Mali: plus d’une centaine de civils tués pendant une visite du Conseil de sécurité au Sahel

Bamako, 23 mars 2019 (AFP) - Plus d'une centaine d'habitants d'un village
peul du Mali ont été tués samedi par des membres présumés de groupes de
chasseurs dogons, près de la frontière avec le Burkina Faso, en pleine visite
du Conseil de sécurité de l'ONU dans un Sahel en proie à la menace jihadiste.
Depuis l'apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe
jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les
Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre
cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement
l'agriculture, qui ont créé leurs propres "groupes d'autodéfense".
Ces violences ont coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l'ONU.
Samedi à l'aube, c'est un de ces groupes de chasseurs dogons présumés qui a
semé la désolation à Ogossagou-Peul, dans la zone de Bankass, près de la
frontière avec le Burkina Faso, tuant plus d'une centaine de villageois, selon
des sources concordantes.
Une mission composée d'un détachement de l'armée et des autorités locales
est arrivée sur place dans l'après-midi, selon une source de sécurité qui a
fourni un bilan d'"au moins 105 morts civils".
"Ce sont les chasseurs traditionnels qui sont accusés par les rescapés", a
souligné le préfet de Bankass, Boubacar Kané.
"Le bilan provisoire est de 115 morts, dont les éléments peuls du DDR
cantonnés dans le village de Ogossagou", a affirmé M. Kané à l'AFP. Il faisait
référence à l'extension au centre du pays depuis le début de l'année du
processus de "désarmement, démobilisation et réinsertion" (DDR) prévu par
l'accord de paix de 2015 pour les combattants de groupes armés.

- Assaillants "habillés en chasseurs" -

Ce bilan a été confirmé par le maire de la localité voisine de Ouenkoro,
Cheick Harouna Sankaré qui s'est demandé pourquoi l'armée malienne "ne
démantèle pas" les camps des groupes de chasseurs.
L'association de défense des droits des populations pastorales Kisal, qui
avait signalé des "exactions perpétrées contre la communauté peule par des
hommes armés habillés en chasseurs dans le cercle de Bankass", a annoncé un
bilan d'"au moins 115 Peuls tués à Ogossagou/Bankass". Parmi eux, "le chef du
village et sa famille, le marabout Bara Sékou Issa et toute sa famille", selon
l'association.
Selon des témoins, les cases du village ont été incendiées.
L'attaque se produit six jours après un attentat jihadiste à Dioura, dans
la même région mais beaucoup plus au nord, contre un camp de l'armée malienne,
qui a perdu 26 hommes, selon un dernier bilan de source militaire.
Dans un communiqué de revendication vendredi, la principale alliance
jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda justifie l'opération de Dioura par les
"crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices
qui le soutiennent contre nos frères peuls".
Après avoir été reçus vendredi par le président Ibrahim Boubacar Keïta, les
ambassadeurs des 15 pays siégeant au Conseil de sécurité ont rencontré samedi
les signataires de l'accord de paix de 2015 puis le Premier ministre Soumeylou
Boubèye Maïga, avec lequel ils ont notamment évoqué la situation dans le
centre du pays, selon l'ONU.

- "Violences communautaires exacerbées" -

Dans un rapport publié le 5 mars, le secrétaire général de l'ONU Antonio
Guterres affirme que "les six derniers mois ont enregistré davantage
d'avancées que le reste de la période écoulée depuis la signature de l'Accord
en 2015", grâce selon lui à "la pression internationale, notamment la
perspective de sanctions".
Mais "la menace, qui continue de se propager du nord vers le centre du
Mali, détourne l'attention de l'Accord et en complique la mise en oeuvre",
souligne-t-il.
"Avec l'expansion des groupes extrémistes, qui exacerbe les violences
intercommunautaires, la multiplication des explosions touchant les forces de
sécurité et les civils et l'accroissement du nombre de personnes déplacées, la
situation en matière de sécurité devient plus complexe dans le centre du
Mali", selon le rapport.
Interrogé sur la récente recrudescence des attaques jihadistes, dont celle
de Dioura, le chef d'état-major français, le général François Lecointre,
interviewé cette semaine au Mali par l'AFP et RFI, y a vu "la réaction de
quelqu'un qui se sent acculé", après des coups "très puissants portés par (la
force antijihadiste française) Barkhane et ses alliés".
Le très lourd bilan de l'attaque de Dioura a provoqué l'ire des familles de
militaires maliens, bien que le gouvernement ait décrété un deuil national de
trois jours à partir de vendredi et que le président Keïta ait prévenu les
chefs de l'armée qu'"aucune négligence ne saurait plus être tolérée".
Des centaines d'épouses et d'enfants de soldats ont ainsi éconduit jeudi à
Nioro (ouest) le chef d'état-major de l'armée de terre venu présenter ses
condoléances et manifesté vendredi à Ségou et Sévaré (centre) pour dénoncer la
mort de militaires et réclamer davantage de moyens pour l'armée.
sd-kt-sst/mrb

Source : aBamako

aBamako

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