Journalistes RFI tués au Mali: devant les juges, François Hollande confronté à ses confidences embarrassantes

Paris, - Que savaient réellement les hauts responsables
de l’Etat des circonstances de l’assassinat de deux reporters de RFI en 2013
au Mali? Devant les juges d’instruction, François Hollande a dû s’expliquer
sur ses confidences troublantes à des journalistes, a appris l’AFP de sources
proches du dossier.
Le 11 janvier, l’ex-président s’est rendu discrètement au tribunal de Paris
pour être entendu comme témoin par les juges Jean-Marc Herbaut et David de Pas
qui enquêtent sur l’enlèvement des journalistes Ghislaine Dupont et Claude
Verlon à Kidal. Un mois plus tôt, c’est le haut fonctionnaire Bernard Bajolet,
ancien patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de
2013 à 2017 qui avait été auditionné.
Le 2 novembre 2013, des militaires français avaient découvert le corps des
reporters, exécutés par balles, près du pick-up des ravisseurs tombé en panne,
selon les enquêteurs qui privilégient la thèse d’un enlèvement raté par un
groupe jihadiste.
L’association partie civile Les amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon
avait réclamé en novembre ces auditions, déconcertée par des propos prêtés à
François Hollande et à Bernard Bajolet lors d’apartés avec des journalistes,
suggérant qu’ils détenaient des informations ne correspondant pourtant pas à
l’état des investigations. Au final, les démentis qu’ils ont apportés dans
leurs dépositions, dont a eu connaissance l’AFP, ont fait redoubler
l’inquiétude des parties civiles.
"Soit l’ancien président de la République et l’ancien directeur de la DGSE
mentent de concert, soit ils se sont crus autorisés à raconter n’importe quoi.
Et dans un dossier aussi sensible et douloureux, je ne sais finalement ce qui
est le plus inquiétant: leur légèreté oratoire ou leur volonté d’obstruer la
manifestation de la vérité", a réagi auprès de l’AFP Marie Dosé, avocate de
l’association.
Les doutes ont notamment émergé d’une conversation en "off" entre
l’ex-président et des collègues des reporters tués, le 19 octobre 2018. Dans
cet entretien, résument les juges, il aurait expliqué "sur le ton de
l’évidence (....) que les otages avaient été tués" parce que les ravisseurs
"avaient paniqué", en se sachant "suivis par un hélicoptère". Or, comme l’ont
rappelé les magistrats, la présence d’un aéronef de l’armée française
survolant la zone dès l’enlèvement n’est pas établie.
"Peut-être me suis-je mal exprimé ou les journalistes m’ont-ils mal
compris", a avancé François Hollande affirmant avoir voulu "exprimer (sa)
compassion" à quelques jours du 5e anniversaire du drame. "Ce que je voulais
dire (...) c’est qu’il n’y a eu (...) aucun échange de tirs entre les
militaires (français) et les terroristes", a rectifié l’ex-président, balayant
la thèse de "certains journalistes" sur une prétendue faute de l’armée et des
services de renseignements.
- "mauvaises interprétations" -

Les juges l’ont aussi interrogé sur une mystérieuse écoute téléphonique
qu’il aurait évoquée le 7 décembre 2013 dans une confidence à un journaliste
de RFI, par la suite rapportée à la justice, mais sujette, là encore, à "de
mauvaises interprétations", selon lui. Ce jour-là, il aurait dit selon la
retranscription du journaliste: "On a entendu une conversation après le drame
dans laquelle" un probable "commanditaire reprochait à un membre du commando
d’avoir détruit la marchandise". Or l’enquête n’a jamais permis de trouver
trace de cette écoute. Cinq ans plus tard, Hollande n’a plus "de souvenir" de
cette conversation. A-t-il eu connaissance d’interceptions? "Non je ne crois
pas".
Cette écoute, l’ancien chef de la DGSE semblait pourtant la confirmer
encore récemment. "C’est moi qui le lui ai dit (au président), aurait-il
affirmé, en "off" le 4 octobre en marge d’une interview, selon ses propos
rapportés par des journalistes de RFI aux juges. Mais le 10 décembre, devant
le juge Herbaut, Bernard Bajolet ne se rappelle pas avoir été "aussi
affirmatif" car "à sa connaissance", l’interception n’a "jamais existé". Le
haut fonctionnaire concède avoir été "un peu déstabilisé à l’idée de démentir
l’ancien chef de l’Etat (...) j’ai bafouillé quelque chose dont je ne me
souviens plus trop". Avant de regretter: "j’ai eu l’impression d’avoir été
piégé".
"On a le sentiment d’être pris pour des imbéciles. Aujourd’hui, les plus
hauts responsables de l’Etat d’alors assènent des pseudo-vérités devant la
justice. Plus il leur est demandé de la clarté, plus leurs réponses sont
floues", a commenté Pierre-Yves Schneider, porte-parole de l’association
partie civile.
nal/bl/epe/mm

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here