FC-G5: le‘‘repli stratégique à Bamako’’

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Sous les apparences trompeuses d’un déménagement de Sévaré, l’état-major de la Force conjointe du G5 Sahel, qui a désormais pris ses quartiers à Bamako, a en réalité détalé sans demander ses restes. Il existe au moins deux preuves irréfutables.

La première preuve est que le Commandement de la Force conjointe a quitté en catimini Sévaré. C’est un Communiqué de l’état-major français, vendredi 28 septembre dernier, qui a révélé à la face du monde que nos éminents stratèges militaires ont vidé le plancher pour se loger dans un cocon douillet à Bamako, à environ 600 Km de Sévaré. Pourtant, sur le plan stricto sensu de la stratégie de lutte contre le terrorisme, cette localité mitoyenne de la Venise malienne, justement épicentre des actes terroristes, n’a certainement pas été choisie sur un coup de tête d’un illuminé pour abriter le Quartier général du FC-G5 Sahel.
Pourquoi, le Commandement de la Force conjointe n’a pas pris le soin de communiquer sur cette dérobade, présentée sous le vernis d’un déménagement ? Ne dispose-t-il pas d’un service de communication ? À un moment où les exigences sont de plus en fortes quant à la transparence et la redevabilité de nos Forces, il ne saurait y avoir aucune excuse quant à l’opacité qui a entouré ce ‘’déménagement’’.
Pis, ces éminents cerveaux de la défense conjointe, certainement sous la conduite éclairée de leur tout nouveau Commandant en chef mauritanien (dont on ignore toujours les hauts faits d’armes), présentent leur fuite sous le jour d’un repli hautement tactique qui implique un retour dès que les conditions s’y prêteront (???). Ainsi, accusé de reculer, un responsable militaire croit bien répondre en déniant : «Pas du tout. Le poste de commandement de Sévaré a été en partie détruit, il faut le reconstruire. En attendant, c’est plus pratique de s’installer ici. » Dont acte !
Mais la dissimulation ne prospère pas longtemps. Aussi, depuis le Burkina Faso, où le Commandant de la force du G5 Sahel, le général Hanane Ould Sidi était allé faire le point sur la force conjointe et présenter les grandes lignes de sa vision dans les jours à venir, il a déclaré : ‘’les terroristes ne peuvent nous renvoyer de Sévaré ni d’aucun autre point parce que, au niveau de Sévaré, il n’y avait que des techniciens qui étaient là-bas, techniciens d’état-major. Et ces techniciens doivent être dans l’endroit le plus approprié et le mieux indiqué pour qu’ils puissent réfléchir, pour qu’ils puissent planifier, pour qu’ils puissent coordonner et conduire les opérations. Et Bamako est l’endroit le plus approprié pour cela. Actuellement, l’état-major de la force depuis une semaine se penche sur la planification d’opérations qui auront lieu incessamment’’.
Un parallèle entre ces deux déclarations révèle une flagrante dissonance cognitive.
Il est vrai, le Centre de commandement du G5 Sahel était étrangement vulnérable à Sévaré. La preuve en est qu’il a été frappé au cerveau même ; en effet, ‘’le 29 juin, un attentat-suicide à la voiture piégée a visé le quartier général de la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel à Sévaré (région de Mopti), faisant 2 morts parmi les soldats maliens et 11 blessés parmi les éléments de la Force conjointe, dont 5 Tchadiens, 4 Nigériens et 2 Maliens’’. Mais cela justifie-t-il une fuite, qui s’assimile rien moins qu’à une débandade aussi humiliante pour des pays qui mobilisent la Communauté internationale, en termes d’assistance technique, d’appui logistique, de contribution financière et de fourniture d’hommes ?
La seconde preuve de la fuite du Commandement du FC-G5 Sahel est innocemment fournie par l’ONU. En effet, dans le Rapport du Secrétaire général de l’ONU, sur la situation au Mali, du 25 septembre 2018, au chapitre ‘’Évolution de la situation sur le plan régional’’, on peut lire : ‘’la Mission a continué d’apporter son appui à la Force conjointe, conformément à la résolution 2391 (2017). Le 6 juillet, elle a réexaminé son plan d’appui à la Force conjointe, en mettant l’accent sur la composante génie. Suite à l’attaque du 29 juin, elle s’est dite disposée à apporter son aide en vue de la construction d’un nouveau quartier général ; la Force conjointe examine cette proposition’’.
Pour schématiser la situation : le 29 juin l’état-major du G5 Sahel est victime d’une attaque complexe. Le 6 juillet, la MINUSMA lui fait une offre de construction d’un nouveau Quartier général (QG). Entre les deux dates, il se passe exactement une semaine. La MINUSMA a été réactive. Du 6 juillet au 28 septembre dernier, date de révélation de la fuite de la Force conjointe, aucune réponse n’est donnée à cette offre gracieuse de la MINUSMA qui a déjà réhabilité les locaux de nombreux services de sécurité au Mali.
Conclusion : la destruction des bâtiments à Sévaré ne sert que d’exutoire. Le Commandement du G5 Sahel, n’attendant qu’une opportunité, avait déjà décidé de prendre ses jambes au coup et rien ne pouvait l’arrêter.
En somme, voilà une situation très inconfortable pour les populations des pays membres du G5 Sahel.
L’organisation accuse le retard de décaissement de l’argent promis qui entrave sa pleine opérationnalité. Paradoxalement, elle décline l’offre de construction d’un QG. Quand on n’a pas les sous, on récolte toutes les miettes. C’est un principe élémentaire, en matière de gestion.
Les soldats de Barkhane comme les Casques bleus meurent au nom de la lutte antiterroriste.
Le Commandement du G5 Sahel lui préfère se mettre au vert en lieu sûr à Bamako.
À la tête de ce G5 Sahel, il y avait un général qui a fait ses preuves sur les théâtres d’opérations, Didier DAKO qui est limogé dans le sillage de l’attaque du 29 juin contre le QG. Mais, comme il fallait couper une tête après le 29 juin, il est donc sanctionné pour laxisme.
A sa place, on sort du chapeau un autre général qui est nommé et qui, lui, privilégie tout simplement, comme premier fait d’arme, un repli hautement stratégique, à travers cette décision d’abandon de ce QG qui était pourtant un symbole fort en pleine zone d’insécurité.
Décidément, ce G5 Sahel tombe de Charybde à Scylla, en espérant que l’espoir ne se transforme en cauchemar.

Par Bertin DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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