Présidentielle au Mali : comment IBK a conquis les voix du Nord

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Bien que Soumaïla Cissé soit originaire du nord du Mali, les régions septentrionales ont massivement voté en faveur d’Ibrahim Boubacar Keïta. Comment expliquer ce phénomène ?

Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a enregistré quelques-uns de ses meilleurs scores dans les régions du nord, battant son rival Soumaïla Cissé, pourtant natif de Niafunké, aux environs de Tombouctou, dans la quasi-totalité des centres de vote. « Dans plusieurs bureaux des régions de Tombouctou, Gao et Kidal, IBK a même totalisé 100% des suffrages », fait remarquer Ibrahim Maïga, analyste à l’Institut de recherche en sécurité (ISS).

C’est le cas dans 107 bureaux de vote sur les 1.337 recensés dans la région de Tombouctou ; dans 88 des 881 bureaux de la région de Gao ; et dans 7 des 110 bureaux de Kidal, selon les chiffres de la Coalition pour l’observation citoyenne des élections au Mali (Cocem), un regroupement d’associations de la société civile malienne. Les chiffres rendus publics, bureau par bureau, après la proclamation des résultats provisoires vont dans le même sens. A Tessalit, dans le nord de la région de Kidal, dans un bureau comptant 460 inscrits, 448 ont voté, dont 450 pour IBK. A Rahrous, une ville au bord du fleuve Niger, à une soixantaine de kilomètres à l’est de Tombouctou, un bureau a enregistré 458 votants pour 458 inscrits : et 449 ont voté pour IBK !

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Des chiffres qui alimentent les accusations de « fraude » et de « bourrage d’urnes » lancées par l’opposition. Mais si Soumaïla Cissé continue de rejeter les résultats, la victoire d’IBK a bel et bien été validée, le 20 août, par la Cour constitutionnelle, avec 67,16% des suffrages. La Cour, à l’instar des observateurs de l’Union européenne, affirme en effet qu’il n’y a pas de preuve de fraudes massives.

Accord de paix
Comment, alors, expliquer ce vote massif en faveur d’IBK dans le nord du pays, où les populations lui étaient pourtant hostiles au tout début de son premier quinquennat ?

SOUMAÏLA CISSÉ N’A PAS PROPOSÉ DE SOLUTION ALTERNATIVE AU PROCESSUS DE PAIX

La question de l’application de l’accord de paix signé en 2015 entre le gouvernement malien et les groupes armés du Nord a été centrale pendant la campagne. Or les populations se sont lassées. Depuis 2012, elles sont victimes d’une insécurité chronique, d’abord du fait de la rébellion touarègue, puis de l’occupation jihadiste, avant d’être désormais frappée par des conflits à caractère ethnique ou tribal.

Sur ce point, « Soumaïla Cissé n’a pas proposé de solutions alternative au processus de paix. Il ne s’est pas assez démarqué de celles proposées par IBK. Et comme beaucoup d’autres, Cissé a exprimé des réserves après la signature de l’accord de paix et cela explique la méfiance des groupes armés envers lui », estime Ibrahim Maïga.

Soutien des anciens rebelles
Dans le nord du Mali, « les électeurs de base ne votent pas pour élire un candidat à l’élection présidentielle mais plutôt par rapport aux consignes données par les responsables locaux », affirmait à Jeune Afrique, pendant l’entre-deux tours, Ilad Ag Mohamed, un ex-porte-parole de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Bilal Ag Achérif, secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA, composante de la CMA), assurait quant à lui qu’« aucune consigne de vote n’a été donnée ».

« La population de Kidal est très attachée à l’application de l’accord de paix, c’est la raison pour laquelle les électeurs ont voté massivement pour IBK. Il vaut mieux continuer à travailler avec quelqu’un qu’on connaît déjà plutôt que de s’aventurer dans l’inconnu », estime Mohamed Ag Intalla, l’Amenokal de l’Adrar des Ifoghas, basé à Kidal, où les ex-rebelles de la CMA ont sécurisé les opérations de vote.

Source : aBamako

aBamako

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