Peine de mort : Pour ou contre l’application ?

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Suite à la multiplication des assassinats à Bamako et ailleurs à travers le pays, certains maliens demandent l’application de la peine de mort. L’application de la peine de mort au Mali remonte à 1980. Depuis 1992, elle est suspendue par un moratoire. Le Flambeau a recueilli quelques réactions. Lisez plutôt.

Me Cheick Oumar Konaré, avocat

Certes, le Code pénal malien prévoit cette peine pour de nombreux crimes, mais son application est suspendue depuis trois décennies. Avant de lever cette suspension, il faut, à mon avis, répondre aux interrogations suivantes : La justice malienne a-t-elle assez d’expertise et de moyens pour éviter les erreurs conduisant à l’exécution d’un innocent ? L’Etat a-t-il assez de force pour faire exécuter les rebelles du Nord du Mali qui, au sens de la loi, doivent être fusillés ? Sinon, quelle équité y aurait-il à appliquer la peine de mort à certains criminels et non à d’autres ?

A-t-on songé au fait que malgré l’application effrénée de la peine capitale, les États-Unis gardent le plus grand nombre de prisonniers au monde ? Je ne m’oppose pas à la l’application de la peine de mort, mais je crois qu’elle ne servirait à rien si elle ne s’accompagnait pas de mesures vigoureuses tendant à éteindre les cinq principales causes de la criminalité : la faillite de l’éducation familiale, scolaire et civique; la pauvreté des masses, les guerres au nord et au centre du pays, l’inefficacité, voire la complaisance des tribunaux envers les délinquants, la mauvaise politique de sécurisation des villes et des quartiers .

Malick Diallo, internaute

Par erreur de justice, des innocents peuvent être tués pour rien. La peine de mort n’est pas la solution. Il faut travailler à la reconstruction citoyenne. Aucune envie de tuer des innocents donc non. On a déjà un système judiciaire défaillant. En plus, elle n’arrêtera pas la criminalité, ne la réduirait même pas. Aux Etats Unis, il y a la peine de mort pourtant un individu meurt toutes les 30 secondes.

Gaoussou Coulibaly, juriste

La peine de mort est une sanction judiciaire totalement inefficace, celle-ci encourage la violence et ne permet en aucun cas une baisse de criminalité. Aucune étude sérieuse n’a réussi à ce jour à prouver hors de tout doute que la peine de mort était dissuasive. Tout au contraire, la majorité des recherches sur le sujet démontrent que la mort, comme sanction, n’a jamais empêché une personne motivée à commettre une infraction criminelle de la perpétrer. De plus, il arrive souvent qu’un acte soit commis sans préméditation ou sur l’impulsion du moment et même de manière accidentelle. Dans ce type de situation, il semble encore une fois peu probable que la personne en cause se soit arrêtée pour penser aux conséquences pouvant découler de son acte.

Ibrahim Koné, enseignant

Mon avis n’est pas la peine de mort au Mali. Beaucoup de pays ont abrogé la peine de mort pour la défense des Droits de l’homme. Et, il a été constaté que beaucoup de condamnés ont été victimes d’exécutions par erreurs. Pour le cas malien, l’insécurité grandissante n’est pas liée à ce que l’État applique la peine de mort mais que le droit positif malien soit bien appliqué. Nous avons un code pénal bien fait qui traite les actes criminels et décourage les intentions criminelles. La corruption et le social tuent le système judicaire malien et encourage les actes criminels ainsi que les intentions criminelles. Comme le dit Platon : « Le plus grand mal, à part l’injustice, serait que l’auteur ne paie pas la peine de sa faute ».

Thiérno Diallo, juriste

Certaines mesures législatives sont d’ordres dissuasives et moins punitives. Le seul fait d’être conscient de leur existant peut contraindre certaines personnes à se contrôler. En plus, la démocratie que nous vivons a permis une perte de valeur considérable qui a conduit à un changement de comportement global, pour y remédier il faut faire peur, la peine de mort peut contribuer en ce sens. Il le faut pour remodeler le malien et peut rendre l’autorité à l’État car une mesure comme telle doit être accompagnée par des mécanismes qui dans l’ensemble contribueront à améliorer la gouvernance.

Source : aBamako

aBamako

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