Crise scolaire: le casse-tête national

Dans le cadre de la gestion de la crise scolaire, une rencontre de haut niveau a regroupé, ce samedi 11 mai 2019, les forces vives de la nation, les acteurs et partenaires sociaux de l’école autour du Premier ministre Boubou CISSE. La rencontre initialement prévue au CICB, a finalement été transportée à la Primature en l’absence de la partie syndicale. Depuis décembre 2018, enseignants et gouvernement sont à couteau tiré pour la satisfaction d’une dizaine de revendications.

À l’issue de plusieurs séances de négociations autour des 10 points de revendication du Collectif des enseignants, un accord a été trouvé sur les 7 points, 1 accord partiel et 2 désaccords.

À ce jour, les enseignants sont à 65 jours de grève, soit 3 900 heures sans compter les week-end.

Difficile relance des négociations

Dans une correspondance en date du 21 février 2019, le ministre de l’Économie avait fait part de sa décision de procéder à des retenues sur les salaires des enseignants grévistes en application la Loi N° 87-47/AN-RM du 10 août 1987 relative à l’exercice du droit de grève dans les services publics.

Après près de 5 mois de conciliations stériles et de grèves perlées, le Premier ministre Soumeylou Boubèye MAIGA a pris lui-même langue, le samedi matin 16 mars 2019, avec les « gens saignants » (comme le diraient nos confrères satiriques), pour dégoupiller la grenade scolaire. Pendant près de trois heures d’horloge d’échanges, le PM a écouté les doléances du Collectif des syndicats de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale (SYPESCO, SYNEB, FENAREC, SYLDEF, SYNEFCT, SYNESEC, COSES, SNEC). Ensuite, le Premier ministre Soumeylou Boubèye a fait des propositions en vue d’une sortie de crise, mais aussi pour mettre fin au bras de fer entre les responsables syndicaux et le Gouvernement.

Ainsi, face à l’inflexibilité et à la détermination des syndicats, le Gouvernement a demandé aux syndicats un délai de trois mois (d’ici le mois de juin) pour faire une proposition chiffrée, sans succès.

A l’issue de toutes ces rencontres et négociations du 08 au 23 mars 2019, le Collectif refuse toujours de signer un accord avec le Gouvernement. Pire, le Procès-verbal de non-conciliation à eux soumis ce 23 mars 2019 a été également rejeté. Ce fut un nouveau blocage.

L’interpellation à l’AN

Ce jeudi 4 avril 2019, trois membres du Gouvernement, à savoir les ministres de l’Éducation nationale, le Pr Abinou TEME ; le Dr Boubou CISSE de l’Économie et des finances ainsi que DIARRA Raky TALLA, du Travail, de la fonction publique et des relations avec les Institutions répondaient étaient face aux députés de l’Assemblée nationale.

Le ministre TEME a informé les députés de l’ensemble de ses initiatives prises pour sauver l’école. Il a indiqué avoir rencontré au moins quatre fois les syndicats concernés et intervenu auprès des familles fondatrices de Bamako, de l’AEEM et de l’AMSUNEEM afin d’éviter au système éducatif la paralysie dans laquelle il est plongé. Mais aucune de ces démarches n’a pu convaincre les enseignants à revoir leur copie, a regretté M. TEME.

Des revendications budgétairement insoutenables

Pour le ministre de l’Économie, le problème est loin d’être financier, mais celui de transformer ces efforts en des résultats d’apprentissage. « Ce n’est pas en augmentant les salaires et primes qu’on corrigera le problème d’apprentissage. Or, c’est de cela qu’il s’agit pour les grévistes », a-t-il indiqué. Selon lui, l’État n’est pas en mesure de faire face à ces revendications. Parce que, soutient-il, les incidences financières des points de désaccord font un total de 161 milliards de FCFA par an sans compter que la masse salariale de ces enseignants est de 124 milliards de FCFA.

La question des retenues sur les salaires revient dans les débats.

« Le gouvernement est disposé à rembourser aussi les retenues des enseignants, mais à condition qu’ils reprennent les cours », a mis en balance le Dr Boubou CISSE.

La Marche du 11 avril

Ce bras de fer nous conduira à la marche du 11 avril 2019. Ce jeudi, des centaines d’enseignants ont manifesté leur mécontentement face à ‘’la mauvaise foi du gouvernement’’ face à leurs préoccupations. Les enseignants ont dénoncé le blocage de leurs salaires.

Le dimanche 14 avril 2019, le Président de la République Ibrahim Boubacar KEITA a reçu en audience à la Base B les familles fondatrices de Bamako, les coordinateurs des quartiers et certains leaders religieux sur la question de l’école malienne. Au cœur des échanges, la crise scolaire.

Les notabilités chez IBK

« Les enfants ne partent pas à l’école. Or, tout ce que nous faisons, nous le faisons pour nos enfants. Nous avons remarqué que vous êtes en train d’écouter le Peuple. Que Dieu vous aide à accomplir vos nobles desseins pour le Mali », a déclaré Souleymane NIARE, Représentant des familles fondatrices de Bamako, qui a bien signifié au Président de la République l’inquiétude des parents d’élèves.

Au nom des TOURE, Mamadou Bamou TOURE ajoutera que l’école demeure l’une des deux préoccupations majeures des populations. Car, les 850 heures nécessaires pour les enfants doivent être respectées.

« Nous sommes, donc, venus vous demander humblement d’ordonner le payement des salaires retenus », a-t-il sollicité.

Prenant la parole, IBK a soutenu que déblocage des salaires n’était pas un problème.

« Ce que vous avez demandé, je l’ai accepté », a répondu le Président IBK qui invite toutes les couches de la société à s’investir dans l’assainissement de l’école.

Au lendemain de cette rencontre, les salaires sont effectivement débloqués comme annoncé. En joignant l’acte à la parole, le Chef de l’État a désormais en main le dossier de l’école malienne.

Aujourd’hui, tous les Maliens sont surpris par la tournure des événements. « Tout a été expliqué », a d’abord affirmé le Président IBK lors d’une rencontre avec des chefs religieux et chefs coutumiers à Koulouba qui l’ont invité à trouver des solutions à la crise de l’école. Avant de poursuivre : « Le déblocage des salaires n’est plus un problème Incha’Allah. »

Depuis le début de l’année scolaire, une série de grèves des enseignants secoue l’école. Malgré des discussions avec le Gouvernement, des points de blocage demeurent avec notamment la prime de logement. Mais les positions se sont durcies quand l’État a suspendu les salaires des enseignants. Une décision qui a poussé ces derniers à rompre définitivement les négociations.

Suspension des négociations

Suite à la démission du gouvernement SBM, le 18 avril 2019, toutes les négociations sont suspendues.

Les syndicats de l’éducation se disent bien disposés au dialogue, mais se réservent le droit d’observer une grève de 27 jours, soit 648 heures allant du Mercredi 22 au Vendredi 24 Mai 2019 : du Lundi 27 Mai au Vendredi 31 Mai 2019, du Lundi 03 Juin au Mardi 04 Juin 2019, du Jeudi 06 au Vendredi 07 Juin 2019, du Lundi 10 au Vendredi 14 Juin 2019, du Lundi 17 au Vendredi 21 Juin et du Lundi 24 au Vendredi 28 Juin inclus.

Les militantes et militants des syndicats de l’éducation signataires du 15 Octobre 2016 rejettent tout moratoire avec l’État malien pour la satisfaction de leurs points de revendication surtout le point 2 concernant l’octroi d’une prime de logement. Ils exigent de l’État malien des propositions concrètes.

Certains responsables politiques ne semblent pas comprendre la position claire des enseignants.

Le seul espoir de repêcher l’année scolaire 2018-2019 est d’accorder au personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale une prime de logement.

Face au refus du Collectif des syndicats enseignants d’observer un moratoire dans les négociations avec le Gouvernement, à l’issue du premier Conseil des ministres du nouveau Gouvernement, le mercredi 8 mai 2019, une rencontre considérée comme celle de la dernière chance pour sauver l’année scolaire a été convoquée au CICB. Le Conseil a décidé de faire tenir, le samedi 11 mai 2019, à partir de 10 heures au CICB, une importante rencontre regroupant les syndicats enseignants, les parents d’élèves, l’AMSUNEEM, l’AEEM, les chefs coutumiers et religieux et les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. Cette rencontre était placée sous l’égide du Médiateur de la République qui avait à ses côtés les ministres chargés du Dialogue social et de l’école.

Malgré qu’ils aient participé à des réunions préparatoires de cette rencontre à la Primature, le jeudi 9 mai, et avec le Médiateur de la république, le Collectif boycotte le rendez-vous du 11 mai 2019 au CICB.

Pour la Synergie des enseignants du Mali (SYNEM) signataire du 15 octobre 2016, la rencontre du CICB est assimilable à un folklore auquel elle refuse de participer. Et pour cause, selon des réactions de responsables du Collectif des enseignants sur les réseaux sociaux : «

1_ Aucun des ministres (Fonction publique et Éducation) depuis leur prise de fonction n’a pris attache avec les syndicats mêmes pour une rencontre préliminaire.

2_ Aucun document administratif ouvrant les négociations ne nous est parvenu.

3_ Le cadre de la rencontre du C.I.C.B apparaît comme un folklore qui ne dit pas son nom et ne saurait en rien apporter comme solution au problème ».

PAR SIDI DAO

Source : aBamako

aBamako

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