L’opposition et le boycott des conférences régionales: la faute politique de Soumi

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Entre l’appeau de chantre du dialogue et le revanchard égrillard qui refuse de recevoir un Premier ministre pour discuter des questions d’intérêt national, Soumi champion hystérise le climat politique clivant ainsi davantage les populations.

Dans le cadre du dialogue politique, le Premier ministre Soumeylou Boubeye MAIGA a initié une série de rencontres avec les Forces vives du pays sur la Conférence sociale, le découpage territorial, le processus électoral. C’est ainsi qu’il a entrepris, depuis le jeudi 1er novembre, de rencontrer successivement les responsables dûment mandatés des centrales syndicales de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), de la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM), de la Confédération malienne des travailleurs (CMT), de la Centrale syndicale démocratique des travailleurs du Mali (CDTM), mais aussi ceux des syndicats libres et autonomes dont ceux de la magistrature et du Collectif des enseignants signataires.

Après les syndicats, le PM a rencontré la Société civile, lundi 5 novembre, et la classe politique le mardi 6 novembre.

Le samedi 10 novembre, SBM prenait part au Cadre de réflexion et d’échanges citoyens qui a mobilisé du monde.

Sur la forme

C’est dans le cadre de sa série de rencontres qu’il a adressé une lettre à Soumaïla CISSE, président du Parti l’URD, Chef de file de l’Opposition, le 5 novembre, pour solliciter de le rencontrer, le 9 novembre, au siège de son Parti. Le 8 novembre, Soumi champion, dans sa réponse au Chef du Gouvernement, oppose une fin de non-recevoir.

Pour (une) fois, la forme y était. Le Chef de file de l’Opposition a été saisi d’une correspondance officielle. Il ne s’agit pas cette fois-ci d’un coup de fil.

Quant aux délais, il ne devrait pas y avoir à redire. Il y a, en effet, quatre jours francs entre la demande et la date de la rencontre. Ce qui peut être considéré comme raisonnable quand on est animé de bonnes intentions pour accéder à une requête de la sorte qui ne coûte tout de même pas les yeux de la tête.

Il faut dire que le Gouvernement, très souvent mis au pilori par l’Opposition sur des questions protocolaires, semble avoir tiré tous les enseignements de ses indélicatesses supposées ou réelles du passé pour s’entourer de toutes les précautions nécessaires. C’est indubitablement le cas pour cette demande de rencontre pour recueillir les préoccupations et les suggestions du Chef de file de l’Opposition.

Sur le fond

Sur le fond, les arguments développés pour repousser l’offre de dialogue du Premier ministre sont bancals et ne résistent à aucune critique objective.

L’inconstance

Soumi champion, dans sa réponse au Chef du Gouvernement, rappelle : ‘’la fraude électorale lors de la dernière présidentielle a conduit des milliers de Maliens à défendre la souveraineté nationale de notre peuple, à travers de nombreuses manifestations à Bamako, dans les régions et dans la diaspora’’. Un fait marquant de la période actuelle.

‘’La CEDEAO a souligné de graves insuffisances qui ont marqué l’élection présidentielle’’.

Pour autant, la CEDEAO n’a jamais déclaré qu’elle ne reconnaissait pas la réélection du Président Ibrahim Boubacar KEITA, à l’issue de la présidentielle de juillet-août 2018. D’ailleurs, c’est Soumi champion qui apporte de l’eau au moulin de l’organisation sous régionale en accusant : « nous n’avons pas compris que des États membres de la CEDEAO félicitent le candidat Ibrahim Boubacar KEITA pour sa réélection avant même la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle ». C’était à l’occasion de sa rencontre avec une mission de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), conduite par le ministre des Affaires étrangères du Nigeria, président en exercice du Conseil des ministres de la CEDEAO, M. Geoffrey ONYEAMA, accompagné du président de la Commission, Jean-Claude BROU, à son Cabinet, le vendredi 19 octobre 2018.

Au demeurant, pourquoi les ‘’graves insuffisances’’ soulignées par la CEDEAO devraient-elles remettre en cause l’élection du Président IBK dès lors que Soumi champion lui-même qui qualifie de : « mépris pour les Institutions de notre pays par ricochet l’ensemble du peuple malien », le fait que la CEDEAO félicite le vainqueur du scrutin présidentiel avant même la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle.

En présentant attentivement la CEDEAO comme un allié précieux et le pestiféré qui est à l’origine de tous les maux du Mali (en oubliant des rencontres à Ouaga et de la demande pressante du déclenchement de l’Opération Serval), l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la constance de Soumi champion.

Il est clair qu’en refusant de recevoir le Chef du Gouvernement, le Chef de file de l’Opposition remet en cause sa légitimité sur la base de la non-reconnaissance du Président élu qui nomme le Premier ministre. Ici, c’est l’intérêt personnel de Soumy champion aveuglé par un sentiment de revanche qui prend le prend sur l’intérêt général qui passe par la reconnaissance et le respect des institutions de la République.

Il est également clair que le pays est gouverné et qu’il l’est par un gouvernement. Il est clair qu’il y a une Assemblée nationale, dont Soumi champion arbore fièrement le macaron et prend part aux travaux, en tant que député qui n’a pas renoncé au bonus à lui offert dans le cadre de la prorogation du mandat des députés. Est-il alors conséquent de contester la légitimité de l’Institution Gouvernement ?

L’amnésie

À propos des concertations régionales sur le projet de redécoupage administratif, Soumi champion signifie au Premier ministre : ‘’elles sont improvisées et sèment les germes de la division, des conflits entre les communautés. Nous n’y participerons pas’’.

Paradoxalement, c’est le même opposant politique si tant est qu’il mérite ce qualificatif au regard de son œuvre de sape de l’édifice national qui professait devant la mission de la CEDEAO : « nous estimons que certaines décisions politiques doivent être prises avec l’ensemble de la classe politique. Nous entendons par consensus la volonté de demander l’avis de l’ensemble des acteurs. Ce qui n’est pas fait dans ce pays. Nous voulons le consensus en restant dans notre rôle d’opposition ». Une belle occasion vient d’être pourtant donnée à l’Opposition de participer au consensus. À moins qu’il ne faille comprendre par ‘’rôle d’opposition’’ la pyromanie.

Soumi champion prétend que le projet de redécoupage administratif est celui de Soumeylou Boubeye MAIGA et qu’il est ‘’improvisé’’. Gardons-nous de la falsification de l’histoire. Ce n’est pas la première fois qu’il est question de redécoupage administratif au Mali.

Depuis 1996, le Mali a eu 703 communes, dont les 19 premières communes urbaines et 684 nouvelles communes (dont 18 communes urbaines et 666 communes rurales). Le maître d’œuvre de ce projet de redécoupage/décentralisation était le ministre Ousmane SY, sous le règne du président AOK. Soumi champion était membre du Gouvernement et ne pouvait que suivre la direction du vent de la décentralisation.

Plus tard, le Président ATT, à l’occasion de son discours de Nouvel An 2012, proposait ‘’un nouveau découpage’’ qui comptait : 01 District ; 19 Régions au lieu de 8 actuellement ; 78 cercles à la place des 49 cercles que compte notre pays et 348 Arrondissements à la place des 285 existants.

Il faut noter que cette annonce présidentielle a été faite le 31 décembre 2011, alors que le 7 décembre 2011, le gouvernement avait adopté un projet de loi portant création de circonscriptions administratives en République du Mali.

Ledit projet s’est heurté à la forte résistance de l’opinion nationale. Selon certains calculs, en son temps, sur les 30 députés pour les 5 régions qu’ATT a prévues dans son nouveau découpage administratif, le projet de loi accordait 22 députés issus des communautés touarègues et arabes et seulement 8 pour les communautés noires. Ce qui faisait dire à nombre d’élus que l’État avait prévu qu’une minorité de 5 % de la population gouvernerait.

Ce sont exactement les mêmes objections qui sont soulevées 6 ans plus tard par l’Opposition et les organisations de la société civile dans leur plus large expression.

Pour les besoins d’une gouvernance de proximité renforcée qui est l’aspiration la plus profonde des populations, il faut à un moment donné se jeter à l’eau. Le débat récurrent ne doit nullement occulter l’impérieuse nécessité, à un moment donné, de faire le choix responsable d’avenir qui s’impose. Il s’agit d’une décision que n’importe quel dirigeant serait amené à prendre un jour ou l’autre. Parce que la procrastination à n’en pas finir n’est de toute évidence pas la panacée.

La prétention

Soumy champion qui est résolument engagé sur la voie du séparatisme voudrait néanmoins faire croire une décision collégiale de refus de recevoir le Chef du Gouvernement : ‘’mes amis et moi ne saurions donner une suite favorable à votre demande. L’agenda nous paraît pour le moins étriqué’’.

Mais de quels amis s’agit-il ? Les 10 recalés qui à la présidentielle qui ont formé le ‘’Front pour la sauvegarde de la démocratie ‘’ (FSD) ?

En tout cas, Modibo SIDIBE des Fare An Ka Wuli qui n’est pas membre du Front a rencontré le PM, de même que Housseïni Amion GUINDO, Me Mountaga TALL… Le jeudi 8 novembre, dans l’après-midi, SBM s’est rendu au siège de l’Adp Maliba, à Bamako-Coura où il a été reçu par l’honorable Amadou THIAM et Aliou Boubacar DIALLO (président d’honneur), arrivé troisième de la présidentielle de 2018.

Pourtant, l’ADP est un des piliers de l’Opposition. Soumy champion serait donc bien inspiré de ne parler qu’en son nom.

Le PM a également rencontré le général démissionnaire Moussa Sinko COULIBALY qui peut être rangé dans la catégorie de ses amis.

Excepté peut-être son mentor sur la voie du radicalisme, Soumi est esseulé dans son aventure de défiance de l’autorité légitime.

La logique de boycott

Derrière les griefs qui surgissent à chaque grand rendez-vous avec l’histoire se cache une logique de boycott de Soumy champion.

Les concertations

Il y a eu les Concertations sur le projet d’accord pour la paix et la réconciliation, le samedi 7 février 2015, au Centre international de conférence de Bamako (CICB). C’était en prélude à la phase décisive des pourparlers inter malien qui devaient reprendre le 11 février 2015 à Alger. Le Gouvernement a jugé nécessaire de convier toutes les forces vives de la nation autour d’une table afin, non seulement de les impliquer dans le processus de paix, mais également de définir une position nationale de consensus et de renforcer l’argumentaire de la délégation gouvernementale devant la communauté internationale. L’Opposition a brillé par son absence en prétextant une demande report d’une semaine, à laquelle le Gouvernement n’a pas donné suite. Il faut souligner que la lettre de demande de report a été signée le 6 février, alors que les Concertations débutaient le lendemain 7 février.

Pourtant, le Premier ministre, à l’époque, Modibo KEITA, ayant eu vent du projet de boycott de l’Opposition, apprend-on de sources autorisées, a entrepris auprès de ces leaders des démarches en vue de les convaincre de prendre part à cette table ronde. Rien n’y fit.

La Conférence d’entente nationale

La Conférence d’entente nationale tenue du 27 MARS AU 02 AVRIL 2017 a été un autre rendez-vous manqué par l’Opposition. Il s’agissait pourtant de l’application de l’article 5 de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger qui stipule : ‘’la dimension socio‐politique des crises cycliques qui ont jalonné le septentrion malien nécessite un traitement politique. À cet égard, une Conférence d’Entente Nationale sera organisée durant la période intérimaire, avec le soutien du Comité de Suivi et sur la base d’une représentation équitable des parties, en vue de permettre un débat approfondi entre les composantes de la Nation malienne sur les causes profondes du conflit. Ce débat aura à prendre en charge, entre autres, la problématique de l’Azawad. Il devra dégager les éléments d’une solution devant permettre au Mali de transcender sa douloureuse épreuve, de valoriser la contribution de ses différentes composantes à l’identité du pays et de promouvoir une véritable réconciliation nationale. Une Charte pour la Paix, l’Unité et la Réconciliation nationale sera élaborée, sur une base consensuelle, en vue de prendre en charge les dimensions mémorielle, identitaire et historique de la crise malienne et de sceller son unité nationale et son intégrité territoriale’’.

Il est vrai que l’Opposition a produit des ‘’ÉLÉMENTS DE CONTRIBUTION DE L’OPPOSITION POLITIQUE AUX TDR DE LA CONFÉRENCE D’ENTENTE NATIONALE (CEN)’’, le 9 mars 2017, qu’elle a marqué une ‘’présence symbolique’’ à la CEN, le 1er avril, alors que les travaux de restitution des commissions se poursuivaient, à travers ses têtes d’affiche Soumaila CISSE de l’URD, Tiébilé DRAME du PARENA. Il n’en demeure pas moins que l’histoire retiendra son boycott de ces assises cruciales pour l’avenir du Mali. Iba NDIAYE a confié à un confrère : « à l’unanimité, les partis politiques de l’opposition ont décidé de ne pas participer à la Conférence internationale. Puis, sur le fond nous avions demandé une réunion de concertation nationale inclusive ». Selon lui, y aller seulement pour un faire-valoir serait même ridicule.

Mais, de la façon la plus officielle, l’Opposition s’est fendue d’une déclaration dans laquelle elle semble plutôt se perdre en conjectures.

En conclusion

En privilégiant les intérêts sur les valeurs, en se montrant prisonnier d’une débâcle électorale qui le ronge au point d’affecter ses facultés cognitives, le Chef de file de l’Opposition affiche un comportement fait sauter les inhibitions. Pour lui, le temps est venu d’un changement radical de paradigme qui privilégiera l’intelligence du collectif. La critique est toujours facile, mais, franchement, nous atteignons en ce moment des records en matière d’emploi de langue fumeux en politique qui désarçonnent.

Par Bertin DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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