La tournée du ministre de la fonction publique : A quoi bon ?

«L’histoire se charge de nous en enseigner ce que nous n’avons pas su apprendre de l’histoire.» (Desmond M’Pilo Tutu). Hier comme aujourd’hui, la problématique de la gestion de l’école malienne bute sur une impasse chronique.

Depuis le régime de Moussa Traoré (la deuxième République), l’école malienne est en question. Pourtant que le président feu Modibo Keïta avait donné à notre système éducatif national un souffle nouveau anticolonialiste, une orientation nouvelle.

A la faveur de la Réforme de 1962, notre pays avait emprunté le chemin de l’enseignement de masse et de qualité. Cette option avait fait la fierté de tout un peuple.

Avec les manœuvres du colonialisme français, Moussa Traoré a entrepris la phagocytose de notre système éducatif national. En lieu et place de l’enseignement de masse et de qualité, s’est installée progressivement et durablement la désertification intellectuelle de notre pays. Le régime s’est rendu tristement célèbre par le combat contre l’intellectuel et donc contre son terreau, l’école.

L’on se rappelle encore des tristes retards de huit mois de salaire, sans compter la dislocation que cela entraînait dans les familles. Pour preuve, le président Moussa Traoré a mis l’école malienne sous la coupe réglée du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). C’était en 1984.

De 1984 à 1987, le Programme d’ajustement structurel (PAS) qui s’était fait invité dans la gestion de l’école malienne à semer les graines de la désagrégation permanente de notre système éducatif. La deuxième phase de la phagocytose de notre école par le Programme d’ajustement structurel renforcé (PASR) s’étendait, de 1987 à 1990.

La suite n’a échappé à personne: le monde scolaire s’est retrouvé dans le dos du général Moussa Traoré. La crise de l’école s’est servie de la situation de misère généralisée de tout un peuple. Le président Traoré est déchu le 26 mars 1991.

Après quatorze (14) bons mois de transition, un président est élu au suffrage universel. La situation chaotique orchestrée par la transition s’est allègrement poursuivie et renforcée avec Alpha Oumar Konaré. La Nouvelle école fondamentale (NEF) est l’expression parlante du travail de sape de notre système éducatif national car au lieu de se soucier de la bonne formation, les autorités maliennes obéissant aux ordres du FMI et de la BM s’occupaient plus tôt du nombre de passants d’une classe à une autre. Cela semblait curieux pour bien de Maliens qui pensaient que l’école malienne se porterait beaucoup mieux avec l’enseignant Alpha Oumar Konaré président de la République. Mais comme le dirait cette locution latine «Parturiunt montes, nascetur ridiculus mus» (les montagnes sont en travail: il en naîtra une souris ridicule).

Avec Alpha Oumar Konaré, on a assisté à la déconfiture de l’espace scolaire malien. Pendant dix (10) longues années de règne d’Alpha, l’école n’a connu que des troubles, des moisissures politiques.

L’année blanche décidée le Premier ministre d’Alpha Oumar Konaré en la personne d’Ibrahim Boubacar Keïta (aujourd’hui président de la République) a inauguré une autre ère de gestion calamiteuse de nos affaires scolaires. Les salles de classes sont devenues des terrains privilégiés de la pratique éhontée de la politique politicienne. Les grèves se succèdent sans que l’école malienne voit le bout du tunnel.

Pendant pratiquement vingt ans de gestion démocratiste de la chose scolaire, l’on assiste à des années académiques tronquées, avec des examens de fin d’année taillés à la mesure des mouvements de grève des enseignants et des élèves. Il ne se passa pas pratiquement plus d’année où des grèves n’empiètent sur le cours normal des évaluations pédagogiques.

Une fois n’est pas coutume ! L’année scolaire 2018- 2019 enregistre déjà son cortège de jours de grève. Ainsi, depuis novembre 2018, les grèves se succèdent (la plupart menée par les enseignants). Le fait qui vient se greffer sur la grève des enseignants c’est le mouvement d’humeur de nos élèves et étudiants à travers leur association. Cela n’est pas un fait nouveau. Ce qu’il y a de neuf dans l’imbroglio malien c’est la tournée d’explication de la position du gouvernement malien qu’entreprend, depuis vendredi dernier, le ministre de la Fonction publique à l’intérieur du Mali.

Elle tient à convaincre les populations maliennes du bien fondé de la volonté gouvernementale de servir utilement l’école malienne. Par exemple à Dioïla a mis l’accent sur les avancées significatives dans le règlement du différend qui oppose le gouvernement malien et syndicats d’enseignants. Aucun effort ne sera de trop pour le règlement pacifique et définitif de la crise scolaire qui n’a que trop duré.

Mais les multiples prises de position dans cette affaire n’augurent pas d’une solution diligente de ladite crise. Pour l’instant et selon les nouvelles qui nous parviennent sur le durcissement de la position des syndicats, le spectre d’une année plane sur l’école malienne.

On peut bien se demander aujourd’hui dans ces conditions à quoi sert la tournée du ministre de la Fonction publique. Peut- être seulement faire constater que le gouvernement se trouve entre le marteau du PASR et l’enclume des syndicats d’enseignants.

Il semble plus productif aujourd’hui d’organiser des concertations nationales sur la problématique de l’école malienne. D’autres préavis de grève des enseignants circulent déjà sur toutes les lèvres et les réseaux sociaux. Sauf que cette impasse ne règle pas la crise !

Fodé KEITA

Source : aBamako

aBamako

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