Projet de révision constitutionnelle : La classe politique boude IBK !

Sept mois après le début de son second mandat, IBK relance (de nouveau) « son » fameux projet de révision de la Constitution. Si la classe politique s’accorde sur la nécessité d’opérer des changements à la Constitution de 92, beaucoup de divergences demeurent.

A cet effet, le Président de la République a entamé une série de consultations avec la classe politique et une partie de la société civile. Le Front pour la sauvegarde de la Démocratie (FSD) et la Coalition des forces Patriotiques (COFOP), tous deux regroupements de partis membres de l’opposition, ont boudé l’invitation d’Ibrahim Boubacar Keïta. La raison : ils exigent l’ouverture d’un dialogue sur la vie de la nation, ainsi que les nombreuses crises qui secouent actuellement notre pays. Alors des questions fusent sein de la classe politique malienne et même de l’opinion : pourquoi IBK tient-il, vaille que vaille, à cette révision constitutionnelle ? Obéit-il à des injonctions extérieures ? Veut-il faire plaisir à une minorité alors que la majorité du pays réclame autre chose qu’une révision constitutionnelle ? Le chef de l’Etat a-t-il réellement conscience des dangers qui menacent l’existence même du pays ?

Après la gigantesque manifestation du 5 avril dernier à Bamako où des centaines de milliers de citoyens ont exprimé leur ras-le-bol à l’adresse du pouvoir en place. Le chef de l’Etat, Ibrahim Boubacar Keita a entamé une série de rencontres avec des responsables de partis politiques pour les soumettre l’avant-projet de texte de révision constitutionnelle.

Si certains leaders politiques comme Modibo Sidibé (Fare Anw Ka Wuli), Amadou Thiam (ADP-Maliba), Modibo Kadjoké (Pacte malien pour la refondation) et Abdoulaye Diarra (YELEMA) ont répondu à l’appel du chef de l’Etat, ils ont, cependant, émis beaucoup de réserves sur le processus engagé par le gouvernement. Aussi, des voix se sont élevées, au terme de ces rencontres, pour mettre en garde le chef de l’Etat sur l’opportunité de cette révision au moment où le Mali traverse une triple crise : sécuritaire, sociale et économique.

Pour Modibo Sidibé, président des FARE, la réforme est certes indispensable, mais elle doit faire l’objet d’un dialogue national. L’ancien premier ministre est convaincu que : « La seule et vraie exigence de l’heure, est de dégager des perspectives solides de sortie de crise, de restaurer la confiance des maliens de l’intérieur et de l’extérieur en eux-mêmes et en leur Etat, car le processus qui conduira le Mali à une véritable sortie de crise structurelle, durable et refondatrice ne pourra faire l’économie d’un traitement de fond de l’ensemble des causalités ayant engendré la crise ».

Abdoulaye Diarra, 1er vice-président de YELEMA, a rappelé que son parti adhère à l’idée de la révision de la loi fondamentale. D’ailleurs, ce parti n’a jamais été en marge des tentatives de révisions précédentes. Mais, une précision : « il faut impliquer toutes les forces vives du pays et «qu’on donne le temps au temps pour impliquer la majorité des Maliens». YELEMA est par ailleurs disposé à aider le chef de l’Etat pour que cet exercice de révision puisse atteindre les objectifs escomptés.

Le député Amadou Thiam, président de l’ADP-Maliba, a également salué cette initiative du président Keïta qui, estimera-t-il, affiche ainsi une réelle volonté d’ouvrir le dialogue. Il a témoigné que les efforts d’inclusivité au sommet de l’Etat sont réels par rapport à cette révision constitutionnelle. «Mais, les Maliens demandent beaucoup plus d’inclusivité», a-t-il déclaré, promettant que son parti fera l’analyse qu’il faut de cet avant-projet et «nous vous ferons le retour».

Modibo Kadjoké, président du Pacte malien pour la refondation, a bouclé la série des interventions. Pour lui, la pertinence de cette révision ne souffre d’aucune ambigüité. Il a estimé que la priorité est de «travailler à la sécurité des populations, à rassembler les Maliens». Il a appelé le chef de l’Etat à plus d’inclusivité et l’a exhorté à écouter d’avantage le peuple.

La démarche du gouvernement au sujet de la réforme constitutionnelle est également contestée par la CNAS Faso-Hère de l’ancien premier ministre Soumana Sacko. « Au regard de la situation actuelle de notre pays, le président de la République est déjà en violation flagrante de l’article 118 de la constitution en engageant la procédure de révision constitutionnelle et lui demande instamment d’y renoncer pour éviter à notre peuple déjà fort meurtri toutes nouvelles convulsions dont il n’a nul besoin », indique la CNAS Faso-Hère dans un communiqué.

Les regroupements de l’opposition disent NON

D’autres formations et regroupements politique et non des moindres ont préféré décliné l’invitation d’Ibrahim Boubacar Keita.

En effet, le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) et la Coalition des Forces Patriotiques (COFOP) ont décidé de boycotter la rencontre de Koulouba qualifiée de folklorique au moment où le pays est au bord de l’implosion.

Les deux regroupements politiques estiment que l’urgence est ailleurs. Housseini Amion Guindo de la Cofop a expliqué leur boycott par la démarche d’IBK qui a refusé l’inclusivité du processus en amont, l’existence d’autres priorités comme la crise scolaire et surtout la dégradation de la situation sécuritaire. « Il n’est pas réfléchi de penser à un referendum quand partout le pays brûle » La deuxième raison, selon lui, est que cette révision constitutionnelle n’est pas une priorité actuellement. « Le pays a d’autres priorités et nous avons dit ces priorités au président : c’est l’actualité. Le président, au lieu de nous parler de comment il va sortir le pays de cette situation, veut nous soumettre un projet de révision constitutionnelle comme pour toute réponse à la crise actuelle du pays », a expliqué l’ancien ministre.

Même ton du côté du FSD qui reproche au président de la République de mépriser l’opposition qui a toujours clamé l’ouverture de dialogue national inclusive. En effet, le principal regroupement de l’opposition accuse IBK et le gouvernement de mettre la charrue avant les bœufs au sujet de la réforme constitutionnelle, notamment nécessaire pour appliquer des dispositifs de l’accord de paix d’Alger.

Explications du président du Front pour la sauvegarde de la démocratie, Soumaïla Cissé : « Toute réforme doit provenir de ce dialogue politique, parce que les réformes institutionnelles sont d’abord politiques. Et nous estimons que c’est une fuite en avant, c’est un déni de réalité, c’est un manque de responsabilité. Et cela démontre à suffisance que monsieur Ibrahim Boubacar Keïta, jusqu’à présent, n’a pas la mesure réelle de la situation que vit le Mali».

Pour le regroupement de l’opposition, la priorité doit être au dialogue : « L’urgence est au dialogue politique national inclusif ! C’est ce qui explique notre réponse ferme au comité d’experts. Une réponse claire : pour nous, le préalable est et demeure l’organisation d’un dialogue national inclusif », ajoute le président du FSD.

A l’Etat actuelle de la situation, la question qui se pose est de savoir si ce projet ne subira pas le même sort qu’en 2017. À l’époque, IBK avait été contraint d’abdiquer face aux manifestations de la plateforme « Ante a Bana », « Touche pas à ma Constitution », qui regroupait l’opposition et des organisations de la société civile. Sous la pression populaire à un an de la fin de son mandat, Ibrahim Boubacar Keïta avait enterré son projet de révision constitutionnel, présenté comme indispensable à la modernisation des institutions et à la mise en œuvre de l’accord de paix d’Alger.

Mémé Sanogo

Source : aBamako

aBamako

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