Football malien : Capter le signal des supporters et sortir de la crise

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Dimanche dernier deux éléments sont venus me conforter dans l’idée selon laquelle nos responsables du football ne mesurent pas la portée de leur responsabilité à la fois dans ce qui se passe dans notre sport roi mais aussi dans la recherche de solution pour en sortir.

Premièrement, J’écoutais à la radio un responsable régional qui magnifiait la beauté et la mobilisation des jeunes de sa contrée pour une compétition inter quartiers. Et s’étonnait du fait que cette mobilisation juvénile est quasi absente autour des clubs d’élite de la ville.

J’ai personnellement une explication. Simple. Les compétitions inter-quartier ont d’abord un caractère de proximité. Donc chaque jeune se sent concerné à la fois dans le processus et dans les objectifs. Avec les vertus de la fraternité, de l’amitié, de l’épanouissement que confère une discipline sportive. Peu de passe droit, de népotisme, d’exclusion. Ces maux qu’on ne trouve malheureusement pas dans la gestion des clubs d’élite. Les jeunes ne se sentent pas concernés souvent par ces clubs qui ne sont pas leur reflet mais juste un conglomérat d’individus mus par des intérêts individuels et non collectifs, pour la cité.

Deuxièmement, le deuxième élément qui a attiré mon attention ce dimanche, c’est la finale de la Coupe du Mali. Les observateurs conviennent que les deux états-majors ont réussi la mobilisation. A mon avis le plein du stade n’est nullement le fruit de la communication du CONOR (Comité de normalisation du football) ou même des deux clubs pour attirer le public. C’est plutôt le fruit de la détermination des supporters du Stade malien et du Djoliba, des autres supporters anonymes du football malien de passer un message simple et clair : « nous aimons nos clubs, notre football, nous voulons simplement venir au stade pour voir les jeunes footballeurs maliens jouer, les applaudir, les encourager ». Malheureusement cela seul ne suffit pas. La preuve nous est donnée à travers l’absence de championnat, l’existence d’un Comité de normalisation, une crise sans fin depuis 2003, aggravée de 2013 à nos jours.

Dimanche, le stade Modibo Keita était plein et le Stade malien et le Djoliba peuvent nous le faire chaque jour, si seulement la quiétude minimale est là pour jouer au football.

Savez-vous qu’en Afrique de l’Ouest tous les derbys et classico sont morts en termes de mobilisation et de passion, sauf Djoliba-Stade au Mali. Plus de Djaraf-Jeanne d’Arc au Sénégal, plus de Hafia-Horoya en Guinée, plus de Kotoko-Hearts au Ghana, plus d’Asec-Africa en Côte d’Ivoire. Au Mali nous sommes chanceux de préserver encore cette institution qu’est le duel Djoliba-Stade et nous devons nous battre pour que cela perdure. Pas qu’il continue à maintenir l’exemple mais à maintenir la flamme de la passion du supporter malien. Si d’autres clubs se sentent capables de les supplanter, tant mieux pourvu qu’ils drainent le public au stade. Je rends hommage au COB, au Réal, aux Onze Créateurs, qui ont su se donner une envergure pour se mesurer à ces deux et enrichir le football malien.

Ma conclusion et mon message pour le CONOR et les autorités-

1. Que le CONOR saisisse la mobilisation du dimanche pour se rappeler sa mission historique de pacifier l’espace footballistique malien. La mission va au delà d’un texte avec des tirets envoyés par une instance basée loin de nos réalités sahéliennes et soudaniennes. La crise qu’elle est censée guérir n’est pas une crise de simples interprétations de textes et de confrontation de projets. Loin s’en faut! C’est une crise de personnes, de familles, de clans. Appelons le chat par le chat. C’est une crise entre Djoliba et Stade malien, entre COB et Réal, entre la ligue de Tombouctou et la ligue de Bamako, entre Salah et Bavieux, entre Moussa Konaté et Sékoumassiré Sylla, entre Bassalifou Sylla et Seydou Sow, j’en passe. L’Assemblée générale élective avortée du 8 octobre 2017 a fini par nous décrire la configuration guerrière de l’espace du football malien. D’autres bien avant avaient dessiné les prémisses.

Quels dividendes, quelle gloire, quel honneur avons nous à tirer d’animosités entre les dirigeants du Stade malien et du Djoliba, du COB et des Onze créateurs, des présents des ligues de Tombouctou et de Bamako, de Gao et de Sikasso, des supporters de toi ces bords ? Je dis tout ça sans vouloir accuser personne car tout ce qui arrive aujourd’hui est une responsabilité partagée. J’attire simplement l’attention du CONOR qu’il passerait à coté de sa mission historique dont je pense la dimension nationale plus large que celle assignée par la FIFA, s’il ne fait pas la bonne analyse, s’il ne se met pas dans ses habits de juge pour être à équidistance des parties, pour remettre les acteurs ensemble en évitant surtout d’être une partie du problème.

La relecture des textes annoncée doit être élastique et non de nature à exclure des parties déjà dans les starting blocks, dans un contexte de radicalisation des positions des uns et des autres.

2. A nos autorités, je demanderai une reprise du dossier en main plus habile, plus intelligente et plus utile. Bien de responsables dans la sphère étatique ont pris souvent des positions tranchées connues du grand public et de nature à biaiser la recherche rationnelle de solutions. Le jeu consiste à étouffer le fait partisan, à éviter d’être soupçonné par une partie et d’avoir la confiance de tous. C’est valable à la fois pour le CONOR et les autorités étatiques.

L’assemblée élective annoncée de la fin octobre prochaine doit être inclusive et non un autre rendez-vous entre deux camps aux positions plus que tranchées. Elle ne doit pas être un rendez-vous taillé sur mesure. Elle doit être un espace de retrouvailles pour le renouveau, pour le choc de projets pour le football malien et non d’egos. C’est maintenant ou jamais d’avoir les décisions bonnes et durables à même de nous sortir de la léthargie et de remettre le football malien en selle. Pour repartir de bon. Pour le bien de tous.

Alassane

SOULEYMANE

Journaliste

Ancien membre du Comité exécutif de la FFEMAFOOT

Source : aBamako

aBamako

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