insécurité- crise postélectorale-front social : Diagnostic alarmant de l’Adema-Association !

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« Pacte pour la Paix au Mali », crise post-électorale, front social…, ce sont là entre autres, les sujets évoqués par Mme Sy Kadiatou Sow, présidente de l’Alliance pour la Démocratie au Mali (Adema-Association), lors de la 6ème Assemblée générale de son organisation. Sur l’état de la nation, le diagnostic de l’Adema-Association est implacable : « Le constat que nous avons fait lors de notre dernière Assemblée Générale de 2016 reste hélas d’actualité et la situation s’est même dégradée. Nous faisons face à une crise multidimensionnelle. A la crise sécuritaire, s’est ajoutée une crise postélectorale et sociale », a déclaré Mme Sy Kadiatou Sow.

L’Adema-Association a pris l’engagement de contribuer à la dynamisation du cadre unitaire du Mouvement démocratique, en participant à toute action visant à l’unité des forces démocratiques et républicaines, ainsi qu’à l’approfondissement et à la consolidation du processus démocratique…

Pour Mme Sy Kadiatou Sow, notre pays va très mal et nos concitoyens perdent de plus en plus espoir en l’avenir : « Le constat que nous avons fait lors de notre dernière Assemblée Générale de 2016 reste hélas d’actualité et la situation s’est même dégradée.

Nous faisons face à une crise multidimensionnelle. A la crise sécuritaire, s’est ajoutée une crise postélectorale et sociale ».

L’insécurité s’est installée !

La présidente de l’Adema-Association a indiqué que malgré la signature de l’Accord pour la Paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger (Mai 2015), les multiples arrangements entre groupes armés rebelles aussitôt violés, les accointances entre les dits groupes armés et les terroristes dits djihadistes dénoncées d’abord par les populations victimes et reconnues ensuite par la communauté internationale, les menaces de sanctions, l’insécurité s’est installée de façon quasi permanente et générale non seulement dans les régions dites du Nord et celles du Centre (Mopti et Ségou) mais aussi à des degrés divers sur l’ensemble du territoire malien. « Chaque semaine des soldats maliens, des casques bleus et des paisibles populations perdent la vie dans les zones désormais sous administration ou influence des groupes armés rebelles et/ou terroristes dit djihadiste et des bandits de tout acabit :

L’administration et les services de base (école, santé notamment) n’existent quasiment plus dans les cercles des régions dites du Nord, et celle de Mopti. L’accès des Autorités maliennes et de leurs représentants à la ville de Kidal reste toujours soumis au bon vouloir des responsables de la rébellion. Seules les délégations étrangères y sont les bienvenues et encore… Les déplacements dans ces localités des candidats à l’élection présidentielle ont dû être sécurisés par des groupes armés.

Nos forces armées et de sécurité restent cantonnées dans une zone tampon, au-delà de laquelle elles ne peuvent opérer», regrette-t-elle. Avant d’ajouter que les conflits intra et inter- communautaires cyniquement instrumentalisés et leur lot de tueries mettent à mal la cohésion sociale et ébranle le sentiment d’unité nationale (300 morts de juillet à septembre 2018 selon le rapport du SG de l’ONU au Conseil de Sécurité)…

Accord pour la Paix : les germes de la division

Mme Sy Kadiatou Sow a précisé que l’Adema-Association continue de croire et avec une profonde angoisse que l’Accord pour la Paix renferme les germes de la discorde. Avant de rappeler que le gouvernement de la République du Mali, a lui-même formulé des réserves significatives résumées en 12 pages : « Les documents des différents partis membres de la coalition de la Majorité présidentielle ont relevé des sources de vives inquiétudes sur les risques que certaines dispositions de l’Accord font courir sur l’Intégrité Territoriale, l’Unité Nationale et la cohésion sociale.

L’opposition républicaine et démocratique craint que cet Accord ne conduise à la dislocation pure et simple du pays ».

En outre, l’Adema-Association assimile cet Accord pour la Paix et de réconciliation nationale à une constitution type rédigée à Alger comparable à ce qu’est pour le Burundi la Charte d’Arusha, dont le Mali est obligé de s’inspirer pour rédiger la constitution de la IVème République, instaurant un statut fédéral déguisé de l’État malien.

Mme Sy estime que la récente signature du « Pacte pour la Paix au Mali » vient rajouter une couche à l’humiliation. En effet, un des engagements du pacte (point 7 donne un caractère exécutoire aux décisions et aux arbitrages de la médiation internationale en cas de divergence entre le gouvernement et les mouvements armés (CMA et Plateforme). Quel Etat responsable accepterait de déléguer sa souveraineté ?

Comment comprendre qu’un gouvernement qui a signé en grande pompe un Accord en toute connaissance de cause en prenant des engagements précis, s’oblige à travers un Pacte à respecter les mêmes engagements et autorise même une autre institution ou organe à prendre des décisions à sa place ? S’interroge la présidente de l’ADEMA-Association.

« Tous ces faits suffisent pour faire comprendre aux maliens que le véritable « projet » demeure la partition de leur Pays et c’est tant mieux que nos compatriotes prennent enfin conscience de ce péril et décident de se mobiliser pour sauver notre patrimoine commun, le Mali […] Les autorités maliennes et les décideurs de ce monde doivent comprendre enfin que les maliens n’accepteront plus que des décisions engageant le sort de leur pays, leur présent et leur avenir soient prises par une poignée de maliens. Quel que soit l’engagement des « partenaires » leur volonté ne saurait s’imposer à celle des maliens qui s’opposeront à tout projet de confiscation de la souveraineté du Mali », prévient-elle.

Crise post-électorale : il faut des concertations…

S’agissant de la contestation née des résultats de la présidentielle, Mme Sy affirme : « A la suite de la proclamation définitive des résultats de l’élection présidentielle, nous avons donné notre avis sur le déroulement du processus électoral et avons invité ceux qui détiennent de fait le pouvoir d’Etat, à prendre la pleine et juste mesure des contestations (à l’intérieur comme à l’extérieur au sein de la diaspora) et engager sans délai une concertation avec tous les protagonistes du processus électoral autour des conditions préalables à la tenue des prochaines élections législatives et au-delà de l’agenda électoral, à initier un véritable et sincère dialogue national autour des questions majeures pour la Nation.

Toute stratégie basée sur le «laisser faire, laisser pourrir» ne ferait que conforter l’escalade et nous éloigner de l’apaisement et la stabilité, que tous les maliens et amis du Mali appellent de leurs vœux. »

Les résultats de l’élection présidentielle sont toujours contestés par une large partie de l’opposition et de la société civile de l’intérieur comme de la Diaspora. Après une série de manifestations de rue dont certaines ont été réprimées, la création récente de 2 regroupements politiques : le Front de Sauvegarde de la Démocratie ( FSD) et la Convergence des forces Patriotiques (CFP) indique que les opposants comptent maintenir la pression sur les tenants du pouvoir et aussi sur certaines institutions de la République : la polémique autour du report des élections législatives et la très vive réaction de nombreux acteurs politiques et des organisations de la société civile contre le projet de réorganisation territoriale en rajoutent à la tension politique.

Aussi, Mme Sy Kadiatou Sow a fait savoir que l’ADEMA-Association renouvelle sa vive préoccupation face aux graves atteintes aux droits humains : arrestations arbitraires, enlèvements musclés de citoyens (singulièrement les hommes de médias) et confiscation de leurs biens en dehors de toute procédure légale. « Notre association à la suite de nombreuses autres dénonce ces pratiques inadmissibles dans un Etat de droit et réclame le respect strict des procédures légales », a-t-elle indiqué.

Le front social en ébullition

Pour la présidente de l’ADEMA-Association, on constate une rupture de confiance entre les citoyens et les pouvoirs publics suite aux nombreux engagements non tenus, à une absence de véritable dialogue social. « Les frustrations qui découlent de cette gouvernance désastreuse alimentent de vives tensions dans les différents secteurs d’activités du Pays. Des citoyens se rebiffent contre des injustices flagrantes, la répartition inégale des ressources publiques, le favoritisme, la gestion clanique, l’impunité, le laisser aller, l’arrogance et le mépris de la part de certains cercles privilégiés du pouvoir », déclare-t-elle.

Avant d’ajouter : « Il est difficile pour ceux qui revendiquent à tort ou à raison de meilleures conditions de vie et de travail, de comprendre que ceux qui doivent donner l’exemple d’une gestion rationnelle, rigoureuse des deniers publics en diminuant par exemple le train de vie de l’Etat, ne se privent pas de largesses et autres avantages et demandent aux autres de consentir des sacrifices pour le pays. Bien au contraire les dénonciations de nombreux scandales liés à la mauvaise gouvernance, semblent laisser les pouvoirs publics totalement indifférents.

Il est parfaitement compréhensible que lorsque la Nation est en danger, on en appelle à « l’Union Sacrée ». Oui, mais autour de quel projet ? De quelle feuille de route ou de stratégies de sortie de crise ? ».

Enfin, Mme Sy Kadiatou Sow lance un véritable cri de cœur pour sauver la Nation en péril : « Nous n’avons pas cessé de dire depuis le déclenchement de la crise multidimensionnelle que vit notre pays, qu’aucune solution durable ne saurait être trouvée sans une large concertation de toutes les composantes de la société malienne…

Nous devons tous, chacun au niveau où il se trouve, avec les moyens humains matériels intellectuels, etc. nous mobiliser, nous engager et contribuer à la recherche de solutions, mais il est évident que les rôles et les responsabilités ne sont pas interchangeables : les pouvoirs publics, les élus, les partis politiques, la Société Civile (dans tous ses compartiments) ont chacune et chacun des rôles et responsabilités bien définis et doivent agir dans ce cadre. Aucun ne devrait pouvoir se substituer à l’autre… ».

Mohamed Sylla

Source : aBamako

aBamako

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