« Le débat récurrent sur le franc CFA finit par écorner l’image et l’honneur de la France »

Pour l’universitaire Alfred Babo, en rompant avec la monnaie africaine, la France mettrait enfin les chefs d’Etats du continent face à leurs responsabilités.

Le débat sur le franc CFA a refait surface ces dernières semaines. Des personnalités italiennes ont accusé ouvertement la France de refuser de décoloniser et de freiner le développement de quatorze pays africains, ex-colonies françaises, par l’instrument qu’est le franc CFA. Face à cette attaque, la France crie à l’indignation et à la fausse accusation. Mais ce qui reste frappant dans sa posture défensive, c’est cette curieuse volonté constante des officiels français, le président Emmanuel Macron en tête, d’accompagner les Africains dans les réformes qu’ils voudront engager vis-à-vis de cette monnaie.
On peut alors s’interroger sur cette idéologie morale de la France qui ne renonce pas à apporter son aide à des Etats dont les peuples les accusent pourtant d’exploitation. Quel est ce désir de vouloir aider quelqu’un qui constamment vous accuse de l’exploiter et, qui plus est, semble parfois ne pas reconnaître les bienfaits apportés ? Pourquoi la France ne saisit-elle pas l’occasion que lui offre l’Italie pour laver son honneur, celui de son peuple et de la nation française ? Pourquoi ne met-elle pas enfin les Africains face à leur responsabilité ? Il ne s’agit nullement de revenir sur le débat des avantages ou des perversités du franc CFA. Il s’agit ici de s’interroger sur la posture alambiquée de la France pour continuer un système devenu anachronique dans l’histoire des sociétés contemporaines.

Création et héritage de l’œuvre coloniale
Il faut se référer à l’histoire de la « mission civilisatrice » de la France pour comprendre l’idéologie de la position française autour du franc CFA. En 2006, au plus fort des débats sur les « bienfaits de la colonisation » lancé par le gouvernement Villepin, les défenseurs, anciens comme nouveaux, de cette mission ont toujours mis en avant les avancées réalisées par l’administration coloniale en matière d’éducation, de santé et de développement des infrastructures.

Pour les partisans de cette idéologie morale, la colonisation, nonobstant ses apories, a apporté « la civilisation », le modernisme, le développement et le progrès aux Africains. Ainsi, les Français de cette France bienveillante et progressiste s’offusquent des critiques faites contre la colonisation par les Africains, les jugeant, à la limite, ingrates. Ces défenseurs de l’idéologie missionnaire coloniale sont davantage vexés lorsque la critique vient de l’intérieur. Le candidat Emmanuel Macron avait ainsi été la cible de désapprobations véhémentes lorsqu’en février 2017, en Algérie, il avait osé qualifier la colonisation de « crime ». Ici, pour les partisans de l’idéologie coloniale, ce qui est en jeu c’est la grandeur et l’honneur de la France qui doivent transcender les clivages politiques gauche-droite.

Le franc CFA, à la fois création et héritage de l’œuvre coloniale, se veut aussi l’instrument de l’amitié, de la bienveillance voire de la continuation de cette mission civilisatrice de la France. Cette obligation morale d’accompagner ses ex-colonies, plus de 50 ans après leurs indépendances, vers le développement économique.

Pour les Français partisans de cette philosophie, le franc CFA offre plus d’avantages que d’inconvénients. Il offre une stabilité économique dans deux sous-régions africaines. Tout comme sa convertibilité fixe avec l’euro représente un atout significatif pour les échanges financiers de ces pays avec le monde. Cette monnaie ne servirait donc que les intérêts des Africains. Et elle est maintenue par la seule volonté des Africains eux-mêmes. Vu sous cet angle, la France officielle s’offusque lorsque des Africains dénoncent cette monnaie et osent l’accuser de « colonisateur » et d’« exploiteur » invétéré. Mais la France se sent humiliée, lorsque la critique gronde et est cette fois portée par ses partenaires européens, notamment l’Allemagne et l’Italie.

Affirmation fallacieuse
Afin de répondre à ces critiques qui sont devenues récurrentes ces dernières années, avec des piques en 2016 et 2017 en raison de l’appropriation du débat par les mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest, la France contre-attaque avec deux arguments implacables. D’abord, la fausseté des accusations italiennes d’exploitation dont le franc CFA serait l’instrument. Sur ce point, la France officielle souligne depuis toujours l’insignifiance du poids (à peine 0,25 %) des réserves du compte des opérations des banques centrales africaines (BCEAO et BEAC) dans l’économie française.

Source : aBamako

aBamako

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