Genre et changement climatique: ce qu’en pense Ramata DIAOURE

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Journaliste engagée et fervente défenseur des droits des femmes, cette experte en plaint les femmes qui supportent le poids du changement climatique et les conséquences néfastes des comportements de certaines personnes physiques et morales. C’était à la faveur d’un atelier de formation des journalistes sur les méfaits du changement climatique organisé par l’UNAJOM en collaboration avec la Fédération internationale des journalistes, hier mardi, à la Maison de la presse.

D’entrée de jeu, la conférencière n’est pas allée avec le dos de la cuillère. Elle trouve que les femmes souffrant de manière disproportionnée de la pauvreté, elles sont de ce fait d’autant plus vulnérables lorsque des conditions climatiques erratiques conduisent à l’aggravation des sécheresses ou des inondations dans des zones isolées ou dans des zones urbaines surpeuplées, là où la pauvreté se fait encore plus durement ressentir. Elle révèle que les femmes représentent plus de 40 % de la main-d’œuvre agricole au Sahel et jouent un rôle clé dans l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition.
« Dans la plupart des endroits où prédomine la sous-alimentation, l’accès des femmes agricultrices à la terre, à l’information, au financement et aux intrants agricoles est très limité. Cela les rend plus vulnérables aux chocs climatiques, affecte leur santé ainsi que la sécurité alimentaire et nutritionnelle de l’ensemble du ménage. Le manque d’emplois, par ailleurs, expose les jeunes au risque de recrutements terroristes et c’est toujours la femme qui subit le poids de ce fléau », a-t-elle dit.
Comme pour enfoncer le clou, elle rappelle que les femmes sont les piliers de nos sociétés qui croulent sous le poids des effets du changement climatique.
« Ce sont elles qui s’occupent principalement de la famille, élèvent les enfants, s’occupent des vieux et des malades. C’est pourquoi elles sont en première ligne lorsqu’il s’agit de subir les effets dévastateurs du changement climatique. Elles déterminent le plus souvent la capacité des communautés à s’adapter ou à se remettre d’une catastrophe. Les femmes produisent jusqu’à 80 % de la nourriture dans la plupart des pays en développement. Ce sont elles qui font le plus gros du travail. La preuve, elles cultivent la terre, elles puisent l’eau et collectent les combustibles nécessaires autant de secteurs qui seront les plus affectés par le changement climatique », a-t-elle déploré. Selon elle, les femmes sont disproportionnellement représentées parmi les plus pauvres. Elles représentent près de 70 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Elles ont moins accès aux ressources et aux services essentiels avant et après une catastrophe et ont plus de chances que les hommes de mourir lors d’une catastrophe naturelle. Mme Ramata Diaouré a déploré par ailleurs les difficiles conditions d’accès des femmes aux espaces d’expression sur le changement climatique.
« Pourtant, leur rôle essentiel au sein des familles et des communautés font qu’elles possèdent un savoir inestimable qui leur permet de créer et d’appliquer des solutions innovatrices à un climat instable. Malgré tout, leur expérience et leurs voix restent trop souvent négligées », a-t-elle martelé.
Cependant, poursuit-elle, le rôle des femmes est crucial dans le soutien qu’elles apportent à leurs foyers et à leurs communautés et dans la mise en œuvre de mécanismes d’adaptation au changement climatique et d’atténuation à ses impacts les plus néfastes.
« Les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique, la surexploitation des ressources naturelles de la Terre, ainsi que les modèles de production et de consommation non viables constituent un risque pour toute l’humanité. Les femmes sont des agents du changement qui doivent également faire partie de la solution vers un futur durable. En effet, elles ont toujours été à l’origine de nombreuses réponses et solutions innovantes et soutenables aux défis environnementaux, à travers le monde. Elles ne sont pas seulement des victimes, mais aussi des agents du changement, et possèdent des connaissances et des compétences spécifiques leur permettant de contribuer efficacement à l’adaptation au changement climatique et à son atténuation », a-t-elle indiqué, avant d’insisté que les femmes sont l’une des clés permettant un développement inclusif et durable et, ainsi, d’atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), est la compréhension et la prise en compte effective de la dimension genre du changement climatique. Pour cela, Mme Ramata DIAOURE a appelé les négociateurs et participants des ONG à revendiquer et attirer l’attention les instances de négociation et de décision à être paritaires. Elle recommande ainsi que les textes et accords officiels intègrent la prise en compte des aspects sexo-spécifiques et l’objectif d’égalité des femmes et des hommes.
« Les aspects financiers, notamment des allocations de ressources, bénéfices des mécanismes d’appui mis en place doivent prendre en compte une approche de genre. Les campagnes et actions de sensibilisation et d’information sur les changements climatiques doivent intégrer la problématique du genre et promouvoir les droits des femmes », a-t-elle suggéré.

PAR CHRISTELLE KONE

Source : aBamako

aBamako

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