Mali: au moins une cinquantaine de civils tués pendant une visite du Conseil de sécurité au Sahel (PAPIER GENERAL-ACTUALISATION)

Bamako, Au moins une cinquantaine d'habitants d'un village peul du Mali ont été tués samedi par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons, près de la frontière avec le Burkina Faso, en pleine visite du Conseil de sécurité de l'ONU dans un Sahel en proie à la menace
jihadiste.

Depuis l'apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs propres "groupes d'autodéfense".

Ces violences ont coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l'ONU.

Samedi à l'aube, c'est un de ces groupes de chasseurs dogons présumés qui a semé la désolation dans le village d'Ogossagou-Peul, dans la zone de Bankass, près de la frontière avec le Burkina Faso, tuant au moins une cinquantaine de personnes, selon des sources concordantes.

"Au moins cinquante civils peuls ont été tués samedi dans le village d'Ogossagou", a affirmé à l'AFP une source de sécurité malienne précisant que les chasseurs traditionnels avaient attaqué à coups de fusil et de machette.

Ce bilan a été confirmé par le maire de la localité voisine de Ouenkoro, Cheick Harouna Sankaré, qui a dénoncé "un massacre de civils peuls par des chasseurs traditionnels dogons" sedemandant pourquoi l'armée malienne "ne démantèle pas" les camps des groupes de chasseurs.

L'association de défense des droits des populations pastorales Kisal, a pour sa part fait état de "plusieurs dizaines de morts dont le chef du village et sa famille, le marabout Bara Sékou Issa et toute sa famille".

L'attaque se produit six jours après un attentat jihadiste à Dioura, dans la même région mais beaucoup plus au nord, contre un camp de l'armée malienne, qui a perdu 26 hommes, selon un dernier bilan de source militaire.

Dans un communiqué de revendication vendredi, la principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda justifie l'opération de Dioura par les "crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre nos frères peuls".

- "La menace se propage" -

Après avoir été reçus vendredi par le président Ibrahim Boubacar Keïta, les ambassadeurs des 15 pays siégeant au Conseil de sécurité ont rencontré samedi les signataires de l'accord de paix de 2015 puis le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, avec lequel ils ont notamment évoqué la situation dans le centre du pays, selon l'ONU.

Dans un rapport publié le 5 mars, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres affirme que "les six derniers mois ont enregistré davantage d'avancées que le reste de la période écoulée depuis la signature de l'Accord en 2015". Selon le rapport, "la pression internationale, notamment la
perspective de sanctions", a "largement contribué à accélérer le processus".

Mais "la menace, qui continue de se propager du nord vers le centre du Mali, détourne l'attention de l'Accord et en complique la mise en oeuvre", souligne-t-il.

"Avec l'expansion des groupes extrémistes, qui exacerbe les violences intercommunautaires, la multiplication des explosions touchant les forces de sécurité et les civils et l'accroissement du nombre de personnes déplacées, la situation en matière de sécurité devient plus complexe dans le centre du Mali", selon le rapport.

Interrogé sur une récente recrudescence des attaques jihadistes au Mali, dont celle de Dioura, le chef d'état-major français, le général François Lecointre, en visite dans le pays cette semaine, considère que "c'est précisément parce qu'on est allés chercher l'ennemi dans ses derniers
retranchements qu'il réagit aussi brutalement".

"Ces attaques très symboliques, qui font suite à des coups durs très puissants portés par (la force antijihadiste française) Barkhane et ses alliés, sont la réaction de quelqu'un qui se sent acculé, a-t-il déclaré dans
une interview à l'AFP et RFI, tout en soulignant que "l'ennemi n'est pas défait en un an et demi ou en deux ans".

Le très lourd bilan de l'attaque de Dioura a provoqué l'ire des familles de militaires maliens, bien que le gouvernement ait décrété un deuil national de trois jours à partir de vendredi et que le président Keïta ait prévenu les chefs de l'armée qu'"aucune négligence ne saurait plus être tolérée".

Des centaines d'épouses et d'enfants de soldats maliens ont exprimé leur ressentiment envers le commandement, en éconduisant jeudi à Nioro (ouest) le chef d'état-major de l'armée de terre venu présenter ses condoléances et en manifestant vendredi à Ségou et Sévaré (centre) pour dénoncer la mort de militaires et réclamer davantage de moyens pour l'armée.

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Source : aBamako

aBamako

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