Nouvelle saison de grèves au Mali: défaillance de gouvernance ou coup contre la république ?

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À la suite des magistrats, qui semblent revenir à de meilleur sentiment, la spirale des grèves, comme les attaques terroristes asymétriques, s’accentue dans différents secteurs d’activités (les travailleurs de l’Assemblée nationale, soutenus par le syndicat des travailleurs des institutions, les DAF, DRH et DFM, le collectif des enseignants, les travailleurs de la santé…). Comme en 2017, ces différents mouvements ont en commun un certain ‘’jusqu’au-boutisme’’, à travers le caractère illimité des grèves ; ce qui amène à s’interroger sur la nature des maux et même le futur du Mali.

Depuis le 3 décembre dernier, la coordination des comités syndicaux des DAF, DFM, DRH, CPS de la Primature et des départements ministériels est en grève. Elle avait déjà observé une première cessation de travail du 3 au 7 décembre puis un deuxième arrêt du 11 au 15 décembre 2018. Faute d’un accord avec le gouvernement, elle est passée à la vitesse supérieure, en entament une troisième phase et ce, jusqu’à nouvel ordre, a-t-elle décidé.

À l’Assemblée nationale, les travailleurs sont également sur pied de guerre. Le comité syndical de l’Hémicycle, dans un préavis de grève en date du 27 novembre 2018, déposé sur la table du président de l’institution, exige l’adoption de la proposition de loi N° 18/37-5 L portant statut du personnel parlementaire. Pour la satisfaction de leurs doléances, le comité syndical prévoit une grève de 72 heures du 12 au 14 décembre 2018. Comme si cela ne suffisait pas, ce comité syndical vient de bénéficier de la solidarité de la section syndicale des institutions de la république (SSIR), qui a décidé d’apporter son soutien aux travailleurs de l’Assemblée nationale, à travers une correspondance en date du 07 décembre 2018.

Quant aux Syndicats de l’éducation signataire du 15 octobre 2016, après plusieurs perturbations des cours l’année dernière, ils reviennent à la charge en cette fin du premier trimestre de l’année scolaire 2018-2019. Ce collectif, dans un préavis de grève déposé sur la table ministre du Travail, le 3 décembre entend observer une grève de 72 heures, allant du mercredi 19 au vendredi 21 décembre 2018, si ses revendications n’étaient pas satisfaites.

Comme on peut le constater, l’État mis en index et au banc des accusés peine à se défendre, ou en tout cas le fait très mal face aux revendications salariales qui se maximalisent.

La question est donc de savoir si, outre l’incompétence reprochée, le gouvernement ne manque-t-il pas de volonté politique pour prendre en charge les revendications des travailleurs de l’État à moins que ce ne soit qu’il manque simplement les moyens et les ressources financières nécessaires pour les satisfaire. En tout cas, comme le dirait l’autre, c’est ‘’l’argent qui règle… les problèmes d’argent’’.

Au cours de l’année 2017, l’incidence financière globale des revendications soumises au Gouvernement, par différents syndicats objet de négociations actuellement, se chiffrait à plus deux cent vingt-cinq milliards de francs CFA. Dès lors, sans être dans les secrets des estimations actuelles, l’on comprend donc pourquoi le Gouvernement est très souvent aphone, mais pas nécessairement insensible aux préoccupations posées par les travailleurs.

Y a-t-il réellement une défaillance de gouvernance ? Au regard des déférents efforts faits depuis 2013, il est difficile d’accuser les autorités actuelles d’être indifférentes aux conditions de vie des travailleurs. Et pour cause, dès son arrivée, dans un contexte de crise politico-sécuritaire difficile, le gouvernement s’est attelé à l’adoption de la Loi d’Orientation et de Programme Militaire, portant sur un montant de 1 230 milliards de F CFA, entièrement financée par le budget national sur une période de 5 ans. Pour la première fois, 500 milliards de F CFA du budget national sont dédiés aux investissements productifs.

De même, l’Etat a consenti une augmentation de 20 % des salaires et une baisse de l’impôt sur le traitement des salaires de 8 % en fin juillet 2016. Il a procédé à l’augmentation des allocations familiales, qui passent de 1500 F CFA à 3500 F CFA et 4000 F CFA par enfant vivant avec handicap.

Il faut aussi retenir, la hausse de la valeur du point indiciaire, passé de 330,75 F CFA à 375 F CFA en 2016, pour atteindre 400 F CFA en 2017. Le SMIG a suivi cette même dynamique de hausse, de 28.460 F CFA à 40.000 F CFA en 2016 puis 42.800 F CFA en 2017, soit une augmentation de plus de 40 %. Parmi les efforts remarquables consentis, on note également l’augmentation substantielle des frais de mission et de déplacement des agents à l’intérieur et l’extérieur.

À titre illustratif, un chauffeur, qui avait 2000F de per diem, touche désormais 20.000 F/jour alors qu’un cadre passe de 6.000 F à 30.000 F de per diem de mission, à l’intérieur du pays.

A l’augmentation des revenus légaux du travail, il faut inscrire à cet actif les emplois créés au niveau de l’Etat et des collectivités, les recrutements à la police et au compte de l’armée, les réalisations d’infrastructures agricoles, scolaires et routières…

Malgré tout, tout le monde veut aller en grève, parce qu’ils pensent certainement que c’est le moment opportun de se faire entendre au point que l’on s’interroge désormais sur le niveau de patriotisme des Maliens pour la nation. Tout porte à croire qu’il y a aujourd’hui un complot contre la république et ses institutions, où certains ne semblent plus trouver leur compte que dans le désordre.

La grève est certes un droit constitutionnel, mais à l’allure où vont les choses, on risque de frôler la catastrophe. Or, il est du devoir de tout bon citoyen de préserver la quiétude de sa patrie, car les hommes passent, mais le Mali reste. Eternel !

Par Sidi DAO

Source : aBamako

aBamako

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