Un réquisitoire accablant contre la gestion sécuritaire, sociale, économique et financière du gouvernement Soumeylou Boubèye Maïga (texte intégral)

Merci Président,

Monsieur le Premier Ministre.

Notre nation est menacée de dislocation. Notre République est chahutée et rabaissée. Notre Démocratie est bafouée.

L’espoir d’un Mali émergent s’est envolé!

Le doute n’est plus permis, notre pays est ébranlé jusque dans ses assises profondes, en terme clair, il est menacé de disparition.

Sur le plan sécuritaire :

Les récentes tragédies de Ménaka, Kolongo, Dioura et Ogossagou, sont là pour nous démontrer que le Mali est devenu une zone d’insécurité maximale voir un no man’s land. L’année 2018 a compté 1348 morts civils et militaires, maliens et étrangers. En ce début d’année 2019 on compte déjà 584 morts, plus de 600 écoles fermées c’est inacceptable!

Aucun tour de passe ne saurait farder ou évacuer cette sinistre et macabre réalité.

Les milices armées prolifèrent et prospèrent au nord et au centre du Mali face. à un Etat impuissant et parfois bienveillant!

Notre sécurité a été sous-traitée à des groupes armés au nord comme au centre de notre pays. Toutes les bases et les points de ces groupes sont connus de tous: Des armes de guerre circulent impunément sur tout le territoire.

Que fait le gouvernement dans cet environnement dangereux?

Il brille par son absence et ne laisse d’autre choix aux populations que de combler ce vide.

Sur le plan social:

Tous les secteurs socio professionnels ont soit déposé des préavis de grève, soit observé des périodes de grève comme c’est le cas actuellement du corps enseignant. Cette grève récurrente des enseignants compromet dangereusement l’année scolaire 2018/2019. Le gouvernement campe sur sa position et ne veut rien céder au nom d’une gestion drastique.

Savez-vous seulement qu’une année blanche ne se rattrape qu’au bout de 10 ans dans un système comme celui du Mali?

Les femmes et les jeunes payent le plus lourd tribu à la précarité, au chômage et au non emploi.

Les minimas sociaux de base sont relégués aux oubliettes. Quel gâchis!

Cette crise sociale exacerbée est l’illustration parfaite de l’insouciance et de l’incompétence du gouvernement à conduire efficacement un dialogue social fécond.

Sur le plan économique et financier:

Le gouvernement répète à loisir que le Mali est la 3ème économie de l’UEMOA avec un produit intérieur brut de 16 milliards de dollars et un taux de croissance annuel de 5%. En réalité, nous sommes 3èmes à partir de la queue donc 6ème sur 8.

Cette propagande vise: à masquer une faillite financière sans précédent, imputable à la mauvaise gestion, à la mauvaise gouvernance du pays.

Réagissant à la grave crise qui couve, le Premier ministre a annoncé des mesures d’économie de 14 milliards de francs CFA sur le train de vie de l’État.

Si ces économies de 14 milliards se réalisaient, elles ne seraient qu’une goutte d’eau dans l’océan, du trou béant de 500 à 600 milliards de manque à gagner pour le budget d’État.

En 2018, malgré leur bonne volonté, les principaux services pourvoyeurs de recettes n’ont pas été en mesure d’atteindre les objectifs assignés: un manque à gagner de 32 pour les impôts, 33 pour les Douanes et 71 pour les Domaines selon les chiffres officiels communiqués aux parlementaires par le ministère des Finances. Sur les 253 milliards attendus des Domaines, seuls 86 milliards ont été collectés.

Ainsi la « pression fiscale »qui était presque de 16 en 2017 a chuté à moins de 12 faisant perdre au Mali 4 points. Que sont devenus ces centaines de milliards?

Au Togo, cet effort fiscal est de 26 %. Au Sénégal, il est de 21%

Voici quelques exemples d’évaporation financière qui interrogent:

– au niveau du secteur minier, les recettes fiscales sont passées de 48 milliards de francs CFA en 2016 à 8 milliards de francs CFA en 2018 alors que la production d’or n’a cessé d’augmenter.

Par ailleurs, dans ce secteur, aucun dividende n’a été versé à l’État (pourtant actionnaire) pendant la période écoulée.

En termes de dividende, le PMU n’a versé un sou à l’État en 2016 et 2017.

En 2014 et 2015, cette société avait versé à l’État actionnaire à 75 plus de 2, 635 milliards de francs CFA.

En 2016 et 2017 : zéro! 2018 : 460 millions de francs CFA alors que le chiffre d’affaires du PMU ne cesse de croître. Plus de 3 milliards et demi ont disparu.

Dans ces conditions, l’on peut expliquer aisément pourquoi les autorités sont incapables de payer la dette intérieure qui s’élève a au moins 200 milliards: de francs CFA avec comme conséquence immédiate l’asphyxie du secteur privé, pris à la gorge, entrainant la précarité et la morosité sociales, la fragilisation des banques, et l’érosion entre les acteurs; cette situation met en mal le bon fonctionnement de l’économie malienne.

Ainsi, s’explique aisément l’incapacité de l’État à respecter les engagements pris avec les partenaires sociaux.

2018 était, comme chacun le sait une année électorale. Elle a été une année de prédation et d’évaporation financières rarement connue dans ce pays.

Le FMI lui-même s’en inquiète et a fixé des délais fermes pour rétablir la situation. Au bord d’un effondrement financier aux conséquences imprévisibles, l’État malien a été incapable de payer sa quote-part pour assurer la couverture vaccinale des enfants contre les maladies.

C’est un pays frère et ami le Niger qui s’apprête à faire don au Mali de vaccins contre la tuberculose.

Nous pouvons affirmer sans hésitation que l’actuelle crise financière est la plus grave de toutes les crises auxquelles le Mali a été confronté. Elle résulte de la mauvaise gouvernance, de la mauvaise gestion et de la prédation des ressources publiques, engendrant un niveau de corruption jamais égalé dans notre pays.

Face à ces périls qui menacent dangereusement la pérennité de notre république et le confort de notre démocratie, face aux tendances liberticides du régime de plus en plus contesté, nous avons depuis 2013 prôné sans succès un dialogue national inclusif qui permettra à toutes les filles et fils de ce pays de se parler et décider ensemble de ce qui convient le mieux pour conjurer ce sort funeste et poser ensemble les jalons d’un avenir meilleur.

Ce dialogue national est souhaité et attendu par toutes les maliennes et tous les maliens (femmes, hommes, jeunes, vieux, Syndicats, chômeurs travailleurs religieux) comme une bouée de sauvetage d’un radeau en perdition!

Votre Gouvernement a échoué à rassembler les maliens.

Au contraire il les a divisés!

L’adresse à la Nation du Président de la république du 16 avril 2019 et les’ mesures correctives annoncées en catastrophe, illustrent de manière exhaustive l’échec patent de votre gouvernance,

-échec du plan de sécurisation des régions du centre!

-échec de votre politique sociale vis à vis des travailleurs, des déplacés et des services sociaux de base!

-échec de votre cadre de concertation national mis en place auprès du ministère de l’administration territoriale!

-échec de la mise en place au forceps de votre comité d’experts pour la révision constitutionnelle sans un accord politique inclusif préalable!

Bref cette adresse à la Nation est un désaveu cinglant et sonne le glas de votre politique pseudo volontariste faite de poudre aux yeux et d’effets d’annonce sans lendemains!

Le dialogue national est exigé par le peuple souverain du Mali.

Face à l’incompétence avérée et à l’incurie de ce Gouvernement à répondre aux aspirations profondes du peuple malien;

Face à ces fuites multiples et répétées de responsabilité; Face au risque d’effondrement du Mali devant tant de gâchis;

Est venu le temps du sursaut salvateur pour changer cette gouvernance calamiteuse qui a montré ses limites- et créer les conditions de la stabilité politique, sécuritaire, sociale, économique et financière de notre pays.

Bamako, le 19 avril 2019

Le Président du Groupe VRD

Honorable Amadou MAIGA

Source : aBamako

aBamako

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