Gouvernance socio-économique et judiciaire : Madou Coulou peut-il échapper aux griffes des magistrats?

Le président du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), Mamadou Sinsy Coulibaly, s’est lancé dans une croisade contre la corruption. Mission appréciable, sauf qu’en y pourfendant aussi frontalement l’un des magistrats chevronnés du pays, il aura donné un coup de pied risqué dans une fourmilière…

-Maliweb.net – Comme investi d’une sorte de mission de salubrité publique, celle d’éradiquer ou de freiner la corruption, le plus grand fléau du Mali de ces vingt dernières années, le patron des patrons maliens, Mamadou Sinsy Coulibaly dit « Madou Coulou » n’hésite pas, depuis un moment à se faire entendre.

En taclant sévèrement un chef d’une institution de la République et non des moindres, le président de la Cour suprême, Nouhoum Tapily, ce chef d’entreprises a peut-être marqué des points, mais semble avoir lancé un caillou dans un essaim d’abeilles. En qualifiant Nouhoum Tapily de « fonctionnaire le plus corrompu du Mali, le plus dangereux, le plus meurtrier, un individu infâme… le plus grand arnaqueur… le plus grand danger de la République », Madou Coulou a, semble-t-il, agressé un lion, un véritable roi de la forêt de la justice. Nouhoum Tapily, qui est peint comme l’un des fossoyeurs du secteur privé à travers la corruption, des formes de rackets ou de pot-de-vin bénéficie du soutien et de la solidarité totale de ses collègues magistrats. Cela ne se fait sentir par une mobilisation des syndicats et associations du corps de la magistrature. Cette levée de bouclier semble promettre l’enfer au patron des patrons du Mali. De nombreux magistrats regroupés au sein de l’Union internationale des magistrats (UIM), la Référence syndicale des magistrats (REFSYMA), l’Association des jeunes magistrats (AJEUMA) et peut-être les syndicats SAM et SYLIMA) promettent laver l’affront à eux fait par le richissime chef d’entreprises. Ils annoncent soutenir avec détermination toute action que Nouhoum Tapily entreprendra pour, pourrait-on dire, sanctionner ce crime de lèse-magistrat. Vers un triste sort à Madou Coulou ! Qui pourra le sortir des griffes des praticiens du Droit, qui avaient récemment tenu la dragée haute au gouvernement à travers deux séquences de grèves illimitées ? Quelle mouche a pu piquer Mamadou Sinsy Coulibaly pour qu’il n’ait pu utiliser la pédale douce dans son …réquisitoire ? Comment a-t-il pu enfoncer le clou sur un présumé caractère détestable du président de la Cour suprême en osant un « On va lui demander de partir de lui-même ou l’obliger… » ? A-t-il franchi le rubicond dans sa lancée verbale qualifiée de règlement de compte personnel » ? Les magistrats ne décolèrent plus et pourraient se coaliser contre le patron des patrons maliens. IBK, son ami, pourra-t-il lui venir au secours ? Ses pairs du secteur privé ou du patronat pourront-ils le défendre à travers la pétition demandant la démission de tapily ? Difficile de le dire dans la mesure où le chef de l’Etat a, lui-même, des raisons de se méfier du pouvoir judiciaire, trop jaloux de son indépendance…

Le président du secteur privé malien dit qu’il s’est donné le devoir de nettoyer les écuries d’Augias du pays en matière de mauvaise gouvernance. Et il compte sur l’accompagnement des populations. « Si j’échoue, la corruption va continuer dans ce pays et il n’y fera pas bon vivre », a-t-il déclaré devant des cadres d’entreprise, des politiques, des acteurs de la société civile, des journalistes, des jeunes et de nombreuses personnes.

Et Mamadou Sinsy Coulibaly de déplorer le manque de résultat de la structure phare de lutte contre la corruption au Mali, l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI). Le président du CNPM est ainsi, selon bien d’observateurs, en opération de séduction des populations contre cette gangrène qu’est la corruption et l’enrichissement illicite. Et le discours révélant un engagement à une cause nationale qu’il tient peut le conduire à des sacrifices. Jusqu’à ce faire « déchirer » par les juges ? Lui qui avait fait la prison, voudra-t-il se sauver devant les rigueurs d’une éventuelle poursuite pour diffamation, injures ?… « J’ai été en prison parce que j’ai libéré le journalisme, j’ai libéré la presse dans ce pays… », a-t-il rappelé, visiblement admiré par l’assistance. Cela suffit-il pour que le milliardaire malien se mette à dos le troisième pouvoir au sein de la République ? Comment va-t-il, le cas échéant, se sortir d’une riposte des détenteurs des clés de l’appareil judiciaire dans le contexte de crise?

Par ailleurs, l’on se demande si le président du CNPM est piqué par le virus de la politique. Lorgnerait-il une stratégie de victimisation porteuse de chance pour briguer le fauteuil du président de la République en 2023 (fin du second mandat d’IBK) ? La question se pose avec insistance depuis quelques heures à Bamako. Madou Coulou envisage-t-il un destin d’un Patrice talon du Bénin ? Le patron du CNPM, lui, exhibe sa connaissance de la sphère gouvernementale et des rouages de l’Etat. «J’ai accès à tous les membres du gouvernement…Tout le gouvernement adhère à cette lutte contre la corruption. Que ce soit le Premier ministre ou les tous les ministres, tous sont d’accord pour lutter efficacement contre la corruption », déclare-t-il comme pour dire qu’il a l’onction sibylline des plus hautes autorités. Surtout que ce self made man, l’un des plus riche du Mali, est un ami du président IBK. Après avoir été, un moment, jugé proche de l’opposant Soumaïla Cissé, Madou Coulou a fini par s’investir dans la campagne pour la réélection d’IBK au palais présidentiel de Koulouba, l’année dernière. Un cliché qui ressemble à celui de l’actuel président béninois, Patrice Talon, gros bonnet du secteur privé de son pays avant de battre Yayi Boni à la présidentielle d’il y a deux ans.

Il faut signaler toutefois que du côté des magistrats, M. Coulibaly a lancé une pierre dans une fourmilière en s’attaquant de manière aussi frontale à l’un des leurs, qui plus, président de la Cour suprême du Mali. Certains magistrats estiment que le président du patronat malien est en pur « règlement de compte personnel » pour avoir un dossier géré en sa défaveur au tribunal de commerce… Et un juge de l’intérieur du pays de s’interroger : « Pourquoi M. Coulibaly n’a-t-il pas dénoncé preuves à l’appui de ses accusations, M. Tapily devant l’Inspection des services judiciaires ?». Les magistrats que l’on sait très solidaires s’apprête à publier un communiqué pour en sorte répondre au chef des chefs d’entreprises du Mali. Une véritable guerre ouverte entre pouvoir financier et pouvoir judiciaire en perspective.

Mais, en attendant, le patron du secteur privé malien, lui, ne se prive pas d’indiquer avoir « travaillé », avec des fortunes diverses, avec les anciens présidents du Mali. Aujourd’hui, a-t-il souligné, il est en train de « monter une stratégie », celle de traquer corrupteurs et corrompus. Une stratégie très appréciée au Mali. Et peut aider à prendre une ascension vers la colline du…pouvoir politique.

Boubou SIDIBE/Maliweb.net

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Source : Maliweb

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