La guerre au Mali est d’abord une guerre contre nous-mêmes

Ancien Premier ministre du Mali, Moussa Mara plaide pour que les dirigeants politiques n'éludent plus les causes profondes de la crise dans lequel le pays est plongé depuis sept ans. Et à prendre leur part de responsabilité.

À poser un mauvais diagnostic, il est certain qu’on proposera un traitement inadéquat. La crise multidimensionnelle dans laquelle nous sommes embourbés depuis sept ans offre une bonne illustration de ce constat.

Nous nous focalisons trop souvent sur les conséquences et manifestations de la crise plutôt que sur ses causes et racines profondes. Quand on s’essaye à l’analyse, on se trompe de diagnostic et on se perd dans des viatiques et des évidences commodes.

Théories du complot et pompiers pyromanes
Nous sommes ainsi devenus de fervents adeptes des théories du complot, souvent fomentées de l’extérieur avec des puissances étrangères à la manœuvre. Complots dont la motivation varie selon les orientations de ceux qui les « révèlent ». Comme jadis sous d’autres cieux. Comme souvent pour nous dédouaner de nos errements ou pour trouver des explications simples à des situations complexes.

Il ne sert donc pas à grand-chose de pointer les autres du doigt. Il n’est pas non plus efficace de se focaliser sur les terroristes supposés ou réels car ces derniers ne font qu’exploiter nos failles. Ils existent parce que nous avons offert un cadre propice à leur apparition et à leur installation.

LE POMPIER DEVIENT LE PIRE DES PYROMANES QUAND IL DONNE UN BLANC-SEING AUX CHASSEURS TRADITIONNELS, LES LAISSE ÉTABLIR DES CAMPS ET RÉGLEMENTER LA VIE PUBLIQUE

Dans la même veine, il n’est pas constructif de monter les citoyens et les communautés les uns contre les autres, d’armer des milices pour se « défendre » et de tourner le regard quand elles utilisent ces armes pour attaquer, voler, piller et régler de vieux comptes.

Le pompier devient le pire des pyromanes dans cette posture. Comme il l’est quand il donne un blanc-seing aux chasseurs traditionnels, les laisse établir des camps et réglementer la vie publique dans de nombreuses zones de Macina ou de Djenné. Cela n’ouvrira que des brèches entre nous, élargissant encore plus le fossé entre Maliens.

Séparatisme et instrumentalisation
Nous nous éloignons ainsi des vraies causes et donc des solutions durables aux problèmes du Mali. Il devient impératif pour nous d’essayer l’exercice difficile d’adresser les causes profondes de nos malheurs, de situer nos responsabilités pour espérer identifier quelques solutions pertinentes.

Source : aBamako

aBamako

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