Des théories complotistes sur Mamoudou Gassama refont surface

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Plusieurs sites Internet se sont fait l’écho d’un supposé « rapport », affirmant que le sauvetage d’un enfant par le Malien de 22 ans, le 26 mai dernier, était une mise en scène. Mais il s’agit d’un canular.

 Deux mois après l’acte de courage de Mamoudou Gassama, les plus sceptiques ne désarment pas. Souvenez-vous : le samedi 26 mai, ce Malien de 22 ans portait secours à un enfant de 4 ans proche de tomber d’un balcon. La vidéo de la scène a été visionnée des millions de fois dans la foulée et M. Gassama a été reçu dès le 28 mai à l’Elysée, pour recevoir une médaille d’honneur avant d’être régularisé et prochainement naturalisé français.
« Trop gros pour être vrai », selon certains. Dans les jours qui ont suivi, les insinuations de plus en plus douteuses se sont multipliées, visant notamment à accréditer l’idée qu’il pourrait s’agir non pas d’un véritable sauvetage d’un enfant, mais d’une mise en scène. Qu’importe si aucun élément tangible ne permettait de donner de l’épaisseur à ces théories.

Ces affirmations ont connu un certain succès sur les réseaux sociaux, dans des messages souvent partagés des milliers de fois. Elles ont aussi été relayées dans des médias à des heures de grande écoute, par exemple par l’éditorialiste André Bercoff dans « L’Heure des Pros » sur Cnews et sur Sud Radio. Il évoquait notamment « des dysfonctionnements dans cette histoire », jugeait la scène invraisemblable et insinuait qu’il pourrait y avoir une manipulation.

Contesté pour ces propos non étayés par les faits, M. Bercoff a promis à l’époque « une enquête ». Deux mois plus tard, l’essayiste a remis le couvert, relayant sur Twitter un article qui semble accréditer ses hypothèses après coup :

Capture d’écran du compte Twitter d’André Bercoff.
Capture d’écran du compte Twitter d’André Bercoff. ANDRÉ BERCOFF / TWITTER

Ce que dit la rumeur

L’article partagé par André Bercoff sur les réseaux sociaux est issu d’un site intitulé News7pm.com. Le texte, publié en anglais et en français, affirme que selon un « rapport de la Sûreté nationale, la police nationale de France », le sauvetage de l’enfant par Mamoudou Gassama aurait été « organisé » à des fins mercantiles :

« Selon un rapport de quatre pages remis mercredi au président français Emmanuel Macron, le père du garçon et un ami dont le nom a été donné comme Jean-Pierre ont mis en scène l’acte, afin de monétiser la vidéo sur YouTube. Le rapport révélait que le père du garçon, Jean-Pierre, et Gassama, étaient tous des employés de la même entreprise malgré le fait que le “Spiderman” était un migrant sans-papiers. Des images de vidéosurveillance montrent Jean-Pierre amenant le garçon sur le balcon et le serrant contre lui alors qu’il attend Gassama. »
En conséquence, Emmanuel Macron aurait déclaré que M. Gassama ferait l’objet d’une « expulsion » et que ses complices seraient poursuivis.

Cette version des faits a ensuite été reprise sur d’autres sites, comme le blog « Le Scrutateur » (une source qui nous apparaît peu fiable dans le Décodex) et dans des publications partagées plusieurs milliers de fois sur Facebook.

POURQUOI C’EST FAUX
1. La source de l’information est parodique

Ceux qui se sont empressés de partager les gros titres annonçant que le « Spiderman malien perd la nationalité française » sont passés à côté du fait que le site News7pm.com est un site satirique, comme il l’indique dans sa page « Qui sommes-nous ? » :

« Vous devez savoir que ce site n’est pas une source d’information fiable. C’est un site satirique. […] Tout sur ce site n’est que fiction. »
Aucune des allégations de l’article n’est donc fondée. Partagée hâtivement, la prétendue information est pourtant passée pour avérée auprès de beaucoup d’internautes dont, semble-t-il, André Bercoff. Contacté, l’éditorialiste ne nous avait pas répondu au moment de la publication de cet article.

2. L’information en elle-même est incohérente

Par ailleurs, une simple lecture de l’article du site News7pm.com fait apparaître des incohérences de forme (notamment une syntaxe hasardeuse) et de fond. Par exemple, il n’est pas du ressort du chef de l’Etat de décider d’un retrait de nationalité sur la base d’un rapport.

Un citoyen binational peut certes faire l’objet d’une déchéance de nationalité, mais « par décret pris après avis conforme du Conseil d’Etat », précise l’article 25 du code civil. Surtout, la personne visée doit avoir été condamnée en justice pour des faits autrement plus graves qu’une simple escroquerie (les cas prévus incluent surtout les actes de terrorisme et les atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation).

LE MONDE | 18.07.2018 à 11h31

 Par Adrien Sénécat

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Source : Maliweb

Maliweb

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