Front social: l’équilibre précaire

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Faute d’accord avec le Gouvernement sur son paquet de revendications que l’UNTM soustrait du panier des revendications, la Conférence sociale annoncée par le Premier ministre pour un traitement global, durable et équitable des questions de salaires, prend déjà de l’eau. Les conséquences pourraient être lourdes pour le pays.

La révision à la hausse de la grille salariale et la prolongation de l’âge de la retraite en tenant compte des spécificités des catégories de travailleurs sont les points à l’origine de relations éruptives entre le Gouvernement, le Patronat et la Centrale syndicale UNTM. A-t-on atteint le point de non-retour après le constat de désaccord le 7 décembre dernier ? Le préavis de grève illimitée n’est en tout cas pas bon augure, tout comme la décision de boycott de la Conférence sociale annoncée par le Chef du Gouvernement, Soumeylou Boubeye MAIGA. Dans une Déclaration faite le 13 octobre 2018, à Mopti, en pleine grève des syndicats de magistrats (Syndicat Autonome de la Magistrature (SAM) et Syndicat Libre de la Magistrature (SYLIMA)), il annonçait « une conférence sociale sur la question des salaires pour voir comment traiter cet aspect de notre vie de manière durable en tenant compte des ressources et dans l’équité ».

Cette annonce et l’engagement du Président de la République à améliorer les conditions de vie et de travail des magistrats ont eu raison du radicalisme de ces derniers en verve et en veine de détermination pour la satisfaction de leurs revendications. Mais, ce n’est que partie remise, puisque le mot d’ordre de grève n’est que suspendu. Donc, l’Épée de Damoclès plane toujours sur la tête du Gouvernement et des usagers de la justice.

Pendant que le Gouvernement observe une trêve avec les magistrats, l’on assiste à une multiplication de grèves ou préavis de grève. C’est à croire que tous les syndicats se sont passé le mot de passer la vitesse supérieure. Le Gouvernement est cerclé, acculé de toute part. Faut-il parler d’un harcèlement syndical ?

L’entrée en scène de l’UNTM, forte de ses 14 syndicats nationaux, couvrant toute l’étendue du territoire national, menacerait sérieusement la fragile équilibre qui prévaut au plan national, lorsqu’on sait que le pays est déjà vacillant, à cause de la crise sécuritaire, d’une contestation post-électorale aux velléités putschistes. Il ne peut y avoir pire moment pour une grève illimitée de la plus puissante Centrale syndicale, en tout cas, celle qui est considérée comme telle par une grande expression des travailleurs.

Par ailleurs, un boycott de la Conférence sociale tel que brandi par les responsables syndicaux, en guise de protestation, sans une Centrale syndicale qui a une des plus importantes représentativités, serait un véritable gâchis. L’UNTM en a conscience ; elle en a toujours eu conscience. Aussi, sait-elle se donner les moyens d’atteindre ses objectifs.

A l’analyse, la Centrale syndicale joue coup double.

D’une part, mettre le Gouvernement sous une pression intenable le contraignant à revoir son ‘’cap’’ en ce qui est de son paquet de revendications qui ne saurait être traité dans un cadre global, de surcroît en public.

De l’autre, saisir le prétexte que lui offrent le Gouvernement et le Patronat d’asseoir la légitimité du Comité exécutif. Ce, alors que le secrétaire général de l’UNTM, fait face à une fronde au niveau de son Syndicat, à savoir le Syndicat national des travailleurs de l’Administration d’État (SYNTADE) où certains de ses camarades sont engagés dans une manœuvre déstabilisatrice visant à le déboulonner. Entraver les débordements par les ailes d’adversaires syndicaux, tel pourrait être l’autre gain sur lequel M. KATILE ne cracherait certainement pas.

Ne faudrait-il pas desserrer l’étau et trouver des solutions mutuellement avantageuses pour le Gouvernement et l’Union nationale des travailleurs du Mali ? C’est en tout cas, ce que plaide le Premier ministre Soumeylou Boubeye MAIGA qui déclarait depuis Mopti, en octobre dernier : « je voudrais dire que les défis que nous avons à relever demandent à chacun de donner un peu de lui-même, sinon on ne pourrait pas en sortir ». Sera-t-il entendu ? Il se pourrait, lorsqu’on sait que l’UNTM a toujours proclamé qu’il est ‘’un syndicat responsable’’.

A contrario, elle pourrait tirer sur la corde en s’abritant sur l’impérieuse nécessité de la satisfaction de ses revendications. Elle serait dans son droit puisque le droit de grève est consacré par la Constitution du 25 Février 1992.

Il pourrait néanmoins lui être tenu grief de boycotter la Conférence sociale en tant que cadre de dialogue. Parce que la mission d’un syndicat, c’est de défendre les intérêts des travailleurs par le dialogue, d’abord et avant tout. De ce fait, un boycott relèverait d’un échec de la mission syndicale.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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