Hassan Naciri, Ambassadeur du Maroc au Mali : « Je suis entièrement convaincu que les Maliens sauront surmonter les difficultés du moment »

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L’organisation de l’élection présidentielle au Mali, la proclamation des résultats provisoires et les recours du candidat à l’élection présidentielle Soumaïla Cissé devant la cour constitutionnelle : l’Ambassadeur du Maroc au Mali, Hassan Naciri, qui a assisté au déroulement de l’élection présidentielle avant de se rendre dans son pays, joint au téléphone par Le Républicain, dit ses impressions sur les sujets d’actualité, la coopération Mali-Maroc et la contribution de son pays à la stabilisation au Mali. Il précise les attentes du Maroc pour le prochain mandat et lève un coin de voile sur le principe d’une visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Mali. Interview exclusive !

Le Républicain : - Quel regard portez-vous en tant qu’Ambassadeur d’un pays Ami sur l’organisation de l’élection présidentielle au Mali ?

Franchement, Je me réjouis de la tenue à date de cette échéance électorale majeure, d’autant plus qu’elle intervenait dans un contexte particulièrement chargé de défis.

Il est permis d’affirmer que la tenue de cette élection participe de la consolidation de la pratique démocratique dans ce pays frère.

A titre de rappel, beaucoup d’appréhensions avaient été émises, il y a quelques mois concernant la capacité du Mali à honorer ses engagements en la matière. Des observateurs nationaux et étrangers ont attiré l’attention sur les problèmes d’ordre sécuritaire dans certaines régions du Mali, ce qui aurait à leur sens empêché la bonne tenue de ces élections.

Avec la tenue de cette élection, l’Etat malien a pris en charge une série de contraintes et a surmonté plusieurs défis.

Nous constatons que depuis l’avènement de la démocratie élective au Mali en 1991, le pays a subi des épreuves qui n’ont pas pour autant éteint la flamme de la mobilisation des forces vives de la nation à la faveur de la consécration et la pérennisation de l’Etat de Droit.

Et les résultats des élections ?
Sur ce sujet, il est clair que la cour constitutionnelle est l’autorité la plus compétente pour juger les résultats obtenus. Du reste, mon pays entretient avec le Mali des relations d’Etats qui reposent sur le respect mutuel, impliquant évidemment le respect dû aux institutions de la République.

Nous avons pris note des résultats provisoires annoncés par l’autorité malienne habilitée conformément à la constitution et à la loi électorale. Nous attendons que la Cour Constitutionnelle statue définitivement sur la question en tenant compte des recours introduits.

Justement, que pensez vous de ces recours?
Le plus important est bien sûr ce qu’en pense la Cour Constitutionnelle.

Je pense que l'opposition malienne qui s'est inscrite et qui a toujours revendiqué une démarche républicaine et démocratique utilisera les voies de recours légales pour faire prévaloir ses droits constitutionnels.

Le souci de tous les Maliens et particulièrement les responsables de l'opposition, parmi lesquels il y a des acteurs de cette démocratie, est sans nul doute de sortir de la crise pour la stabilité du Mali. Je n'en doute pas, Je suis entièrement convaincu que les Maliens (pouvoir, opposition, société civile) sauront surmonter les difficultés du moment.

- Le Maroc compte parmi les pays sollicités dans la résolution de la crise multidimensionnelle au Mali dont les séquelles ne cessent de se faire ressentir, dans quelle mesure votre pays peut apporter sa contribution dans la décrispation de la crise actuelle ?

Le Maroc a toujours été et il est au côté de ce pays frère. Et comme vous savez dans ce genre d’arbitrage, le consentement des parties et leurs demandes formelles revêtent un caractère primordial. Si c’est le cas, le Maroc étudiera favorablement la question et ne ménagera aucun effort à l’effet d’accompagner le Mali sur la voie de la stabilisation politique. Il faut se rappeler à cet égard de la crise multidimensionnelle de 2012 où le Maroc a mobilisé sa diplomatie auprès des instances internationales notamment l’ONU en faveur de l’adoption des résolutions les plus pertinentes du Conseil de Sécurité sur la sortie de crise au Mali.

Il y a lieu de signaler ici que la position du Maroc était une position apolitique et de principe à l’égard d’un Etat avec lequel il partage de longues relations historiques.

C’est le lieu aussi de rappeler que les opérateurs marocains ont subi des pertes sèches au nord du Mali lors de la crise de 2012 mais se sont attachés à y rester et contribuer par la suite à la phase de normalisation de la vie nationale au Mali.

De surcroit, le Maroc a toujours assuré au Mali son accompagnement en matière du développement humain comme en atteste les efforts fournis en matière de renforcement des capacités.

- Comment jugeriez-vous l’état de la coopération bilatérale ? Et quelles perspectives ?

Basée sur le principe de l’avantage comparatif et le partenariat gagnant-gagnant, la coopération bilatérale entre le Maroc et le Mali se porte bien et a de beaux jours devant elle. A ce titre, il sied de rappeler les efforts fournis dans la formation des Imams dont le quota est le plus élevé dans la région et au monde avec 500 Imams maliens à former au Maroc dans le cadre du partage de l’expérience marocaine dans la lutte contre toutes les formes d’obscurantisme et du fanatisme religieux.

Le Maroc investit également dans le renforcement des capacités et formation des cadres. A cet égard, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a décidé, lors de Sa dernière Visite au Mali, en 2014 d’offrir gracieusement aux Maliens un centre de formation professionnelle hyper équipé, qui a été finalisé. Dans le même cadre socio-économique, Sa Majesté le Roi a offert une Clinique Périnatale hyper-équipée de troisième génération.

Au dernier développement de la coopération bilatérale, nous signalons que le nombre de bourses accordées au Mali a été augmenté cette année de 50% passant de 100 à 150 bourses universitaires sans compter les séjours d’études et de formation offerts tout au long de l’année et qui touchent à plusieurs domaines civils et militaires.

A titre de rappel, les deux Visites de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Mali en 2013 et 2014 ont permis de refonder ces relations à la faveur de la signature de 17 accords et conventions concernant plusieurs aspects de coopération sectorielle notamment le renforcement des capacités et le partenariat conformément aux attentes réciproques.

Durant cette année, plusieurs autres accords ont été signés dont celui relatif à la coopération militaire et ce, à la faveur de la visite de Son Excellence M. Premier ministre accompagné d’une forte délégation ministérielle.

Dans le même sillage, les deux parties ont eu à approfondir les échanges sur les questions d’ordre politique et diplomatique d’intérêt bilatéral et régional à l’occasion de la visite au Maroc du chef de la diplomatie malienne.

En ma qualité d’Ambassadeur de Sa Majesté le Roi du Maroc au Mali, Je profite de cette occasion pour réitérer mon entière disponibilité d’œuvrer, sans relâche, en exécution des Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’effet de hisser nos relations bilatérales au niveau des attentes des deux Peuples frères et amis.

Sur le plan bilatéral, quels sont les attentes du Maroc pour le prochain mandat ?
Le Maroc est pleinement disposé à œuvrer de concertation étroite avec le Mali pour approfondir nos relations bilatérales sur tous les plans. Ceci est rendu possible grâce à la volonté commune de nos deux pays et à l’arsenal juridique régissant nos relations.

Je peux vous dire en toute confiance que nos deux pays seront en mesure de passer à la vitesse supérieure dans leur coopération en capitalisant sur les acquis.

Les perspectives sont ouvertes dans le cadre de la coopération régionale et continentale notamment celles de l’Union Africaine et de la CEDEAO. J’en profite pour saluer le dynamisme de la diplomatie malienne sur la scène africaine et mondiale, ce qui est de nature à renforcer la concertation stratégique entre les deux pays.

- Les deux dernières Visites Royales étaient vécues au Mali comme des évènements exceptionnels et hautement symboliques, A quand aurons-nous le privilège de voir Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Mali surtout que des échos ont fait état d’une Visite annulée en 2017 ?

Je voudrais rappeler que la participation de Sa Majesté le Roi à l’investiture de Son Excellence Ibrahim Boubacar Keita en 2013 était du jamais-vu dans les annales de la Monarchie Marocaine car c’est la première fois qu’un Souverain marocain prenne part à une cérémonie d’investiture. C’était en fait l’expression d’un respect profond et d’une confiance claire en ce pays et comme corollaire c’était un message au monde entier pour dire que le Mali est redevenu fréquentable et qu’il mérite l’accompagnement de tous.

Cette participation Royale à l’investiture du Président Ibrahim Boubacar Keita a été suivie d’une visite officielle axée sur la coopération bilatérale.

Revenons aux informations sur l’annulation de la Visite Royale, je tiens à vous affirmer qu’il ne s’agit pas d’une annulation mais bel et bien d’un report lié à l’Agenda Royal. Sa Majesté le Roi Mohammed VI garde une affection toute particulière pour le Mali et les Maliens et in chaa Allah, on aura le privilège tous d’accueillir notre Souverain, Descendant du Prophète, en cette terre bénie du Mali frère.

Propos recueillis par B. Daou

Source : aBamako

aBamako

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