Présidentielle 2018 : Ces sujets fâcheux qui décrédibilisent certains candidats

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En cette période de précampagnes électorales où chacun des candidats à la présidentielle du mois prochain essaye vaille que vaille de soigner le mieux possible son image en vue de gagner la confiance de l’électorat, il y en a de ces sujets qui compromettent le poids électoral de certains candidats. C’est le cas notamment des candidats Ibrahim Boubacar Kéïta, le Président sortant et Aliou Boubacar Diallo de l’ADP-Maliba. Comme hasard de calendrier pour l’un et timing choisi à dessein pour l’autre, la découverte des fosses communes dans la Région de Mopti ainsi que l’histoire de la mine de Kodiéran n’honorent en rien ces deux prétendants à la magistrature suprême de notre pays. Morts de Nantaka et Kobaka Au sujet de la découverte des fosses communes, l’opinion nationale et internationale a, certes, eu droit à une reconnaissance de la part des autorités concernant des exactions commises par l’armée malienne. Cependant, force est de reconnaître que cette reconnaissance est fonction de cette période sensible. Elle a été préférée au rejet des accusations en ce sens qu’elle implorerait mieux l’indulgence de l’électorat malien qui n’a d’yeux ces temps-ci que pour scruter à la loupe les moindres faits et gestes des candidats. En effet, le mardi 19 juin, le Ministère de la Défense a reconnu l’implication des militaires des forces armées maliennes dans les évènements de Nantaka et Kobaka, deux localités près de Mopti. Trois charniers y ont été découverts. Dedans, 25 corps, des hommes, et tous uniquement des Peulhs. Il n’en fallait pas plus que ça pour altérer l’image du candidat sortant qui ne cesse de clamer sous tous les toits un nouveau visage des FAMA. La preuve en est que la jeunesse peulhe, réunie au sein de Tabital Pulaaku, ne croit nullement aux sanctions promises par le Ministère de la Défense à l’encontre des soldats qui seront reconnus coupables après enquête. «Ils vont nous faire croire qu’ils vont sanctionner, ils vont nous dire qu’ils ont mené une enquête, que les coupables seront traduits en justice, et ils vont être jugés, mais pas de suite, dossier classé… C’est comme ça d’habitude… Tous les jours, nous découvrons des fosses communes», avait déclaré Hamadoun Dicko, le Président de cette association. Il est à rappeler que ce n’est pas la première fois que les FAMA sont soupçonnées de commettre des exactions à l’encontre de la communauté peulhe. En effet, l’incident de Nantaka et Kobaka n’est pas isolé. En mars déjà, six corps étaient découverts dans un charnier vers le village de Dogo, dans le cercle de Youwarou, toujours près de Mopti. Quelques heures plus tôt, ces commerçants peulhs avaient été arrêtés par les soldats maliens. Il va alors s’en dire que Nantaka et Kobaka vont servir de baromètre pour la communauté peulhe surtout dans le cadre de son choix à faire dans les urnes, le 29 juillet prochain. L’histoire de la mine de Kodiéran Pour son sujet fâcheux à lui, Aliou Boubacar Diallo, l’Homme de Wassoul’or, cet autre prétendant sérieux au suffrage de l’électorat malien, est rattrapé par une histoire qui l’épingle dans une affaire de corruption à haute dose. Dans un article intitulé Aliou Diallo et Olivier Couriol, ces Hommes qui plombent le Mali…, publié, le jeudi dernier, par Mediapart.fr, le candidat de l’ADP-Maliba s’est, entretemps, retrouvé dans le collimateur de la justice française, parce qu’impliquée dans une affaire d’escroquerie destinée à attirer des investisseurs naïfs ou désinformés vers notre pays. «L’histoire de la mine de Kodiéran pourrait être étudiée dans les écoles de commerce comme exemple de carambouille. Tous les ingrédients d’un scandale assuré sont présents : montages financiers opaques de plusieurs dizaines de millions d’euros avec des sociétés domiciliées aux Îles Vierges britanniques comme Martagon Investments Limited à Abu Dhabi ainsi que Matterhorn Fund et Sequoia DiversifiedGrowthFund (trois entités gérées par Olivier Couriol) ; collusion entre politiques et Hommes d’affaires troubles, faible teneur en minerai dans la mine d’or», peut-on lire dans l’article incriminant l’Homme d’affaires. L’affaire commence en 2010, lorsqu’Aliou Diallo, entrepreneur malien, proche de tous les chefs d’État successifs de son pays et considéré comme l’Homme le plus riche du Mali, transfère 25% des parts de sa société Wassoul’or vers une société allemande nommée Pearl Gold cotée sur le marché de Francfort. Olivier Couriol pilote la manœuvre, mais ne reste pas dans l’ombre, puisqu’il s’installe dans un des fauteuils du Conseil d’administration de Pearl Gold. Depuis huit années que dure cette affaire, ce Spécialiste de la finance opaque se retrouve à tous les étages de cette fusée qui est sur le point d’exploser en plein vol. En effet, une instruction a été ouverte par le parquet de Paris contre Aliou Diallo et les noms d’Airbus et d’Olivier Couriol sont nommément cités dans l’enquête judiciaire. Que vient faire le groupe aéronautique franco-allemand dans cette sombre affaire de mine d’or ? Pour comprendre, il faut suivre la piste d’Olivier Couriol ; car, c’est lui qui, en 2012, met en relation Pearl Gold et Airbus. En 2012, l’avionneur aurait investi 10 millions d’euros dans Kodiéran, selon le Spiegel. Bien que la diversification des activités soit un phénomène très à la mode chez les Industriels, la présence de ce groupe dans la prospection aurifère en Afrique de l’Ouest paraît pour le moins surréaliste. Sauf si, bien entendu, il ne s’agissait pas d’un véritable investissement, mais d’un montage réalisé pour masquer le versement des commissions à divers intermédiaires afin d’obtenir des marchés militaires au Mali. Cette question est d’autant plus pertinente que les activités de Kodiéran tournent au ralenti et à chacun de se poser la question s’il y a vraiment de l’or dans la mine. En 2016, les opérations d’extractions n’avaient toujours pas commencé. Selon Mediapart, un des Responsables de la mine a écrit dès 2012 : «Les teneurs en or du concentré issu de la mine sont ‘‘ultra basses’’. Nous ne pouvons pas le dire au monde extérieur ; car, personne n’essaiera de récupérer de l’or ». Pourtant, malgré ces informations et une mine à l’arrêt, Pearl Gold a continué de lever des fonds sur les marchés. Certaines sources proches du dossier n’hésitent pas à évoquer une éventuelle escroquerie. Ainsi, les deux compères ont réussi à faire d’une pierre deux coups: la mise en place d’un paravent pour masquer une possible opération de corruption tout en faisant une belle opération financière. Gagnants sur tous les tableaux, jusqu’à ce que la justice s’en mêle… En définitive, les candidats IBK et Aliou Boubacar Diallo vont chacun devoir faire avec son sujet fâcheux pour mesurer son poids électoral actuel sur l’échiquier national. Les fosses communes de Nantaka et Kobaka ainsi que l’histoire de la mine de Kodiéran se révèlent, donc, de véritables tests grandeur nature pour la réélection de l’un et l’élection de l’autre ; car, une chose est de s’aligner pour la course et une seconde chose est de soigner son arrière. Katito WADADA Source : aBamako aBamako

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