartie de sa légitimité. «La première de ces conditions est la préservation de la religion, c’est-à-dire la protection et le développement de la religion. La formation des imams s’inscrit à ce niveau». Pour lui, cette exigence doit être comprise et appliquée à tous les peuples parce qu’on ne peut pas répondre à l’économie par la formation des ingénieurs, des économistes, des techniciens «et oublier le besoin fondamental des nations en ce qui concerne leurs croyances et leurs valeurs». D’où la nécessité de former les encadreurs qui doivent s’impliquer dans les fondamentaux de chaque nation parce que la religion est une affaire commune à tout le monde. Selon l’analyse du ministre marocain, la société est traversée par les courants politiques, c’est-à-dire les divergences dans le détail, mais le fond commun, ce sont les valeurs religieuses partagées qui doivent être gérées au niveau national, tout à fait au dessus de ces divergences politiques. Quant à Soumeylou Boubèye Maïga, il a mis en exergue la clairvoyance du Roi du Maroc et du président Ibrahim Boubacar Kéita qui ont eu la vision, compte tenu des évolutions en cours dans nos pays, de juger important de trouver une formule qui garantit l’exercice de la pratique de la religion, la protège dans des conditions qui préservent l’équilibre de la société et sa cohésion. «Nous avons constaté, parmi les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, qu’il il y a toutes les dérives liées à une interprétation et un exercice de la religion qui ne correspondent pas du tout à notre héritage commun», a analysé le Premier ministre malien. Pour lui, notre identité repose, en grande partie, sur notre appartenance religieuse et notre vie sociale est régie par cette appartenance. Si les relations du Mali avec le Maroc plongent leurs racines dans l’histoire, elles se sont liées, essentiellement, autour des échanges transsahariens, de la religion. Les repères de ces relations sont des noms comme Ahmed Baba, des villes comme Marrakech, Fez, Tombouctou, Djenné et Gao qui ont, toutes, été des foyers de diffusion et de formation religieuses. Envoyé spécial Moussa Diarra Source : aBamako aBamako

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