La CMA entre victimisation et manipulation

Les idéologues patentés goinfrés et repus aux frais de la princesse sont frappés d’atonie, leurs mandibules si voraces à dévorer étonnamment bloquées, pendant qu’un monstre sort de sa léthargie faisant planer une hypothèque sur les fondements mêmes de la République : les revendications identitaires emmitouflées dans le lange des us et coutumes de Kidal.

Le réveil du monstre

Le monstre, qui sommeillait, a ouvert un œil lors des pourparlers intermalien à Alger lorsque le mandataire de Iyad Ag GHALY, Algabass Ag INTALAH et ses sicaires se sont attaqués au principe de la laïcité (qui n’implique bien sûr pas négation de toute religion).

Il est important de rappeler qu’au début de la crise de 2012, il affirmait alors combattre pour instaurer la charia au nord du Mali. Il a été le visage politique d’Ansar Eddine et a représenté le Mouvement islamiste lors des négociations qui se tiennent à Ouagadougou, au Burkina Faso, à la fin de l’année 2012. Mais en janvier 2013, quelques jours après le début de l’Opération Serval, Algabass fait scission (sans rompre véritablement avec son mentor) et fonde le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA), dont il devient le Secrétaire général. Le 19 mai 2013, il annonce la dissolution de son mouvement et son ralliement au Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), fondé par son frère, Mohamed Ag INTALLAH, Mouvement qu’il dirige actuellement.

Il est important aussi de savoir que la ‘’laïcisation’’ de Algabass a été opérée, parce qu’une puissance étrangère en a décidé ainsi, d’autant plus qu’elle ne pouvait soutenir devant son opinion publique avoir pour allié un islamiste.

Ainsi, la mue de Algabass, de partisan impénitent de l’application de la Charia, à laïque n’était qu’une question de convenance et de circonstance. Comme ci-dessus rappelé, à Alger, avec toute l’arrogance que lui conférait sa victoire militaire sur les FAMa (mai 2014), il exige de biffer de la Constitution du 25 Février 1992, à l’article 25, une des dispositions constitutives de ‘’De l’État et de la souveraineté’’ : ‘’le Mali est une République indépendante, souveraine, indivisible, démocratique, laïque, et sociale’’, en ce qui est de la laïcité. Il s’agissait clairement de faire de la place à la Charia à laquelle il n’a jamais véritablement renoncé. Les sources concordent à dire que sur cette revendication, Algabass était en mission commandée de Iyad Ag GHALY. Dans tous les cas, il touchait une ligne rouge fixée par le Gouvernement (la forme laïque de l’État) et la Médiation internationale n’allait pas se compromettre au point de capituler sur ce point. Il en a été débouté. Mais, ce n’était que partie remise.

Le désaveu collectif

Le 30 janvier 2019, alors que les réformes institutionnelles cristallisent l’attention et que le Mali subit une pression infernale pour accélérer la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, une séquence impromptue, franchement pas truculente, s’invite dans le débat national : la CMA que Algabass tient en laisse (il dispose de la puissance militaire et financière et dans une certaine mesure de légitimité traditionnelle pour imposer et en imposer aux autres) décrète des mesures restrictives et coercitives pour réglementer certains domaines de la vie à Kidal, à savoir la décision n° 09/2019/CD/CMA du 30 janvier 2019 portant mise en place d’une opération de police de sécurisation et la décision n° 10/2019/CD/CMA du 30 janvier 2019 portant dispositions générales concernant le traitement de certains aspects jugés d’utilité publique.

Au cours de sa session du 18 février 2019, le Comité de suivi de l’Accord (CSA) juge nulles et de nul effet les mesures du Comité directeur de la CMA, les jugeant attentatoires à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. La Communauté nationale accueille les mesures controversées par une levée de boucliers. Ailleurs, tous les observateurs sont d’avis, y compris les parrains, que la CMA, par ces décisions, se substitue un peu plus à l’État. Ce qui est inconcevable dans une République.

Ainsi, vitupérée, la CMA tente une opération hautement périlleuse de ‘’clarification : ‘’pour des raisons préventives, de santé publique, sécuritaires, d’étiques morales, de respect des us et coutumes des citoyens, elle (Ndlr : la CMA) prohibe tous actes de délinquance, ses outils et ses origines qui troublent l’ordre public et la quiétude des citoyens’’. Mais l’explication ne convainc pas et la société civile est appelée à la rescousse, comme toutes les fois où elle se trouve dans la mouise.

L’altération des faits

Ce qui est affligeant, c’est l’argument que développe la CMA : les us et coutumes qui comprennent la religion (même si cette dernière a été introduite tardivement). Là, se trouve l’arnaque intellectuelle par dilatoire et par amalgame et altération des faits. Parce que l’hostilité déclenchée par la batterie de mesures de la CMA n’est pas dirigée contre les us, les coutumes et la religion (à laquelle on adhère par volonté personnelle d’abord) de la population de Kidal comme l’insinue insidieusement le Comité directeur de la CMA. Pour preuve, la Constitution du Mali dispose en son article 4 : ‘’toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion, d’expression et de création dans le respect de la loi’’.

La pierre d’achoppement porte sur la question de la légitimité de la CMA qui n’a jamais été posée, a fortiori tranchée pour prétendre se substituer à la population de la région de Kidal. L’on apprend que des notabilités (qui outrepassent également leurs prérogatives) lui ont conféré des pouvoirs de police, mais qui ne sont source ni de légalité ni de légitimité. Une certitude : elles ont donné prétexte à la CMA de sanctuariser Kidal vivant au rythme de l’observance des préceptes divins qui y sont à géométrie variable, parce que certaines habitudes de trafiquants ont la vie dure.

Fondamentalement, la confusion créée par la CMA à des fins de manipulations subversives porte sur les notions d’us, de coutumes, de religion. Dans les faits, il n’a été nulle part question de remettre en cause les us et coutumes d’une population, de nier l’identité d’une population. La divergence émane de l’exploitation tendancieuse de ces concepts qui ne devraient servir à aucune forme de victimisation convulsive. En effet, en droit, la coutume ou règle coutumière est une règle issue de pratiques traditionnelles et d’usages communs consacrés par le temps et qui constitue une source de droit. Reconnue par les tribunaux, elle peut suppléer la loi ou la compléter, à condition de ne pas aller à l’encontre d’une autre loi. Or, les mesures édictées par le Comité directeur de la CMA vont à l’encontre de toutes les lois en République du Mali. Elles transgressent les fondements mêmes de la République.

Le péril anarchiste

Il est également fondamental de souligner (même si c’est une litote) que toutes les communautés au Mali et aussi d’ailleurs ont des us et coutumes et une religion auxquels elles tiennent également comme à la brunette de ses yeux.

C’est pourquoi la diversité doit s’exprimer au sein de l’identité nationale (non en dehors) au risque de verser dans les particularismes, les communautarismes de mauvais aloi. Qu’adviendrait-il en effet si chaque communauté s’improvisait législateur et se mettait à édicter des mesures applicables à tout le monde dans un espace donné ? Qu’en serait-il de la devise du Mali : ‘’un peuple-Un But-Une Foi’’ ? La réponse coule de source : le Mali sombrerait dans une anarchie indescriptible. Faudrait-il croiser les bras devant une dérive aussi organisée qu’inquiétante ? C’est pourtant à cela qu’expose l’excès d’affirmation identitaire qui a conduit aux pires crises de l’histoire de l’humanité.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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