Toxicomanes du Mali : Difficile sevrage

Qu’ils soient fumeurs occasionnels ou toxicodépendants, les junkies deviennent nombreux au Mali, sans possibilité de rémission ou de récupération des toxicomanes.

 Le Mali ne dispose encore pas de statistiques globales sur la consommation de la drogue. Toutefois, quelques études de base montrent que le cannabis (chanvre indien) est généralement utilisé mais, qu’on rencontre d’autres drogues en transit, dont la cocaïne, l’héroïne.

Une enquête menée par Arcad/Sida en 2013 a démontré le statut de poly consommateurs de drogues injectables (cocaïne, héroïne). Le sondage, porté sur 500 usagers de drogues, a ressorti que 3/4 des consommateurs ont débuté dès l’âge de 10 ans.

Mêmes constats dans une nouvelle étude de base sur la consommation de drogues (tous types d’usagers) dans la ville de Sikasso en 2017, menée cette fois-ci par l’ONG Orfed. Cette ONG a mis en évidence, dans son étude, la dépendance de plus en plus avérée, des anciens consommateurs et de l’entrée fréquente d’autres dans la troisième région.

PRISE EN CHARGE DES TOXICODEPENDANTS

Un régulateur défaillant

 Le Mali a approuvé des dispositifs qui prennent en compte la vulnérabilité du consommateur et son statut de toxicodépendant. Cependant, ces textes jusqu’à présent, peinent à être appliqués.

Le législateur malien en matière de consommation de drogues se montre souple dans le traitement des fumeurs occasionnels et des mineurs. Ces dispositifs sont détaillés dans les articles 31 et 32 de la loi 01-078 du 18 juillet 2001 portant sur le contrôle des drogues et des précurseurs.

Cette souplesse est caractérisée par la possibilité de diminution des peines applicables. La consommation est punie de 6 mois à 3 ans d’emprisonnement contrairement au trafic de la drogue qui constitue un crime punissable de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Aussi, pour les personnes dépendantes, un arrangement a été envisagé pour remplacer sa peine privative de liberté à un traitement médical adapté.

Ces mesures, prévues pour diminuer le risque lié à l’incarcération des usagers qui sont à leur première expérience, se trouvent défaillantes. Pour cause : l’unité spécialisée pour le traitement les toxicodépendants au Mali n’existe pas. Aussi, le décret qui doit déterminer les détailles de cette cure de désintoxication n’a pas encore vu le jour.

De l’avais du chef de division prévention, communication et relations publiques de l’Office central des stupéfiants (OCS), Mohamed Kanouté, les organisations de la société civile doivent se servir de leur mission de sentinelle pour faire bouger les choses. Pour les organisations de la société civile, ce devoir de plaidoyer a tout son sens mais, d’abord, estiment-elles, il faut une révision du dispositif en matière de politique de drogue au Mali.Pour l’heure, il n’y a pas de propositions en vue à l’Assemblée nationale du Mali pour revoir la situation.

USAGERS

“Nous sommes oubliés dans la société “

 D’une histoire à l’autre, des usagers de drogue racontent leurs parcours. Des résultats fragiles, des souvenirs, les l’univers des toxicodépendants.

 Tristesse répandue sur le visage. Entre deux mots, ses doigts caressent furtivement son oreille gauche, puis les ramènent au même niveau que les autres posés sur sa jambe. Un après- midi nostalgique pour Housseine Ba.

“Il était l’animateur qui nous apportait ses petites touches d’humours même quand on était morose. Aujourd’hui il ne nous reconnait plus…”, Se souvient-il avec remord. Ce chagrin ne semblerait pas emporter avec lui ses années d’amitié avec Doulaye Diop, aujourd’hui toxicodépendant. Les deux amis ont commencé à se fréquenter très jeunes. Il y a de cela plus de huit ans.

La mort du père de Doulaye a été le déclique qui l’a fait basculer dans la dépendance totale. De village en village, il passera un long séjour chez un guérisseur du village. De retour en famille, le patient ne retrouve pas encore sa vie d’avant. Housseine Ba n’en trouve pas de mot jusqu’à présent “Depuis son problème, il a pris ses distances avec tout le *grin* Ça fait de la peine”, regrette-t-il.

Des cas comme celui de Housseine Ba n’en fini pas au Mali.

Voie fatiguée, Aly Diarra toxicomane, raconte ses débuts “J’ai commencé à fumer de la drogue auprès de mon grand frère. Au début c’était par curiosité, par la suite je suis devenu dépendant”, confie-t-il, heureux des bienfaits que ça lui procure actuellement sur le plan physique que moral.

Samba Diané, un ancien consommateur est assis à côté d’Aly. Un peu bavard, il écoute religieusement les projets de son ami. L’étudiant rêve d’intégrer le corps des armés. Il veut suivre les traces de son père aussi porteur d’uniformes.

Samba, quant à lui, garde un mauvais souvenir de son passage de ce milieu. Il a arrêté de fumer de la drogue après un long séjour à l’hôpital. Cet arrêt lui a laissé un vide qu’il n’a pas pu gérer. Depuis deux ans, il s’est mis à boire pour faire passer les effets de manque du produit.

Vous avez connaissance du service de prise en charge de l’hôpital Point G ? *Cabanon, interrompe précipitamment Aly.

D’un ton posé, il exprime son refus catégorique d’y aller. Ensuite, il donne ses raisons “Cette structure accueille les fous. Fou, je ne le suis pas. Nous sommes oubliés dans la société parce qu’on est drogué”.

Les usagers de drogue ne sont les seuls qui sont retissant à venir en psychiatrie au Mali.

“On assimile la psychiatrie aux fous”

Pour Dr. Souleymane dit papa Coulibaly, psychiatre au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Point G, les gens ne savent pas que les psychiatres peuvent répondre à leur demande “On assimile la psychiatrie aux fous c’est complément faux. C’est cette confusion que des gens font”.

Les personnes qui ont des problèmes d’addiction à la drogue ne sont pas forcement un “dérangé mentale sur le point désorganisé”, selon le psychiatre mais, “qu’il a un problème de santé mentale et physique pas la folie. Le sentiment de culpabilité chez les consommateurs de drogue engendre des souffrances psychiques qui gèrent des troubles typiques à prendre en charge qui ne sont liés à la consommation”, a précisé le docteur.

En l’absence d’une étude nationale qui détermine les problèmes liés à la consommation de la drogue au Mali, une autre question reste sans réponse. Comment venir en aide à ceux qui ont des sentiments d’abandon ?

Sur la base d’une étude réalisée en juillet 2017 sur la consommation de drogue dans la ville de Sikasso, presque la moitié des consommateurs (103 sur 208) sont veulent cesser de prendre de la drogue. Mais, ceux-ci ne savent pas à qui se confier pour des conseils et des appuis les aidant à concrétiser leur souhait.

Au-delà des préjugés de la société sur le profil drogué, la réinsertion difficile de certains, vivent dans l’ombre des milliers d’autres.

ONG ORFED ET LE COMBAT DE LA DROGUE

Donner un visage humain aux textes

 Le projet Plaidoyer pour une action parlementaire en faveur d’une meilleure politique de drogue au Mali est l’une des initiatives qui travaillent pour la drogue soit un débat citoyen.

Journée d’échange en ce mi 2018 du projet Plaidoyer pour une action parlementaire en faveur d’une meilleure politique de drogue au Mali avec la société civile et les médias. Le projet est en mise par l’ONG Orfed en partenariat avec le Réseau « osons parler de la drogue au Mali » avec l’appui financier d’Open society intiative for west Africa (Osiwa). Cette rencontre, qui intervient quelques mois plutôt après la rencontre avec les parlementaires de la commission santé à l’Assemblée nationale, a un double objectif : briser le tabou autour de la consommation de la drogue au Mali, et amener ces différents acteurs des organisations de la société civile à faire des propositions concrètes pour donner un visage plus humain aux textes en matière de politique de drogues au Mali.

Selon le coordinateur de ce projet, Cheick Abou Laïco Traoré, une révision du dispositif au Mali s’impose “La loi en vigueur est assez répressive et vétuste. Elle n’est adaptée au contexte mondial en pleine mutation sur la question”.

Traoré soutient l’adoption des textes de loi qui favorisent mieux une prise en charge humaine des toxicodépendants. Ce, intégrant une prise en charge de ces personnes dans le cadre de la santé publique.

DR SOULEYMANE DIT PAPA COULIBALY, PSYCHIATRE

Personne ne fréquentera un centre pour drogués

 Dans l’interview ci-dessous, Dr Souleymane dit Papa Coulibaly, psychiatre au Centre universitaire de Point G, explique qu’un centre spécialisé pour les usagers de drogue uniquement ne réglera pas le problème actuel.

 “Des structures qui n’offrent que de soins aux usagers de drogue ne seront pas fréquentés”, se convainc Dr. Souleymane dit Papa Coulibaly, psychiatre au Centre universitaire de Point G “Selon la conception populaire, un drogué correspond à quelqu’un qui a échoué sur tous les plans. Très généralement, quand il fait une rechute, on le rend responsable et l’abandonne”.

Dans de tel contexte, il est préférable, selon Dr Coulibaly, de trouver des centres intégrés à d’autres services et des systèmes de prise en charge intégré dans le système de santé globale. Pour lui, “le modèle doit être un centre multifonctionnel qui offre plusieurs paquets de soins à la fois selon les besoins de chacun. Ainsi l’usager ne sera vu comme des drogués”.

CENTRE PSYCHIATRIQUE DE POINT G EN CHIFFRE

Plus de 3000 nouveaux cas chaque année

 Le service psychiatrique est intégré dans les composants soins du CHU de Point G. Il s’occupe des soins et de la prise en charge psycho-sociale des patients.

Avec moins d’une dizaine de psychiatres, la structure reçoit plus de 3 000 nouveaux cas chaque année pour tous besoins confondus.

Au cours de 2018 le service a enregistré plus de 200 patients chez qui on a enregistré une consommation de drogue. Par an, les demandes de soins psychiatriques dues à l’abus des drogues, selon l’hôpital, dépassent les 5 %. Sur ce nombre, que 2 à 3 % ont accès aux services de traitement pour faute centre spécialisé de prise en charge.

TROIS QUESTIONS A Dr. Coulibaly, psychiatre

 Des organisations de la société civile de et l’Office central des stupéfiants plaident aujourd’hui en faveur de l’importation de la méthadone au Mali. En trois questions, Dr. Souleymane dit Papa Coulibaly, psychiatre, parle de ce produit encore interdit sur le marché.

C’est quoi une méthadone ?

Souleymane dit Papa Coulibaly : C’est un produit qui consommé va prendre l’apparence de la drogue sans pour autant mettre le sujet à risque. Elle s’adresse aux dépendants à l’héroïne. Le protocole de substitution est encadré par le spécialiste pour amener le patient à élaborer un projet de sortie définitif de la consommation. Il y a des gens qui seront à vie sur ce protocole. Pour l’instant, les spécialistes ne se sont pas prononcés sur son importation au Mali.

Cette interdiction n’exclut-elle pas certains dans le besoin ?

C.: La méthadone ne répond pas aux besoins de tous les consommateurs. Il s’agit des opiacés. On ne peut les négliger non plus. Il faut savoir que le médicament nécessite un circuit bien sécurisé. Des prestataires doivent être aussi formés dans la distribution sinon elle peut amener une addiction.

Les services de répression ont saisi de 2014 à 2017, plus de 10,50 kg d’héroïne. Est-ce que cette importation n’est pas une alternative pour revoir la situation des usagers déjà dans la dépendance ?

C.: La substitution ne règle pas tout le problème. Elle n’est qu’un élément à gérer dans la prise en charge parmi tout le paquet de la prise en charge. La prise en charge de la consommation de drogue est une situation qui se gère au cas par cas. L’urgence, c’est la création d’une unité de prise en charge intégrée avec des psychiatres et des addictologues. Après nous allons arriver à ça.

Réalisé par

Kadiatou Mouyi Doumbia

 

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Source : Maliweb

Maliweb

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