Le Mali brûle-t-il?

Après le drame d'Ogossagou ayant fait 160 victimes civiles peules, Sputnik France s'est entretenu avec Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne de l'IFRI. En pleine déliquescence, l'État malien, qui était déjà la proie de groupes terroristes, tente par tous les moyens de lutter contre la recrudescence de violences communautaires.

Le drame d'Ogossagou n'en finit pas de secouer le Mali: les conséquences de ce massacre de 160 civils peuls dans ce village situé en territoire dogon, près de la frontière avec le Burkina Faso, le 23 mars dernier, viennent d'atteindre le sommet de l'État malien.
Un massacre qui a ému la communauté internationale et choqué les Maliens: la plus jeune victime était âgée d'à peine huit mois. Peuls et Dogons ont d'ailleurs manifesté côte à côte à Bamako pour protester contre la recrudescence des violences communautaires.

Des violences qui ont coûté son poste au Premier ministre du Mali, Soumeylou Boubèye Maïga. Pourtant précédé de la réputation de «maître-espion», son bilan sécuritaire a été jugé désastreux et il était devenu la tête de Turc des dignitaires religieux du Haut Conseil islamique (HIC) et d'une coalition de politiciens. Il a donc été remplacé le 22 avril par Boubou Cissé, ministre sortant de l'Économie et des Finances. Le Président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) lui a donné pour mission de former un gouvernement «de large ouverture», selon un communiqué officiel.

Après avoir obtenu le départ du Premier ministre, le Président du HIC a également dû céder son fauteuil. Atteint par la limite des trois mandats, le très conservateur et wahhabite imam Mahmoud Dicko a été remplacé dimanche 21 avril par Chérif Ousmane Madani Haïdara, un prêcheur au profil moins tranché.

Libéré de ses obligations et fort d'une capacité de mobilisation considérable, Mahmoud Dicko pourrait se lancer en politique. Il ferait ainsi planer le spectre d'un nouveau parti islamiste au Mali et d'un éventuel scénario à l'algérienne, quand le FIS (Front Islamique du Salut) avait failli prendre le pouvoir par les urnes en 1991.

Lors d'une allocution télévisée très attendue, mardi 16 avril, le Président IBK s'est directement adressé à la nation afin de calmer la grogne sociale. Parmi les mesures sécuritaires annoncées, il a promis «plus de militaires dans le centre du Mali», où s'est déroulée la tuerie, ainsi que le soutien renforcé de partenaires tels que la MINUSMA, la force de maintien de la paix de l'Onu et Barkhane, l'opération militaire française déployée au nord du Mali depuis 2013.

«Les violences communautaires ne peuvent s'ajouter à celles des groupes terroristes», a déclaré le Président Ibrahim Boubacar Keita après les manifestations du 5 avril à Bamako, organisées contre l'insécurité grandissante dans le pays, assurant que l'État malien allait sévir contre «toutes» les milices.

À ces annonces s'ajoutent des mesures financières: un fonds d'intervention d'un milliard de francs CFA (1,5 million d'euros) pour tous ceux qui sont en détresse du fait de l'insécurité qui règne dans cette région et le déblocage de 12 milliards de francs CFA (18,2 millions d'euros), affectés aux services sociaux de base. Pour contenir la grogne sociale, qui s'est rajoutée aux affrontements intercommunautaires, principalement entre Peuls et Dogons, il a également promis de débloquer le salaire des enseignants grévistes, l'un des points qui achoppaient dans les négociations.

Dernière annonce et non la moindre: la réforme de la Constitution. C'est l'une des dispositions de l'accord de paix de 2015 signé à Alger. Le chef de l'État malien a proposé d'en débattre lors d'une grande concertation nationale, initialement prévue du 23 au 28 avril, mais qui a été ajournée sine die pour laisser le temps au nouveau gouvernement de s'installer, selon un communiqué officiel.

Source : aBamako

aBamako

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