Commission Vérité, Justice et Réconciliation : Que fait cette structure stratégique depuis sa création?

Le président Ousmane Oumarou Sidibé et son équipe sont à pied d’œuvre pour le recueil des dépositions et leur analyse, la cartographie des graves violations des droits de l’Homme, la recherche des causes profondes des conflits et l’écoute des grands témoins.

Depuis 1960, le Mali a connu plusieurs rebellions armées et coups d’Etat, qui ont entrainé chacun leur lot de violations de droits de l’Homme, occasionnant des souffrances énormes pour certains de nos compatriotes. De manière spécifique, pendant la crise de 2012, de graves violations des droits humains ont été signalées par plusieurs rapports d’ONG et d’associations (assassinats, enlèvements de personnes, tentatives d’enlèvements, menaces, disparitions, viols, amputations, flagellations, destructions de patrimoines culturels, atteintes à l’intégrité physique, maltraitances psychologiques, destructions et extorsions de biens, etc).

Les violations des droits de l’Homme appellent la mise en place de mécanismes holistiques de recherche de la vérité et de réparations, destinés à garantir la réconciliation et la non-répétition. C’est pour aider le Mali à dépasser cette crise multidimensionnelle, à travers un travail complet de traitement du passé que la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), a été créée. Au terme de l’article 2 de l’ordonnance n°2014-003/P-RM du 15 janvier 2014, la CVJR a pour mission de « contribuer à l’instauration d’une paix durable à travers la recherche de la vérité, la réconciliation et la consolidation de l’unité nationale et des valeurs démocratiques ».

Un peu plus de quatre ans après sa création, quel est le travail abattu sur le gigantesque chantier de la réconciliation dans notre pays par cette structure stratégique ? Qu’en est-il de la recherche de la paix et de la vérité ? Quelle est la période couverte par structure dans sa tâche ? Quelles sont les contraintes et les difficultés auxquelles est confrontée la CVJR ? Quid des perspectives ? Nous avons rencontré le président de la CVJR, Ousmane Oumarou Sidibé, pour obtenir des éléments de réponses à ces questions.

Il convient de préciser d’entrée de jeu qu’au terme de l’article 5 de son règlement intérieur, les violations graves des droits de l’Homme retenus par la CVJR, conformément aux conventions internationales ratifiées par le Mali et au droit national, incluent notamment les meurtres et les exécutions arbitraires, les enlèvements et les séquestrations, l’enrôlement forcé et la tentative d’enrôlement, l’enrôlement d’enfants soldats. S’y ajoutent le viol et d’autres violences sexuelles, les pillages, le vol, la destruction des propriétés, les disparitions forcées, la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants ainsi que la destruction du patrimoine culturel.

Dans le domaine de la recherche de la vérité, la CVJR, selon son président, a réalisé différentes activités relatives au recueil des dépositions et à leur analyse, à la cartographie des graves violations des droits de l’Homme, à la recherche des causes profondes des conflits et à l’écoute des grands témoins.

Ousmane Oumarou Sidibé a révélé qu’à la date du 21 janvier 2019, en tout 10.999 victimes avaient fait leurs dépositions dans les antennes et auprès des équipes mobiles. Il a ensuite rappelé que la Commission a mis en place et gère une base de données sur les victimes et les témoins. A ce propos, a-t-il ajouté, à la date du 21 janvier 2019, 9.626 formulaires étaient saisies contre 7.168 fiches numérisées.

Toujours dans le cadre de la recherche de la vérité, la CVJR a réalisé une étude sur les causes profondes des conflits au Mali de 1960 à nos jours. Les résultats permettront de faire des recommandations réalistes dans le but de garantir la non-récurrence des crises dans notre pays. « La CVJR considère ce rapport comme une ressource qui alimentera ses réflexions et nourrira ses recommandations. Dans ce cadre, sa substance sera affinée par des analyses internes et complétée par l’écoute des ‘’grands témoins’’, ainsi que les résultats de la ‘’Conférence d’entente nationale’’ », a précisé l’ancien ministre Ousmane Oumarou Sidibé.

La CVJR a entrepris également une écoute des grands témoins des grandes crises que le pays a connues. Ces écoutes ont concerné 63 personnalités vivant sur toute l’étendue du territoire. Les témoins ont été choisis sur plusieurs thèmes dont les coups d’Etat, les rebellions, les sècheresses, les violations des droits de l’Homme recensées, etc. Aux dires de notre interlocuteur, ces écoutes ont pour objectif de connaitre les causes profondes des crises cycliques au Mali. Le rapport d’écoutes permettra de décider d’une liste de témoignages clés pour les audiences publiques et de proposer des recommandations pour le rapport final de la CVJR.

Sur le chapitre de la réparation au profit des victimes, Ousmane Oumarou Sidibé a rappelé que le droit à la réparation des dommages causés aux victimes est l’un des principes essentiels de la justice transitionnelle dont la concrétisation est une opération complexe. C’est pourquoi, a-t-il énoncé, la CVJR travaille activement à la finalisation d’une politique de réparation en faveur des victimes. En attendant les réparations que la CVJR recommandera à la fin de son mandat, elle conduit des actions d’aide médicale et/ou psychologique à l’intention des victimes qui sont dans un besoin urgent d’accompagnement. Ainsi, pour l’accompagnement psychologique, l’expert de la CVJR a dispensé, dans les régions, des entretiens individuels à 122 victimes, à leur demande. Ces victimes sont en majorité des femmes présentant des traumatismes.

Évoquant les perspectives, le patron de la Commission a annoncé la réalisation des enquêtes qui permettront de déterminer la nature, les causes et le contexte de ces violations en les situant dans le contexte global de l’histoire sociale, économique et culturelle du Mali de 1960 à 2013, et en accordant une attention spéciale à l’expérience spécifique des femmes (y compris les violences sexuelles), des enfants (y compris les enfants soldats), et des groupes vulnérables (y compris les personnes handicapées ou âgées).

Dans ce même volet, complètera-t-il, figurent les audiences publiques qui constituent une opportunité unique pour les citoyens d’apprendre des expériences des victimes, témoins et survivants de violence de masse, mais aussi une occasion pour les victimes d’être reconnues dans leur dignité et soutenues dans leur processus de guérison.

Source : aBamako

aBamako

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