Causes et conséquences de l’insecurite au Mali: l’analyse du colonel Amara Doumbia

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L’espace sahélo-saharien constitue, à l’heure actuelle, un enjeu géopolitique et géostratégique majeur.
Pour le Mali, les problématiques apparaissent extrêmement complexes. En fait, depuis une trentaine d’années, le pays connaît un accroissement sensible des menaces sécuritaires.
Ces menaces se manifestent notamment par le banditisme urbain et périurbain, les conflits communautaires, la criminalité transfrontalière et transnationale organisée : trafic de faux médicaments, d’armes, de drogues, d’êtres humains, rébellion, terrorisme, etc. Ces menaces, de plus en plus imprévisibles, préoccupent les dirigeants et le peuple malien, ainsi que la communauté internationale. Afin de contribuer à l’amélioration de la situation sécuritaire au Mali nous essayerons d’apporter des suggestions et recommandations pouvant contrer les défis suscités.
1. Les causes de l’insécurité et de la criminalité
Le Gouvernement malien se donne comme priorité aujourd’hui la résolution des énormes défis que sont, entre autres, le chômage, la corruption et l’injustice. A cause du chômage des milliers de jeunes s’adonnent à la violence, à la délinquance. Certains sont parfois forcés à la migration irrégulière. Au-delà de la situation des individus, l’État malien souffre aussi des diktats de la mondialisation, des pressions et des convoitises. Aujourd’hui, les services publics sont victimes de la prolifération d’affairistes attirés par l’appât du gain facile. Conséquence, les services se retrouvent parfois pris en leur otage.
La baisse vertigineuse du niveau d’éducation et de vie, une paupérisation des populations sont autant de défis à relever et ont d’énormes retombées sur les sphères politiques, économiques, sociales et culturelles du pays.

2. Les conséquences de l’insécurité

L’insécurité et la criminalité sont des fléaux qui ralentissent le développement du pays et impactent de par leur transversalité, toute la vie de la nation. Elles se manifestent notamment par la corruption à grande échelle pour l’obtention des marchés publics. En Afrique de l’Ouest, il n’y a guère de pays qui échappe à l’impact de la criminalité organisée d’autant que les réseaux mafieux transcendent les frontières et opèrent avec souplesse et subtilité. Les trafiquants agissant dans cette région se cachent souvent derrière des sociétés commerciales.
La puissance financière des narcotrafiquants et des terroristes est telle qu’ils seraient capables de déstabiliser un gouvernement, de renverser un régime, de placer des hommes au sein des institutions, créer un conflit, financer une rébellion, déstructurer l’économie, détruire le tissu social et les valeurs fondamentales d’une société. L’économie criminelle fragilise l’économie nationale et affaiblit les institutions républicaines.
Les conséquences sur la vie sociale et culturelle sont grandioses. Le trafic et la consommation de drogue auxquels s’adonnent certains jeunes sont de nature à déstructurer la société. Des milliers de jeunes gens mal instruits et désœuvrés, peuplent les rues de nos cités, errent sur les sentiers sableux de la traversée du désert. Ils constituent ainsi des proies faciles pour les réseaux mafieux.
En outre, l’irruption violente en 2012 du salafisme sur la scène religieuse a été un choc, voire un traumatisme. Si un débat doctrinal n’est pas engagé dès maintenant par les autorités religieuses et les contours maîtrisés par le pouvoir politique, il est à craindre que la sphère confessionnelle soit un jour embrasée par une bataille rangée entre les courants religieux.

3. Voies et moyens de résolution de l’insécurité au Mali :

Face aux multiples facteurs d’insécurité, les populations maliennes ont besoin d’être informées, sensibilisées, conscientisées, formées pour mieux se protéger. Les jeunes en particulier ont besoin de sortir de leur situation de chômage et de précarité. Plus concrètement, dans ce Mali en proie à l’insécurité résiduelle, il est particulièrement souhaitable :
Le Gouvernement devrait continuer sa dynamique dans la réforme des forces de défense et de sécurité, œuvrer au retour de l’administration et à la réhabilitation des services sociaux de base, réprimer avec la plus grande fermeté les actes terroristes perpétrés, en identifiant non seulement les auteurs mais aussi les commanditaires. Aussi, il devrait renforcer la législation et consolider les forces de sécurité et les autorités judiciaires formées sur les questions antiterroristes.
La Société civile doit s’activer à créer des centres de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent et mettre en place des observatoires locaux de lutte contre la criminalité organisée vers lesquels convergeront tous les acteurs du secteur de la sécurité.
Au Mali, la communauté internationale à travers la MINUSMA aux côtés des forces de défense et de sécurité nationales abat un travail fabuleux en matière de lutte contre l’insécurité. Cependant, il faut compter d’abord sur les potentialités maliennes. C’est pourquoi, il faut améliorer les capacités de l’État à répondre aux attentes de leurs populations en matière de sécurité, c’est là un des impératifs pour construire un avenir de paix sociale, de justice et de solidarité.

Colonel Amara DOUMBIA
Officier des Forces Armées de la République du Mali
Stagiaire à l’Ecole de guerre de Moscou Candidat en Master Sécurité nationale et défense de l’Etat.
Doctorant en Relations internationales.

Source : aBamako

aBamako

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