Corruption: la thérapie de choc de CRI-2002

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Traiter des causes sociales, économiques et culturelles de la corruption, avec à la clef des propositions d’aide à la décision, tel était l’objet d’une conférence-débat, vendredi dernier, à la Maison des Aînés.

Organisée par CRI-2002, en partenariat avec le ministère de la Réforme de l’Administration et de la transparence de la vie publique, le Royaume du Danemark, elle s’inscrivait dans le cadre de la Semaine nationale de la lutte contre la corruption et la délinquance financière dont le thème était : «Uni contre la corruption pour le développement, la paix et la sécurité». Elle a réuni les participants venus de la capitale et de l’intérieur du pays.

À l’ouverture, le Coordinateur des Chefs de quartier de Bamako, El Hadj Bamoussa TOURE, a salué les inlassables efforts déployés par le ministre de la Réforme de l’Administration, Mme Safia BOLLY, pour combattre la corruption qui ronge notre société. Il est important, juge-t-il, de conjuguer les efforts pour combattre cette corruption qu’il qualifie de fléau. Il a invité les participants à être les porte-parole de la politique de lutte contre la corruption et la délinquance financière. Car, est-il convaincu, notre santé, notre économie, notre existence, tout ce que nous envisageons comme programmes de développement, en dépendent.

Pour le Dr SALL, Président de CRI-2002, Contact national de Transprency International, il est difficile de parler de réforme de l’Administration sans mettre au cœur les citoyens.

« Quand je dis citoyen, la famille a un sens, la communauté a un sens », a-t-il explicité sa pensée.

Parlant du thème, il estime qu’il est évocateur.

« Uni contre la corruption, mais à quelle fin ? » Et de répondre : pour le développement, la paix et la sécurité.

La paix, a-t-il expliqué, est un concept virtuel, un idéal qui se réalise par un développement durable qu’il ne faut pas confondre avec la croissance qui peut ne pas être suivie de développement. Car, a-t-il souligné, si les fruits de la croissance n’amènent pas la santé, l’éducation…, alors il n’y a ni paix ni sécurité.

Il a assuré le Département de la totale disponibilité de CRI-2002 à lui apporter son accompagnement.

Le ministre Safia BOLLY, qui a salué ses partenaires sociaux pour leur accompagnent, a souligné que le changement de comportement ne se fera pas sans l’accompagnement de la société civile. Aussi, est-elle persuadée de la nécessité de revisiter nos valeurs ancestrales de manière à renforcer le tissu social et économique.

« Tout changement doit impliquer la société civile ; c’est une œuvre collective », a soutenu Mme Safia BOLLY qui croit que la société civile est porteuse des meilleures idées pour mettre en œuvre le changement tant souhaité. Elle trouve l’inclusivité essentielle dans ce combat.

Elle a dit beaucoup attendre des propositions de la société civile qui sont plus faciles à mettre en œuvre.

Les 2 panels ont porté sur : «la problématique de la lutte contre la corruption et la délinquance financière avec à la clef les conséquences sociales, économiques et culturelles dans, et pour, notre pays « ; «la problématique de la lutte contre la corruption et la délinquance financière en lien avec les questions des droits humains’’, animés respectivement par le Dr SALL, et par Baba MAIGA, Commissaire à la Commission Nationale des Droits de l’Homme.

M. SALL a campé le décor par un rappel: les milliardaires de la sécheresse ; les villas, voitures, vergers ; les milliardaires de la démocratie. Chaque régime a son identité par rapport à la corruption, a-t-il indiqué, en présentant la corruption comme un comportement portant sur la jouissance d’un bien qui ne nous appartient pas.

Ce comportement, diagnostique-t-il, trouve sa cause dans le détournement du Code d’honneur, de la solidarité, de l’éducation familiale basée sur la privation, de la notion de Communauté qui a fait place à l’individualisme.

« Nous avons abandonné des éléments essentiels de la culture », a-t-il pointé du doigt, à l’instar du ‘‘bulon‘‘ (vestibule) qui permettait de contrôler les aller et retour, au profit des ‘‘grins‘‘.

Pour davantage faire comprendre les conséquences, le Dr SALL donne des exemples. Quand on doit construire un point et que cela n’est pas fait ou mal fait et qu’en raison de cet état de fait une femme en travail n’arrive pas à être évacuée, cela comporte de graves conséquences de la corruption.

Pour M. MAIGA, il urge d’inverser la tendance en transformant les incantations en faits. Car, fustige-t-il, ce qui a le plus manqué dans la lutte contre la corruption, c’est le contrôle citoyen.

Il a préconisé, entre autres, la création d’une Coalition nationale contre la corruption ; la mise en place d’organisations de la Société civile spécialement dédiée à la lutte contre la corruption ; le développement de la citoyenneté de lanceurs ou de donneurs d’alertes.

À la suite des conférenciers, les interventions des participants ont plutôt porté sur des recommandations : mettre la justice au cœur de la lutte contre la corruption ; renforcer les capacités des organisations de la société civile pour exercer le contrôle citoyen ; donner le bon exemple aux jeunes ; créer une Commission nationale de lutte contre la corruption composée de vraies compétences dans le Département de la Réforme de l’Administration ; impliquer les leaders religieux et les autorités traditionnelles et coutumières qui sont très écoutés ; mener une vaste campagne de communication ; revisiter nos valeurs culturelles…

PAR BERTIN DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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