Histoire de femme – “L’UNIFORME” : Une sorte de dette à rembourser obligatoirement

Si cette tenue était considérée comme un facteur d’entente, de cohésion et d’harmonie entre les femmes surtout entre les groupements de femme (associations, tontines etc.), aujourd’hui, elle est devenue une dette à rembourser obligatoirement. Source de frustrations dans la société actuelle surtout entre voisines, cousines, et même au sein de certains couples, “l’uniforme” perd de plus en plus sa valeur sociétale.

Dès l’annonce d’une cérémonie de mariage, de baptême, excepté le décès, les dames et les jeunes filles ambitionnent de confectionner une nouvelle tenue. A tout prix, elles veulent paraître plus élégantes et visibles dès leur arrivée sur le lieu prévu pour la cérémonie. Par ailleurs, c’est le fonds qui manque le moyen, dit-on. En effet, plusieurs événements peuvent survenir à la fois et demandent autant d’uniformes.

Selon Barokia Diallo, une grand-mère, l’”uniforme” a beaucoup de sens. L’entente, la cohésion sociale se consolident au sein des groupements. “Quand les femmes portent un même type de vêtements lors d’un événement, elles se sentent comme des amies unies. A notre époque, cette tenue n’était pas si exigée et chère qu’aujourd’hui. Il suffit d’habits simples dont le prix était à la portée de tout le monde. Mais tel n’est pas le cas maintenant où un seul uniforme peut atteindre 40 000 F CFA et plus”, témoigne-t-elle.

Mme Diarra Oumou Ndiaye, fonctionnaire, explique que l’uniforme n’est pas mal en soi mais que c’est devenu comme une sorte de dette à rembourser. “Par exemple, quand ma voisine confectionne une uniforme à ma cérémonie que ça soit un baptême ou un mariage, à son tour, je suis obligée de faire de même. Même si les moyens ne me le permettent pas”, dit-elle.

Pour la dame de 39 ans, quand les femmes s’habillent en uniforme au cours de cérémonies, elles démontrent l’union et la cohésion sociale. Sékou Berthé, chauffeur de taxi et polygame a sa propre lecture de la question. Selon lui, les histoires d’uniforme ne sont que des futilités. “Si les femmes pouvaient se passer de ces tenues, ce serait une bonne chose. A chaque mariage, mes épouses font des uniformes, car elles se débrouillent toutes les deux avec le petit commerce, mais souvent, elles se tournent vers moi pour les frais de couture de ces habits”, raconte-t-il. Le taximan ajoute que les dépenses sont lourdes et avec la cherté de la vie, les femmes doivent faire face à d’autres charges plus importantes.

L’étudiante Hawa n’hésite pas à employer tous les moyens une fois qu’une cérémonie se pointe à l’horizon. “Souvent, j’économise pour pouvoir acheter les uniformes de mes amies mais il y a des moments où plusieurs cérémonies peuvent survenir à la fois et là, ça devient compliqué. Ce sont mes amies, je suis obligée de le faire pour qu’à mon tour, elles fassent de même”, raconte-t-elle.

Instauré par les femmes elles-mêmes, le phénomène de la tenue “uniforme” dans les cérémonies est devenu une tradition qui crée des problèmes à certaines d’entre elles.

Awa Sogodogo

Source : aBamako

aBamako

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