Notre Mali, comme il va : Les éclairages de l’affaire Mahmoud DICKO

L’affaire Mahmoud Dicko, qui va au-delà de sa personne, se prête à quelques angles d’analyse. A ce titre, elle a beaucoup défrayé la chronique ces jours-ci, nous secouant même de la torpeur ambiante occasionnée par l’action contrastée de la brise matinale rafraîchissante (et bienfaisante pour les Sahéliens que nous sommes) et de cette chaleur irritante de la seconde mi-journée (qui nous rappelle des perspectives pas du tout réjouissantes).

Notre quotidien ‘’L’Indépendant’’ a consacré au sujet, au personnage et aux réactions y afférentes un nombre conséquent de textes, le dernier étant la flamboyante analyse de son Directeur de publication, libérée sous le titre ‘’le cas Mahmoud Dicko’’.

L’affaire Mahmoud Dicko, déclenchée par son rejet des 50 millions FCFA offerts par le Premier ministre pour soutenir l’organisation du grand meeting annoncé et mis en œuvre par l’Imam, est, en réalité, symbolique de l’ancrage de mœurs socio politiques corrompues par le désir forcené de pouvoir et l’usage immoral de l’argent pour parvenir à cette fin.

La distribution de prébendes à des autorités coutumières et traditionnelles fait partie des rites sociaux, observés avec autant de discrétion que de respect par les différents régimes, depuis Modibo Kéïta. Des usages de bon aloi, dont nous devinions à peine les effets, aux belles années de notre adolescence, quand le cœur malien était pur et désintéressé.

Puis, IBK a fait irruption dans la vie publique malienne, en maître absolu. Avec, nous avons assisté au piétinement des valeurs de discrétion, ce ‘’Soutoura’’ ci central à nos mœurs sociales.

Successivement, le pouvoir, que les Maliens lui ont octroyé, dans un élan empreint de confiance, d’amour et d’une si grande naïveté, s’est mué en un théâtre du népotisme, de prodigalités et de gabegie, le tout nimbé de discours aussi démagogiques que soporifiques.

Comme un enfant en extase devant ses jouets préférés, le régime, installé en 2013, a rapidement pris la mesure des immenses possibilités offertes par les deniers publics, dont des prérogatives complaisantes lui confèrent un usage sans contrôle.L’acquisition d’un avion présidentiel, à des milliards de francs CFA (dont l’opinion nationale attend d’ailleurs toujours le montant exact), la distribution de cadeaux luxueux et coûteux à ‘’des amis des premières heures et des heures difficiles’’ (dont on ne voit ni les qualités ni les mérites), un prosélytisme ostentatoire, décliné également sous des formes matérielles et pécuniaires spectaculaires (l’octroi de voitures de luxe, estimées à une quarantaine de millions de francs CFA, et l’offre de champ de 150 hectares à des autorités religieuses en sont quelques exemples saisissants) ont fini par dessiller les yeux des Maliens sur la nature véritable d’un régime qu’ils ont contribué à porter haut.

Mahmoud Dicko, comme nombre de leaders religieux, est un produit d’un système de gouvernance prébendier et voué à la corruption. Il en est devenu une excroissance dénonciatrice, lorsqu’il a pris conscience de ses penchants manipulateurs et corrupteurs.

En effet, à l’image de tous ceux qui ont été sollicités pour infléchir les écritures saintes en faveur d’un pouvoir dont la principale ambition est personnelle et familiale, l’Imam, sans doute saisi de remords face aux dérives administratives, sociales et politiques de la gouvernance IBK, semble en quête de rédemption.

C’est le sens de sa sortie tonitruante contre le projet d’Education Sexuelle Complète, de son refus des 50 millions de francs CFA, malicieusement offerts par le Premier ministre, pour, certainement, provoquer une faute qui précipiterait la déchéance de l’Imam. Le piège était sans doute trop gros pour ce dernier, désormais vieux briscard des arcanes politiques de la dernière décennie.

En acteur averti de la chose politique et de ses inévitables compromissions, l’Imam Mahmoud Dicko ne saurait non plus perdre de vue que le Mali, bien que fortement islamisé, ne donnerait, aujourd’hui, aucune chance à l’éclosion d’une République Islamiste.

Les leçons reçues et retenues de l’exercice de l’actuel régime, la volonté forte affichée par les forces politiques et sociales d’impulser de manière conséquente l’expression démocratique, le fourmillement d’idées suscité par la nécessité de réformer nos différents fonctionnements institutionnels rendent quasi illusoire toute évolution de notre pays vers un régime islamiste, par essence anti démocratique, liberticide et borné.

Homme intelligent et cultivé, l’Imam ne peut faire fi de ces réalités dans la mise en œuvre  d’un éventuel projet politique.

Toutefois, à un moment où toutes les tendances convergent vers l’impératif de débarrasser notre Constitution de ses scories et de favoriser l’émergence d’une République moderne, tournée vers l’exercice d’une démocratie ouverte et civilisée, il nous parait décent de mettre en garde l’Opposition contre toute tentation de s’atteler à Mahmoud Dicko, au risque, pour elle, d’endosser la lourde responsabilité d’une des plus graves fautes de notre ère démocratique,  en donnant à l’Imam l’illusion d’une audience politique, susceptible de le dévier de sa vocation première.

Celle d’une autorité religieuse et sociale, engagée à jeter un regard critique sur les évolutions de nos mœurs et à formuler des points de vue en conformité avec nos valeurs socio religieuses. Ce sacerdoce lui fera recouvrer et gagner de la crédibilité.

Et, surtout, aura le grand avantage de nous éviter un embrouillamini, mal venu au moment où notre pays s’engage dans le toilettage de ses parchemins de référence.

Une contribution de Mamadou Kouyaté        

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Source : Maliweb

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