Crise scolaire: halte à la récupération politique !

Notre école, depuis le mois de janvier dernier, fait face à une crise consécutive à des mots d’ordre de grève à répétition du personnel enseignant du fondamental et du secondaire. Malgré le seuil critique de la crise qui est en train d’affecter sérieusement le déroulement de l’année scolaire en cours, la classe politique et la société civile ne semblent pas en faire une préoccupation majeure. Du moins, si l’on s’en tient au silence actuel de ces acteurs. Malaise qui s’est emparé de l’arène politique nationale d’étouffer la crise scolaire où un manque d’intérêt des Maliens à leur école ?

La société malienne comme ailleurs, dans le monde, est en pleine mutation. Loin des années 1978 où les ‘’Trois ‘’V’’ (Villa-Verger-Voiture) et des « châteaux de la sécheresse » étaient à la vogue, alors que le peuple croulait sous la misère, elles sont aujourd’hui nombreuses les organisations syndicales qui estiment que le temps est venu pour elles de faire changer leur statut social. L’ébullition actuelle du front scolaire participe de la volonté du personnel enseignant de se mettre à l’abri de la précarité des années de dictature du régime du Parti unique. Le régime démocratique qui octroie des droits ne leur donne-t-il pas cette faveur ?

Malgré la crise qui perdure, depuis quelques mois, la classe politique et la société civile se murent dans un silence criant. Le réveil brutal actuel de certains acteurs politiques s’accompagne malheureusement d’une récupération politique qui ne dit pas son nom. Au regard du temps déjà perdu dans la gestion de ce problème, nous pensons que l’heure n’est plus aux accusations gratuites comme tentent de le faire ces acteurs politiques qui se sont précipités, ces derniers jours, à la rencontre des enseignants grévistes, suite à l’annonce du Gouvernement de procéder à des retenues sur les salaires des enseignants grévistes, en ce mois de février.

‘’Face au dialogue de sourds entre les parties dont la responsabilité incombe au gouvernement et craignant une année blanche aux conséquences incalculables, la COFOP exprime ses vives préoccupations. Dans le souci de préserver l’avenir des millions d’enfants, surtout ceux des pauvres, la coalition invite le gouvernement à s’acquitter de son devoir régalien d’éducation pour tous en trouvant des solutions appropriées aux revendications justes et légitimes des enseignants’’, a indiqué la COFOP, dans un communiqué, suite à sa rencontre, ce 25 février 2019, avec les responsables du Collectif des enseignants.

Ces propos pouvaient se justifier, si depuis le début de la crise, le Gouvernement n’avait pas bougé d’un iota. En effet, à l’issue de 7 à 8 rencontres au niveau de la Commission de conciliation, des avancées ont été enregistrées dans la satisfaction des doléances des enseignants. Au-delà de ces rencontres, il y a lieu de préciser que le 9 janvier 2019, le ministre de l’Éducation nationale lui-même, bien que n’étant pas membre de la Commission de conciliation, en tant que chef du département concerné principalement par la question, a jugé nécessaire de rencontrer les syndicats, afin de partager avec eux son point de vue sur les différentes questions dans l’optique d’avoir un terrain d’entente.

Malheureusement, il n’a pas eu gain de cause. Le ministre a aussi rencontré, à deux reprises, la Commission éducation de l’Assemblée nationale sur la question et ladite Commission a, à son tour, rencontré les syndicats. Il a également œuvré à ce que la FENAPEM puisse être impliquée dans la recherche d’une solution. L’Association des adolescentes de 1960, conduite par madame FAYE ; l’Association des élèves et étudiants du Mali qui est principalement concernée par la grève des enseignants ; le Conseil supérieur de l’Éducation qui est un cadre mis en place par l’État pour s’occuper de toutes les grandes questions qui concernent la vie de l’éducation et toutes les bonnes volontés qui, de façon individuelle ou dans les cadres bien indiqués, se sont investies tant auprès des syndicats qu’auprès des autorités impliquées dans la recherche des solutions.

Aussi, avec les efforts de la Commission de conciliation, sur les 10 points de revendication du Collectif des enseignants, 6 points ont fait l’objet d’accord avec le Gouvernement. Ils concernent l’octroi d’une prime de documentation ; la finalisation du processus de régularisation administrative et financière des diplômes des sortants de l’ENSUP ; l’application effective et immédiate du décret n° 2016 -0001/P-RM du 15 janvier 2016 fixant les conditions et les modalités d’octroi de l’indemnité de déplacement et de mission ; l’annulation du décret 2018 -0800/PRM du 19 octobre 2018 fixant les attributions spécifiques des membres du Gouvernement et numéro 2018-0801/P-RM du 19 octobre 2018, portant répartition des services publics entre la primature et les départements ministériels ; l’intégration dans le corps des enseignants du personnel non enseignant en classe.

Donc, des efforts ont été fournis, ils peuvent être jugés suffisants ou insuffisants, cela dépend de l’appréciation de tout un chacun. Si de l’autre côté, l’on pouvait faire pareil, l’on en serait pas là où nous sommes aujourd’hui. L’école malienne est à la croisée des chemins et a besoin de l’union sacrée du peuple derrière elle. Cette affaire est trop sérieuse pour être laissée entre les mains du seul ministre de l’Éducation ou du Gouvernement qui ne dispose d’aucune recette miracle, en dehors des ressources de l’État qui sont celles du contribuable.

PAR SIDI DAO

Source : aBamako

aBamako

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