Pr Clément Dembélé lors d’un débat sur Africable : « Le Mali n’a pas besoin d’un président de la République aujourd’hui, mais d’un homme d’État »

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Le débat politik d’Africable télévision a accueilli, ce dimanche 26 août 2018, Cheickné Camara du Mouvement les bâtisseurs, un représentant de l’opposition démocratique, Nouhoum Sarr, de la société civile Mme Sy Kadiatou Sow, un universitaire professeur Clément Dembélé et un représentant de la majorité présidentielle. Le cadre a été idéal pour discuter de la contestation actuelle du verdict de la Cour constitutionnelle sur la réélection du président sortant, Ibrahim Boubacar Keita, lors de la dernière élection présidentielle. Ce cadre a permis à chaque camp de défendre sa cause.

Isabelle Massage

Après l’annonce du résultat définitif par la Cour constitutionnelle proclamant vainqueur le président sortant, Ibrahim Boubacar Keita, avec un score-fleuve de 67,16% contre 32,84% sur 34,54% des Maliens ayant pris part au scrutin, son adversaire Soumaïla Cissé anime une conférence au cours de laquelle il fait part de son refus de reconnaitre catégoriquement ce résultat qu’il juge frauduleux, puisque ne traduisant aucunement l’expression de la volonté du peuple malien. Si toute la classe politique ainsi que la société civile étaient unanimes sur l’organisation de cette élection qui paraissait un peu sceptique, le bilan des deux scrutins n’a laissé personne indifférent. Chaque camp se dit vainqueur en manifestant des sentiments mêlés de joie et de frustration.

Mme Sy Kadiatou Sow rend coupable non seulement le gouvernement qui est trop pointé du doigt dans cette histoire, mais beaucoup plus la jeunesse malienne qui s’est auto écartée dans cette prise de décision par sa non-participation au vote, soit par manque de carte d’électeur ou simplement par désintéressement soit, dans de pires cas, en acceptant de vendre sa voix au plus offrant. Elle dira que beaucoup de fois on dénonce des fraudes après les élections, mais le cas de cette année est de trop car pouvant mettre en cause la légitimité du président nouvellement élu. À ses dires, bien que l’opposition n’ait plus de voie de recours après le verdict de la Cour constitutionnelle, cela n’empêchera pas les manifestations de frustration. Cela est légal et légitime selon elle, puisque toute décision sortie de la Cour constitutionnelle ne doit pas d’office être acceptée par la population pour la simple raison que c’est irrévocable.

La représentante de la société civile dira que cette occasion est la meilleure pour revoir nos institutions et notre système électoral qui n’ont d’autre mission que de servir le peuple. Elle appelle les partis politiques à mettre en application les propos tenus lors de la campagne électorale, qui mettent le Mali au déçu de tout.

Cheickné Camara dira que le président Ibrahim Boubacar Keita est le président de tous les Maliens dans la mesure où tous les partis politiques ont accepté d’aller à l’élection. Un processus électoral jugé acceptable par l’ensemble des observateurs présents qui ont certes souligné des irrégularités, mais qu’en aucun cas ne se sauraient affecté les résultats des urnes. Pour lui, après le verdict de la Cour constitutionnelle, l’heure n’est plus à la contestation, mais à l’union pour construire un pays qui a déjà trop souffert de la crise.

À le croire, c’est ce que veut le président nouvellement réélu en tendant la main à son jeune frère Soumaïla Cissé qui n’a même pas su réunir toute l’opposition derrière lui. Or, beaucoup pensent qu’il incarne l’alternance. Il dira que le président IBK est un homme de paix, selon lui, pour qui aucun sacrifice n’est de trop pour une paix dans un pays comme le Mali. À le croire, c’est cet amour du président pour la patrie qui l’a fait renoncer au projet de la nouvelle constitution en 2017, contrairement à ce que pense l’opposition et c’est ce même sentiment qui l’anime en tolérant aujourd’hui les manifestations interdites de l’opposition après avoir épuisé toutes leurs voies de recours.

De l’autre côté, Nouhoum Sarr dira que le résultat de cette élection est le fruit de la fraude et des bourrages d’urnes. Selon lui, on ne peut pas se fier au rapport des observateurs qui étaient absents dans beaucoup de bureaux de vote le jour du scrutin. Aussi, dira M. Sarr, l’opposition n’était pas représentée dans presque 8 000 bureaux de vote. Si Soumaïla Cissé n’a pas eu le soutien des autres candidats, selon M. Sarr, c’est parce que les autres voulaient purement et simplement boycotter le deuxième tour suite aux nombreuses fraudes constatées depuis le premier tour. Il dira que les manifestations sont des actes légaux qui leur permettront de sauver cette Nation qui est en train d’être brûlée par ses gouvernants insouciants et intolérants. C’est le combat que l’opposition est prête à mener contre vents et marrées.

Quant à Clément Dembélé, qui n’a cautionné le comportement d’aucune des deux tendances, ne lui dira qu’aucun des candidats n’a su le plus rassembler le peuple malien. Du coup, la question qui s’impose à l’heure actuelle est de savoir l’opinion du peuple concerné. Pour lui, le Mali n’appartient ni à IBK encore moins à Soumaïla Cissé pour dire que c’est l’administration de l’Etat qui a failli à sa mission en donnant l’impression de la transparence. À ses dires, si Soumaïla Cissé est allé au second tour c’est qu’il a en partie accepté ce qui s’est passé. Il dira que c’est au président élu d’être exemplaire en ne se limitant pas à tendre le bras, mais d’aller vers les autres y compris les candidats déchus du premier tour, pour une recherche de solution concrète. À le croire, le Mali n’a pas besoin que d’un président de la République aujourd’hui, mais d’un homme d’État qui supporte tout comme un arbre fruitier qui te donne ses fruits lorsque tu lui jettes des pierres.

Issa Djiguiba

Source : aBamako

aBamako

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