Campagne Agricole 2018 : Le risque d’une famine pointe à l’horizon

Les aléas se concordent et affectent le secteur agricole dans plusieurs zones du pays. Les greniers sont vides jusqu’à Niono.

Depuis quelques années, la zone de Niono connait le spectre de l’insécurité. Elle est même une des zones béantes des actes terroristes du Centre du pays. L’attaque contre un convoi de députés, les assassinats ciblés, le désordre de l’insécurité et l’enlèvement du juge de la localité sont des caractéristiques suffisantes de l’infection terroriste.
Malheureusement, cette fois, c’est le poumon de l’économie malienne qui est affecté par un aléa indépendant de tout facteur humain : le manque d’eau. On sait que le cercle de Niono fait la fierté du pays en raison de sa capacité de production du riz et d’autres cultures commerciales, de rentes, le maraîchage…
L’Initiative riz allait être la garantie de l’autosuffisance alimentaire pour un pays du Sahel comme le Mali. Mais la mauvaise volonté ou la mauvaise foi de ceux qui prétendent gouverner le pays n’a pas manqué de mettre en échec l’honneur du Mali et la dignité des Maliens dans la boue. L’initiative a connu un avortement avant que l’idée n’ait engendré des initiatives salvatrices. Et pour éviter que le projet ne voit le jour, très rapidement après la récupération des régions du Nord, ils ont affecté la zone et rendu toute stabilité impossible dans la localité. Ce malheur, nourri, semé et entretenu a eu un impact sur la l‘économie et les denrées alimentaires comme le riz paddy.
Pour la campagne agricole en cours d’achèvement, les nouvelles de la localité ne sont pas bonnes. Par exemple à N’Débougou, toujours dans le cercle de Niono, selon les paysans, plus de 4000 hectares des terres cultivables de cette zone ont été affectés par le manque d’eau. Sans calcul mathématique ou arithmétique, cette superficie en production peut équivaloir des milliers de tonnes de récoltes.
Niono n’est pas la seule zone affectée par le manque d’eau ou l’excès d’eau. Certaines localités de la région de Tombouctou et de Gao ont été submergées par cette même eau qui a manqué ailleurs. Cette submersion a provoqué une destruction considérable des champs de riz et de blé. Rarement dans un cercle ou un arrondissement ou même un village les gens ont pu avoir une quantité assez suffisante de nourriture leur permettant de subvenir à leurs besoins alimentaires pour trois mois. Alors on imagine déjà suite et l’urgence d’agir dans ses zones pour contrecarrer le désastre de la faim avant que l’alerte ne soit lancée par les habitants ou les cadres d’animaux ou humains.

A Mopti, le risque est plus élevé
La zone de Mopti est véritablement la plus touchée par le manque de culture des champs et cela compte tenu d’un certain nombre de facteurs humains engendrés par les actes terroristes sous couvert de conflits intercommunautaires. La zone n’a pas connu de stabilité depuis un certain temps. Ce manque de stabilité a empêché les agriculteurs de semer ou de cultiver une seule graine de semences durant toute la saison pluvieuse passée.
Cette année est la plus meurtrière depuis le début du conflit intercommunautaire. Le manque de culture va nécessairement provoquer le manque de denrées alimentaires de première nécessité telles que le mil, le riz, le maïs et autres aliments de base pour la survie des populations de la zone. Certes la stabilité continue d’être un leurre mais les habitants ne peuvent vivre ou plutôt survivre sans nourritures. Voilà une autre conséquence de ce conflit comme tout autre conflit : la famine.
Non seulement les agriculteurs n’ont pas pu travailler la terre mais aussi les éleveurs, par peur d’être la cible d’attaque, ont abandonné eux aussi leur bétail. Un double malheur qui a paralysé la zone et l’a rendu inerte. Elle s’est déjà vidée de l’essentiel d’un nombre important de ses habitants qui la mort pour certains et la faim pour d’autres. Les survivants sont pris en otage entre la faim et l’insécurité.
Malgré le désarmement annoncé, la situation reste préoccupante dans l’ensemble. Rien qu’en cette semaine, la zone a enregistré au moins trois attaques, dont une contre les Forces armées maliennes. L’attaque contre les forces de l’ordre a fait un bilan d’un mort, deux disparus, des cases et greniers incendiés dans le cercle de Bankass. Ces incidents se déroulaient malgré le renforcement de la sécurité dans la zone.
Face à cette menace de disette, le gouvernement et ses partenaires doivent savoir que si ce n’est par miracle, la famine risque d’être pire que la guerre dans la zone de Mopti. Le nouveau commissaire à la sécurité alimentaire devrait s’apprêter dès maintenant car la zone sera son baptême de feu ou son bâton dans les roues.
B. M.

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here