Les limites objectives de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali : Le découpage administratif, le processus de DDR, la loi d’attente nationale…

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En attendant la phase préliminaire de ce projet de réorganisation territoriale à travers les consultations régionales, il est temps de tirer la sonnette d’alarme à l’intention du gouvernement par rapport au climat de scepticisme qui domine dans tous les débats. Peut-on s’attendre à une révolte populaire à l’instar du projet de référendum constitutionnel avorté l’année dernière ? Sera-t-il de même pour le processus de DDR et la loi d’attente nationale entre autres ?

En effet le processus de réorganisation du territoire national qui défraie la chronique en ce moment fait l’objet d’un sujet à débattre à plusieurs niveaux de la société. Au niveau de la classe politique, notamment de l’opposition, ce projet n’est pas et ne saurait être le bienvenu dans notre pays. Bien au contraire, il nourrit des velléités sécessionnistes. Selon Dr Choguel Maiga ce projet ne saurait apporter un changement positif en termes de réconciliation nationale, de vivre ensemble, de restauration de l’intégrité du territoire national. Selon lui, l’Etat Malien ne peut se prêter au jeu qui consiste à donner à chaque tribu son territoire, sa région ou encore sa commune.

C’est bien avec la consécration des régions de Taoudéni et Ménaka, que s’est ouverte la boite de Pandore qui alimente la polémique depuis qu’un certain projet de découpage s’est échappé des mailles de l’administration. Sans l’assumer ouvertement comme tel, les plus hautes autorités n’y ont pas renoncé pour autant. En attendant le résultat de la contraignante démarche participative à travers des concertations à la base, le projet aura fini de déclencher une puissante vague de protestations. Les associations déjà existantes ou créées pour la circonstance, organisations politiques et mouvements ou milices d’autodéfense, entre autres, sont montés au créneau pour former un front commun contre la mesure. Et cela, dès l’étape embryonnaire, dénonçant de nombreux déséquilibres dans les affectations et combinaisons de ressorts administratifs, communautaires et identitaires pour d’autres.

Quoi qu’il en soit, si l’espoir d’une entente est envisageable dans la partie Sud du pays tel n’est pas le cas dans le septentrion Malien ou tous les ingrédients de la méfiance et des rivalités intercommunautaires inflexibles sont réunies.

Quant aux processus de DDR, cette étape devra déboucher sur l’intégration de 1 600 combattants au total pour l’ensemble des trois régions de Gao, Kidal, et Tombouctou. Ce mécanisme du DDR, ainsi que du processus d’intégration-réinsertion de l’ensemble des 36.000 éléments des mouvements armés, est assujetti au strict respect des principes et normes onusiens afin de faire barrage aux combattants passibles de poursuite pour violations graves des droits de l’homme. Ce qui fait que le démarrage du DDR à Gao la semaine dernière, bute sur un obstacle de taille qui n’est autre que la brulante équation du grade des éléments à intégrer. Cette question n’est pas tranchée, elle est juste suspendue avec le risque plausible de faire grincer des dents encore une fois de plus, voire même revenir au point de départ.

Quant à la loi dite ‘’d’Entente Nationale’’, issue de la conférence d’Entente Nationale du 27 mars au 2 avril 2017, elle sème déjà la discorde au sein de l’opinion nationale. Car, près d’une cinquantaine d’organisations de la défense et de la protection des droits de l’homme, dénoncent et exigent le retrait pur et simple de ce projet. Par ce que selon eux, cette loi est « une menace pour la paix, la réconciliation et les droits des victimes au Mali », alors que, obstinément, son adoption est prévue par le gouvernement pour le 13 décembre prochain. Les contestataires se disent farouchement opposés à cette loi. Que va-t-il se passer après son adoption le 13 décembre? On ne saurait le prédire. Dans tous les cas un véritable dialogue et une concertation est vital pour une réconciliation sincère et durable des cœurs et des esprits meurtris avec tant de souffrance, de privation, et de frustration. Sans cela, les efforts de paix ne sont qu’illusoires et la survie du Mali en tant que nation stable et paisible ne sont que mirage.

Seydou Diarra

Source : aBamako

aBamako

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