Banalisation de l’alcool à Bamako : Nécessité d’une règlementation sur sa consommation

Le Mali est un pays laïc. La majorité de la population est musulmane.  Mais, cela n’empêche pas le fait que le nombre de consommateurs d’alcool augmente de plus en plus. A Bamako, la capitale malienne, les lieux de vente d’alcool poussent de plus en plus dans les coins et recoins, avec les prix d’achats à la portée de tous.

 

Pour en savoir davantage sur cette situation inquiétante, nous nous sommes rendus dans un Bar situé à Baco Djicoroni ACI, un quartier de Bamako. Pour le gérant et la gérante du Bar, les affaires marchent beaucoup.  «Les marques diffères et chacun fait son choix. Nous avons presque toutes les marques. Nous vendons aussi les petits sachets de liqueur de 50 ml qui sont à 250 F CFA». Le gérant affirme que c’est pendant les weekends et les jours de fêtes, qu’il y a plus de vente.  Selon lui, toutes les catégories d’âges et de sexes consomment de l’alcool ; qu’ils soient jeunes, adolescents, vieux, hommes ou femmes. Et, selon la gérante,  leurs clients boivent très généralement dans d’autres Bar ou boîtes de nuit pour ensuite venir passés la fin de la soirée ici.

 

L’alcool entraîne à la violence

Selon elle, «certains de nos clients se soulent, insultent les pères et les mères des serveurs et d’autres clients. Souvent, nous sommes obligés de les faire sortir par la force. Parfois, suite à l’excès de l’alcool, des bagarres éclatent. Ils en viennent même aux mains».

Un client explique : «si je rentre soul le soir chez moi, et que ma femme me demande des comptes,  je la bat, parfois même jusqu’au sang. Acte que je regrette une fois dessoulé mais je continue à boire ; c’est comme si je n’y peux rien».

 

Plus de performance

Certains pensent que l’alcool augmente leur performance scolaire ou professionnelle.

Ainsi, la chanteuse Rokia Koné explique lors d’une interview : «je ne peux pas chanter si je ne consomme pas d’alcool. Personnellement, même pour faire face à mes fans, j’ai très honte et c’est l’alcool qui m’y aide».

Pour en savoir davantage, nous nous sommes rendus dans une Boîte de nuit située à Baco-Djicoroni Golf. Là, le responsable de la Boîte nous explique que la place VIP est réservée à ceux qui prennent les bouteilles et qui sont généralement les fils à Papa ou les salariés qui gagnent bien leur vie. Ils  sont à leur tour accompagnés par d’autres qui en profitent avec eux. Il faut obligatoirement acheter une bouteille de liqueur pour mériter la place VIP. Les  prix d’achat de ces produits dans les dépôts sont doublés une fois dans la boite de nuit.

Les causes de la consommation d’alcool sont multiples. Certains le prennent, soit pour avoir plus de cran afin d’aborder les filles, soit comme stimulants lors d’actes sexuels pour tenir longtemps. Par contre, d’autres le font juste par suivisme. Cela pour échapper aux problèmes quotidiens.

Nous avons pris des témoignages de certains consommateurs sur place qui nous expliquent comment ils sont rentrés dans ce monde de l’alcool. «J’ai trente-cinq ans, c’est un ami qui m’a conseillé qu’une fois ivre on peut tenir très longtemps lors d’un rapport sexuel. Et puisque j’avais un problème d’éjaculation précoce, j’ai commencé à prendre l’alcool. Aujourd’hui, je ne peux plus me passer d’alcool». Quant à ce jeune étudiant, il nous explique : « j’ai commencé à boire, parce que ma petite amie boit, et en sa présence je ne peux me permettre le luxe de prendre une sucrerie, donc j’ai commencé à faire comme elle».

Le questionnement des gens sur l’alcool en dehors des Bars et des Boîtes de nuit est très difficile.  Personne ne veut être reconnu en tant que buveur en raison de la religion musulmane et des jugements des autres. Néanmoins, nous avons pu trouver quelqu’un qui a voulu s’exprimer dans l’anonymat. Ainsi, un taximan explique : «pour me tenir en éveil très tard dans la nuit surtout les weekends, je renforce mon café avec 5 petits sachets de liqueurs. Cela me met en forme et me permet de ne pas somnoler au volant». Et, pour ce chef de famille : «j’ai deux femmes qui passent toute la journée à se quereller. Ainsi, une fois sortit du boulot, je sais qu’il n’y a rien de bon qui m’attends chez moi, alors je vais directement dans un coin tranquille pour boire jusqu’à des heures tardives».

Bien vrai que médicalement, il est interdit aux femmes enceintes de boire l’alcool, certaines le prennent. «Je prends de la bière fraîche sur ma grossesse car une copine m’a fait savoir qu’en prenant de la bière fraîche matin, midi et soir, mon enfant aura un teint de métisse. Donc depuis mes trois mois de grossesse, j’ai commencé à l’appliquer» nous explique une femme dans l’anonymat.

Certains jeunes conduisent même en état d’ivresse. Ce qui est l’une des causes des accidents de la circulation de nos jours.

En somme, consommer l’alcool n’est pas sans danger sur tous les plans. Que cela soit sur le plan sanitaire, social, religieux et économique. Alors, aujourd’hui, il faut une réglementation face à la consommation de l’alcool. Que sa vente soit interdite aux moins de 18 ans et qu’il soit moins accessible à tous. C’est parce qu’on n’en trouve partout, dans les supermarchés, les boutiques et même avec les petits vendeurs à la sauvette et souvent même dans les écoles, que sa consommation est banalisée. Aujourd’hui, l’alcool, la cigarette et la drogue coûtent moins que le de riz. Alors, vivement une règlementation sur de sa consommation.

Haoua Ouane

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Source : Maliweb

Maliweb

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