Meeting du 10 février: ce qu’en pensent les Bamakois

Le meeting dit de bénédiction du président du Haut conseil islamique du Mali très vite transformé en tribune politique contre le pouvoir continue encore de faire couler des salives. Dans les rues, bureaux et salons feutrés de la capitale, les Maliens apprécient différemment cette grande mobilisation qui cache mal l’hostilité de ses initiateurs aux pouvoirs publics. Les Bamakois se prononcent sur ce meeting tenu au Stade du 26 Mars ce 10 février 2019. Lisez plutôt leurs avis !

Djénébou DAOU, agent de commerce : « Qu’ils nous laissent tranquilles »

Ce soulèvent de leaders religieux est la conséquence de l’irresponsabilité de nos dirigeants. Sinon, s’il avait fait leurs élections sans les solliciter, on n’allait pas en arriver là. Ce que je déplore, c’est l’attitude des autres leaders religieux qui ont peur de dire la vérité à Mahmoud DICKO pour ses agissements purement politiques. Qu’ils nous laissent tranquilles.

Mounoukérou KONE, ménagère : « Que DICKO fasse seul son combat politique »

Je sais que ces gens-là sont en train de manipuler notre Chérif de Nioro. Tel que je le connais, il n’a pas l’habitude de détester telle ou telle personne. Je propose que ces dirigeants aillent à Nioro pour lui expliquer les faits réels du pays. Tous les Maliens sont égaux aux yeux du chérif de Nioro. Je suis d’ailleurs contente qu’il n’ait pas fait le déplacement de Nioro, comme il avait été annoncé en fanfare aux Maliens. Je pense que Mahmoud DICKO doit faire seul son combat politique en laissant notre guide tranquille.

Oumar TRAORE, commerçant : «c’est la cupidité, l’arnaque et surtout la trahison »

Je suis vraiment contre le fait que les leaders religieux se mêlent de la politique. La politique telle que nous la connaissons au Mali est loin d’être synonyme de la vérité. C’est la cupidité, l’arnaque et surtout la trahison. Donc, un leader religieux, qui se mêle de la politique aura trahi tous ses fidèles. Et, je crois que c’est sur cette lancée que certains leaders religieux se sont engagés. Vraiment, la politique est comme le cheveu dans la soupe de l’islam.

AT, maitre coranique : « La religion est très saine pour la mêler à la politique »

La religion est très saine pour être mêlée à la politique. Les religieux doivent se contenter de faire appel aux musulmans pour qu’ils soient fidèles à Dieu et à son prophète. Tout ce qu’un leader religieux dit ou fait qui n’est pas cela, est un arnaqueur. Que Mahmoud DICKO nous dise la vérité. Qu’il nous dise réellement quel est son problème réel. Car je crois que le gouvernent est même à féliciter, après avoir renoncé au fameux manuel dit de sexualité complète, assimilable à l’homosexualité. Donc, je crois que ce meeting n’avait plus son sens. On a vu ici, la modestie des religieux, en 1991. À l’époque, ils ont dit la vérité au général Moussa TRAORE, sans tambour ni fanfare. Ce meeting est, à mon avis, une dépravation des mœurs. Car les us et coutumes du Mali veulent aussi que les gens respectent les dirigeants. Le jour de ce meeting, qu’est-ce que certains jeunes n’ont pas dit aux dirigeants sur les réseaux sociaux ? Des insultes les plus vulgaires ont été lancées, à l’occasion.

Salif BAGAYOGO, Conducteur de taxi : « une autre crise est imminente »

Je suis sûr de quelque chose, si des mesures idoines ne sont pas prises rapidement, une autre crise est imminente au Mali, à cause des agissements des leaders religieux qui sont en train de tout faire pour changer le régime ! Cela ne se fera pas sans une autre infusion de sang. Un leader religieux n’a pas vocation de dire à un chef de nommer tel ou tel ministre comme Premier ministre. Nous nos leaders religieux ont même le courage de dire au président démocratiquement élu de ‘’dégager’’. Je me pose souvent la question pour qui roulent ces religieux qui veulent mettre notre pays à feu et à sang. J’en appelle aux jeunes d’être très vigilants. Car si ça dégénère, ni le fils de DICKO ni celui du chef de file de l’opposition ne sera victime. Je suis désolé DICKO m’a déçu !

Aboubacar COULIBALY, mécanicien : « Moi je le soutiens »

J’encourage DICKO à continuer sur cette lancée. Moi je le soutiens. N’eût été la vigilance de DICKO, l’homosexualité serait enseignée dans nos écoles. Même s’il nous appelle demain, nous allons faire le plein du stade du 26 mars. J’espère qu’IBK va se débarrasser de SMB qui ne fait que nous amener des choses qui sont tout à fait contraires à nos us et coutumes. Nous sommes derrière notre guide et sommes prêts à tout pour lui s’il s’agit du Mali.

Adama MARIKO, tailleur : « A qui la faute » ?

Il faut dire les quatre vérités à certains leaders religieux qui se prennent comme des faiseurs du roi. La politique et la religion ensemble, dans un État laïque, comportent toujours des risques. Si ces leaders religieux perdent leur crédibilité. À qui la faute ? Le président IBK reste le président de tous les Maliens jusqu’à 2023. D’ailleurs, il ne faut pas qu’il cède à la demande de DICKO de limoger son PM. Si on les permet cela, même après IBK, les dirigeants du Mali ne seront que des marionnettes des leaders musulmans.

M. KONE, chercheur : « La religion est «l’opium» du peuple »

La religion est «l’opium» du peuple. Elle permet à nous les pauvres et à nous les «déshérités» d’accepter nos conditions d’extrême pauvreté et de misérabilisme tout en nous promettant le paradis et le repos éternel après la mort. Dans le contexte malien, elle sied à un mauvais enseignement, la mauvaise interprétation du saint Coran. À la limite, elle est devenue un fonds de commerce au Mali. Les leaders sont dans l’affairisme et dans le clientélisme. Ils sont complices de l’injustice et des inégalités sociales au Mali, avec leur silence anodin et coupable. À la moindre critique, les fanatiques vous traitent de mécréant, d’ennemis du Bon Dieu qui est amour et pardon. À la moindre contestation de l’hégémonie des leaders religieux, cela est signe blasphématoire ou de malédiction divine et vous êtes Assujetti à des critiques virulentes de la part des gens qui sont dans le fanatisme et l’aveuglement religieux. Son choix doit être respecté malgré tout. La vengeance et les rancunes ne sont pas dignes d’un leader religieux. Un religieux doit appeler à pardonner, à l’amour, à la paix, à la réconciliation.

Mais un leader religieux opposant à un politique sur une question qui n’a rien à voir avec la religion n’est très grave. Malgré tout ils auront cherché.

Affourou BOCOUM, vendeur ambulant : « Les musulmans doivent faire la politique »

Les musulmans doivent faire la politique. Je crois que si nous ne faisons pas la politique, ces hommes politiques vont nous imposer des lois de la France qui acceptent que les hommes marient les hommes et idem pour les femmes. Je demande à notre imam de se présenter aux élections de 2023, pour que nos valeurs sociétales soient protégées.

M. MAIGA, enseignante : « C’est cela dont je craignais ».

C’est cela que je craignais. Depuis le soulèvement organisé par ce même Mahmoud DICKO et ses collaborateurs pour soi-disant contester un code. En réalité, l’objectif était de destituer ATT qui ne faisait plus l’affaire de DICKO. Et, nous sommes dans la conséquence de ce coup d’État qui a pris ses sources, depuis ce meeting. Je crains la même chose si on le laisse faire ! Une autre crise entrainera la disparition pure et simple de notre pays. Donc, soyons vigilants, ne rentrons pas dans des guerres de règlement de compte !

BD, comptable à la retraite : « Dieu n’exaucera jamais nos vœux ».

Et si l’Imam Mohamoud Dicko, organisait aussi une journée de démonstration de force pour interpeler le gouvernement du Mali sur la situation des déplacés du conflit du Centre qui vivent dans des conditions de misérabilisme entre les tas d’ordures, les odeurs, l’insalubrité à Faladie, aussi bien que pour les cheminots ! Cependant, la prière à elle seule ne peut pas résoudre les problèmes du Mali. Tant que l’injustice et les inégalités sociales continuent au Mali. Transformons nos maisons, nos écoles, nos universités, nos hôpitaux, nos stades, notre fleuve en des lieux de prières et de culte, Dieu n’exaucera jamais nos vœux. Tant que nos dirigeants trouveront toujours goût dans la corruption, les détournements, l’évasion fiscale, avec une privation formelle du peuple aux services socio-economiques de base, nous transposerons la Mecque au Mali, Dieu n’exaucera jamais nos prières. Tant que les leaders religieux abandonnent l’enseignement du chemin de Dieu, en prenant goût de la politique politicienne et de l’argent, Dieu n’exaucera jamais nos prières. Ce qui m’écœure dans le comportement de ces leaders religieux, personne ne lève le doigt pour organiser une journée de mobilisation des forces vives de la nation contre la corruption pour dissuader nos dirigeants médiocres. Si nous avions organisé une journée de mobilisation pour la situation du centre, le gouvernement aurait déjà pris la menace en compte, avec l’élaboration d’un plan de sécurisation du centre. Imam Dicko, mes respects ! Mais je le répète que ce n’est pas avec des journées de prière qu’on va résoudre le problème. Je crois à l’unicité de Dieu ! Je crois en l’universalité de Dieu ! Mais je ne suis pas dans le culte de la personnalité ou du suivisme aveugle islamique. Cependant, la prière à elle seule ne peut pas résoudre les problèmes du Mali. Tant que l’injustice et les inégalités sociales continuent leur chemin.

Issa TRAORE, conducteur de tricycle : « Il y un non-dit derrière tout cela »

« Je croyais que ce meeting était organisé pour seulement défendre les intérêts des musulmans et dénoncer les agressions et meurtres que les musulmans subissent. Mais aller insulter les gens comme les représentants de Chérif Madani HAIDARA ne m’a pas du tout plu. Je pense qu’il y avait autre chose derrière tout cela ».

RÉALISÉ PAR CHRISTELLE KONÉ

Source : aBamako

aBamako

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