Lettre à mon oncle Bass

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Cher oncle,

Bonjour !

Toutes mes excuses pour ne t’avoir pendant une si longue période, envoyé aucune lettre.

La misère tonton n’est pas toujours source d’inspiration. Elle nous plonge souvent dans le silence du stoïcisme. De cela, je viens d’en sortir, et, naturellement, point besoin de te dire que je n’ai pas été embarqué à bord de l’indésirable minibus noir. Puisque, de Lahara, nul… n’écrit. Walahi, bilahi, je jure ! Pour te dire aussi que dans la famille, tout va comme d’habitude. N’est-ce pas déjà une bonne nouvelle ?

En effet, grâce à ton colis de poisson fumé et les 12.500 FCFA (douze mille cinq cent) que tu nous as envoyés, grand-mère continue de poser la marmite sur le feu. Une fois par jour. Pour combien de temps ? S’en fout ! Seul le présent importe ! Demain, on verra. C’est bien là, la devise des Maliens de Fantambougou.

C’est donc déjà bien un privilège que de pouvoir s’assurer un repas par jour, car nombre de Maliens d’en bas ne mangent qu’une fois tous les trois jours. Mais que veux-tu Tonton ?

Quand une minorité de Maliens se tapent à eux seuls des centaines de millions de nos francs sur le dos de l’économie nationale, (et cela, en toute impunité), le grenier national ne sera jamais assez garni pour permettre à tous de manger. Ni même, une seule fois par jour. Or, comme tu le sais, la situation n’est pas pour changer demain ou après-demain ou même dans quatre ans, voire dans plusieurs années. Je le dis pian ! Parce que, c’est ça qui est ça !

Concernant la République, je dois te dire oncle Bass, qu’elle va mal, très mal.

Les salamandres bipèdes y sont devenues incontrôlables.

Elles assassinent au quotidien, mutilent brûlent et détruisent même dans nos hameaux.

C’est vrai que nos Fama et nos amis de Barkane et de la Minusma les combattent vaillamment (et souvent au prix de leur vie), mais les actions des lâches, ceux qui préfèrent la mort à la vie sont imprévisibles. Qu’Allah les maudissent ! Amen.

Aussi, la République croupit actuellement sous le poids des grèves et d’autres agitations sociales. Mais, c’est spécialement le problème de l’école qui coupe le sommeil aux autorités du pays et surtout aux Maliens d’en bas dont les petits ne partent plus à l’école. Contrairement à ceux d’en haut qui étudient dans d’autres pays et dans les meilleures Ecoles et Universités. Allah Akbar !

Dieu est grand, mais certains maliens ne sont pas petits.

A ces problèmes, mon pauvre Bass, s’ajoute cette implacable misère dans laquelle vit l’écrasante majorité des maliens.

Cette grave situation dans le pays a ainsi incité des milliers de maliens à répondre à l’appel de El Hadj Mohmoud Dicko, cet Imam politicien et populiste,. C’était le vendredi 5 avril dernier. La mobilisation a été impressionnante à Bamako et même à Kayes et Nioro dit-on.

Les manifestants réclamaient entre autres, la démission du premier ministre et le retour chez elles des ‘’forces internationales’’.

Chassez de notre pays les ‘’force internationales ? Ça va pas non ?

Faut-il préciser aux gueulards patentés que ces ‘’forces étrangères’’ sont celles (principalement les françaises) qui ont sauvé le Mali en Janvier 2013 et ont dans certains cas pour cela donné leur propre vie. De plus, c’est nos hautes autorités et la grande majorité des Maliens qui leur avaient fait appel.

Ces forces ‘’étrangères’’ cher Bass sont toujours sur le terrain aux côtés de nos Fama pour protéger la vie (en perdant souvent la leur) et les biens des maliens pendant que d’autres se la coulent douce où ils veulent.

L’ingratitude n’est pas digne d’un Malien. Soyons sérieux ! Je le dis pian !

A lundi prochain Inchallah !

Par ton petit Ablo.

Source : aBamako

aBamako

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