État de la nation: le silence des femmes

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Mais où sont passées les braves dames du Mali ? Cette question mérite son pesant d’or, car depuis un certain temps, les femmes du Mali, du moins celles qui se font appeler ‘’les femmes leaders’’ sont invisibles sur tous les échiquiers du Mali. Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent actuellement, vue la tension sociale qui met notre pays en ébullition.

FENACOF, CAFO, Convergence du Mali, Réseau des femmes parlementaires et ministres du Mali, cadre de concertation des partis politiques du Mali, etc. Elles sont nombreuses, ces coalitions de femmes, dirigées par des femmes intellectuelles qui ont occupé des places stratégiques du pays, qui donc doivent être en mesure de susciter des débats ou poser des questions qui sortent le pays de l’ornière dans laquelle il est plongé.

En effet, la prorogation des mandats des députés, le projet de découpage administratif, les multiples grèves, l’insécurité grandissante qui mine le pays le pays au quotidien, la liste des sujets brulants de l’actualité nationale est loin d’être exhaustive. Malgré tout, c’est le silence radio des femmes leaders du Mali qui jouent apparemment à la politique de l’autruche.

Le paradoxe

Il y a quelques jours, le mandat des députés de la 5ème législature a été prorogé jusqu’au 30 juin 2019. Cette nouvelle a suscité un grand tollé sur la scène politique malienne, entre les pros et anti de cette mesure. La preuve, une Coalition des Forces Patriotiques (COFOP), une plateforme lancée le 21 octobre dernier, avec à sa tête Housseini Amion GUINDO de la CODEM, est à pieds d’œuvre pour contrer cette décision. Pendant ce temps, d’autres groupes soutiennent l’idée de reports des législatives.

Au même moment, le projet de recoupage vient couronner le tout. Cette nouvelle a été perçue par des centaines de milliers de maliens, comme une volonté de procéder à une partition du Mali. Comme d’habitude, des voix se sont levées pour dire ‘’niet’’ à une telle décision.

Comme une malédiction, des écoles sont restées fermées, malgré la fin des vacances. Les magistrats ont aussi fait trois moi sans enfiler les toges, laissant déborder les prisons et commissariats de police qui ne savaient plus à quelle loi se vouer.

Dans le même temps, trois jeunes frères bouchers ont été assassinés par des membres d’un comité de veille de Doumanzana, provoquant la colère des bouchers qui menace d’ôter le tablier pour sevrer les maliens de viande. Le panier de la ménagère paie un prix élevé avec tous ces mouvements quand de plus, les opérateurs de distribution de gaz menacent de jeter l’éponge.

Malgré tout, nos braves femmes, qui étaient nombreuses dans les meetings politiques, restent de marbres face à cette mère meurtrie qui a subi la perte cruelle de sa progéniture, trois fils d’un coup arrachés de façon horrible à son affection, après ce drame inouï au Mali, abandonnée à son triste sort, sous les regards indifférents de celles-là même qui prétendent parler en son nom. Ce qui explique la mort brutale de cette mère, victime d’une crise car n’ayant pu supporter cette perte tragique, une femme qui devait être pris en charge psychologiquement par une de ces organisations. Mais hélas ! Elle a rejoint dans l’indifférence ses trois fils dans la mort, pendant que les femmes leaders du Mali se prélassent dans leurs salons feutrés. Quel paradoxe !

Pire, face à un malaise multidimensionnel qui frappe le Mali, on n’a pas vu même un simple communiqué émanant d’un de ces groupes ou associations de femmes pour indiquer leur inquiétude, témoigner leur compassion encore moins proposer des solutions.

Cette attitude des femmes leaders du Mali accroît dans l’opinion les stéréotypes qu’elles trainent sur leurs épaules depuis des années. En effet, la plupart des observateurs considèrent des femmes comme des instruments électoraux, juste utilisés à des fins politiques

Des rôles et des chances

Pourtant, les femmes jouent un rôle crucial dans la société malienne et statistiquement, elles y ont un poids important. Dans la société malienne, la femme a toujours occupé une place de premier choix en sa qualité d’épouse et de mère, de travailleuse et de citoyenne. Pour reconnaitre ce rôle, les plus hautes responsabilités de notre pays ont toujours mis la femme au centre des préoccupations. Et pour cause, le Mali a ratifié sans réserve la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), ainsi que le Protocole de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo).

La constitution malienne de 1992 garantit aussi l’égalité des droits de tous les citoyens sans distinction de sexe et le Mali a adopté une politique nationale en matière de genre en 2010. En 2012, le Mali a lancé son premier plan d’action national (PAN) pour la mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité (PAN 1325). Le deuxième PAN 1325 a été lancé en 2015, pour la période 2015-2017. Enfin, une loi garantissant un quota de 30 % de femmes dans les nominations aux institutions nationales et aux organes législatifs a été adoptée en décembre 2015.

Malgré tout, on constate avec regret que tous ces efforts restent vains, vue l’attitude des femmes qui sont muettes comme des tombes, à un moment crucial où la nation a plus que jamais besoin d’elles.

En tout état de cause, il est temps que les femmes leaders lorgnent dans les pays voisins, pour s’imprégner des exemples de leurs congénères, des pays où les femmes sont vaillantes pour le bonheur de leur nation. La grande marche des femmes du Burkina Faso, avec à leur tête la première dame du pays, pour trouver une solution face à la recrudescence des attaques terroristes ainsi que la mobilisation des femmes au Nigeria, dans la marche mondiale intitulée ‘’Apportez-nous nos filles’’ (Bring Back our girls), après le kidnapping des lycéennes de Chibook, en sont des illustrations.

PAR CHRISTELLE KONE

Source : aBamako

aBamako

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