CÉNI: un scandale pour étouffer un autre

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Couper les cheveux en quatre
Où est la philharmonique grinçante prompte toujours à voler au secours de la veuve et de l’orphelin ? Où sont les chevaliers servants de la démocratie, de l’éthique, de la bonne gouvernance toujours à fleur de nerf quand il s’agit de peccadilles du régime ?
Pourtant, le scandale couvait, les chantres de vertus le voyaient venir. Mais, comme dans la Fable de Fontaine, Opposition et Société civile (et même la Majorité), ont jugé selon la bonne fortune des protagonistes. Un silence bienveillant qui n’est pas sans rappeler la devise de l’ordre de la Jarretière et du souverain d’Angleterre lui-même : ‘’Honni soit qui mal y pense !’’
Puisque ce vieux Albert conseille de tremper la plume dans la plaie, rappelons à ces messieurs que la République est une vertu qui ne s’accommode pas du copinage, de l’entourloupe, surtout de l’improbité. Que ceux qui ont l’honneur entachée se gardent d’en rajouter au scandale…
Le scandale, c’est lorsque faillissent des responsables à ce niveau d’estime et de confiance. Rien, absolument rien, ne peut justifier qu’après que la CÉNI a reçu des crédits budgétaires à hauteur de 5 milliards 800 millions de FCFA pour le suivi et la supervision des élections générales (un montant supérieur à ceux de 2017, et 2013, où la CENI avait reçu respectivement, 1,3 milliard de FCFA pour 2007 et 4, 3 milliards pour 2013) que trois mois après, elle soit dans l’incapacité de payer ses démembrements.
Le scandale, c’est la jonglerie qui consiste à s’arranger pour payer le personnel du bureau national de Bamako, le jeudi dernier, tandis que les délégations régionales depuis n’ont pas touché un Kopeck depuis trois mois.
Où est parti la cagnotte, les 5,8 milliards déboursé par l’Etat ? Balayons d’un revers les soupçons de corruption et d’enrichissement illicite, le scandale, c’est, surtout, pour ceux qui estiment détenir la science infuse en matière d’économie, de gestion et de bonne gouvernance de prendre l’argent des salaires pour se taper des véhicules.
Le scandale, c’est de l’avouer et de le brandir comme un argument de défense : « Nous avions de l’argent et il fallait acheter des véhicules, ce que nous avons fait. Le ministère des Finances devait rembourser cette somme pour nous permettre de régulariser les choses. Ça n’a pas été fait. Voilà »… Donc, c’est tout. Rien à voir, circulez, tout baigne dans la meilleure des gouvernances possibles !
Non, désolé ! Ça s’appelle de l’indiscipline budgétaire, plus qu’errements, c’est de l’égarement de la part de responsables commis à cette mission. Parce qu’il n’est pas normal que l’argent destiné à payer le salaire des travailleurs puisse servir à autre chose, en provoquant le blocage de l’institution. A moins que le Questeur et son président n’estiment qu’on puisse jongler comme on veut avec l’argent public.
Le scandale, c’est vouloir couvrir cette mauvaise gestion, un véritable baptisme budgétaire et tenter d’en faire porter le chapeau à l’Hôtel des Finances qu’on essaye d’impressionner au moyen de la menace et du chantage : « si Boubou CISSE ne nous donne pas de l’argent, on va ébruiter les graves irrégularités ayant émaillé l’élection du Président de la République » !
Un scandale ne pouvant étouffer un autre, comme le dirait l’autre, que grand bien leur fasse ! En tout cas, il ne sera pas dit que l’État n’a pas fait son devoir en amont (en déboursant 5,8 milliards) et en aval (en commanditant un audit sur l’utilisation des ressources publiques allouées à la CENI).
En se livrant en spectacle devant la presse, à travers un honteux pugilat, ceux qui sont au ban de la probité et ceux qui les soutiennent par leur silence complice doivent se souvenir que la République est une vertu dans laquelle le scandale est pire que le péché.
Par Bertin DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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