Trafic d’êtres humains, la face cachée de l’orpaillage

Bernées par des proxénètes déguisés en agents de placement, des nigérianes se retrouvent prises au piège, au Mali, sur des sites d’orpaillage . Sans défense et sans argent en terre inconnue, elles sont contraintes de se prostituer pour enrichir leurs bourreaux.
« A Bôgôrô, j’en ai vu plusieurs filles nigérianes. Elles se prostituent dans les bars, pas à leur propre compte mais pour le chef à travers qui elles sont venues au Mali. Celui-ci leur exige une commission à payer durant un long moment», témoigne Abdoulaye Camara. Ce trentenaire a vécu plusieurs mois sur le site d’orpaillage de Bôgôrô, localité située à quelques kilomètres de Sélingué, où il vendait des produits alimentaires.

«Je ne saurais dire le montant exact. Mais quand elles épongent la somme due à leur patron, généralement promoteur de bar, les filles organisent une grande fête. C’est une sorte d’indépendance pour elles. Car c’est à partir de ce moment qu’elles pourront partir ailleurs si elles le souhaitent ou travailler à leur propre compte», raconte notre interlocuteur.

Les patrons? Ce sont des proxénètes. Ils s’enrichissent ainsi dans ce business criminel de trafic d’êtres humains et du sexe. Au départ, ils font miroiter à leurs victimes un travail décent avec un bon salaire. Mais une fois arrivées, à destination, sans défense, celles-ci sont contraintes à se prostituer pour payer une importante somme d’argent aux proxénètes.

« Ils m’ont dit que je travaillerais dans des restaurants et qu’ils me paieraient 800 dollars (400.000 francs CFA) par mois. Ils m’ont dit que l’emploi se trouvait en Malaisie », a récemment confié, Chance, une des victimes, à l’Organisation internationale pour la migration (OIM). Et d’ajouter: « quand nous sommes arrivées au Mali, ils m’ont dit que je devais me prostituer. Ils m’ont dit que ça ne durerait pas longtemps, même pas un mois, juste assez pour les payer 5.000 dollars (2,4 millions de francs CFA). »

Sur les sites d’orpaillage la pratique a prospéré en douce au fil des années. Et cela, à cause de l’absence d’autorité dans ces zones. Mais le phénomène commence à s’étendre dans les villes. Pour rappel, la semaine dernière, à Dio localité située à une vingtaine de kilomètres de Bamako, deux hommes suspectés dans une affaire similaire ont été interpellées par la gendarmerie et remis à la justice.

Depuis, l’OIM révèle avoir traité, au Mali 260 cas. Au nombre desquels 238 victimes sont originaires du Nigéria. Tandis qu’en 2018, elle déclare avoir «aidé 188 femmes victimes de traite bloquées au Mali en leur fournissant un abri, de la nourriture, des vêtements, des soins médicaux et psychosociaux ainsi qu’une aide au retour volontaire et à la réintégration au Nigéria».

Pour mieux protéger les victimes, l’organisation a formé en 2018 plus de 550 acteurs impliqués dans la lutte contre la traite des personnes. Parmi lesquels: des procureurs, des juges, des éléments des forces de sécurité entre autres. Afin d’avoir des données chiffrées complètes sur le flux de la migration vers les sites d’orpaillage, l’OIM est en train de mener une étude.

En décembre dernier, des responsables de cette organisation et de l’Agence nationale nigériane pour l’interdiction de la traite des personnes (NAPTIP) ont échangé avec les autorités maliennes et des organisations de la société civile au Mali. Au cours de la même mission, ils ont rencontré des potentielles victimes de traite travaillant dans un village minier dans le cercle de Kangaba.

Lassina NIANGALY

Source : aBamako

aBamako

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