COUP DE GUEULE : Entre l’hypocrisie des élus et l’irresponsabilité de l’Etat

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Des enfants innocents surpris dans leur sommeil par la mort dans l’effondrement d’abris de fortune qu’on hésite souvent d’appeler maison ! C’est le drame qui a eu lieu dans certaines familles de Niamakoro, Kalabancoro, Faladié, Missabougou… dans la nuit du 15 au 16 mai 2019. Des inondations consécutives à des pluies diluviennes ont coûté la vie à au moins 16 personnes dans notre capitale, notamment dans des quartiers de la rive droite du Djoliba.
Et comme d’habitude, les partis politiques, les associations ou autres collectifs ont inondé les médias et les réseaux sociaux de communiqués pour présenter leurs «condoléances les plus attristées» en s’inclinant devant «la mémoire des disparus», souhaiter «prompt rétablissement aux blessés», demander que «des mesures urgentes» soient prises pour circonscrire de nouveaux sinistres ou exiger que les responsabilités soient établies.

Que de formules consacrées ne reflétant aucune émotion sincère. Venant des partis politiques, cela pue l’hypocrisie car les responsables sont connus et ceux qui ont été élus sur leurs listes, comme conseillers municipaux et maires, y ont une large part de responsabilité.

Certes, les populations y ont une part de responsabilité car ayant généralement poussé l’incivisme jusqu’à transformer les collecteurs et les caniveaux en dépotoirs d’ordures. Ce qui fait que quelques gouttes de pluie suffisent à transformer les rues et les cours en marigots.

Mais des élus ont morcelé et vendu les berges du fleuve, les lits des marigots…Combien d’élus brassent aujourd’hui des millions grâce à la spéculation foncière ? Les pauvres sont chassés à longueur de journée de leurs propriétés au profit de prédateurs fonciers couverts par leurs complices dans les mairies, dans les services des domaines et au niveau de a justice. Que leur reste-t-il sinon se mettre à l’abri dans les «Sonsonrobugu» ou quartiers spontanés, à squatter le moindre espace pouvant servir de gîtes à leurs familles.

Il est évident que ce n’est pas un va-nu-pieds qui peut se permettre d’acheter le lit d’un cours d’eau. Faites un tour à la Cité du Niger, à Sotuba, Magnambougou, Missabougou, Bollé… Et vous comprendrez la source des inondations avec de vrais châteaux qui poussent comme des champignons. Et cela sans tenir compte des voies naturelles d’écoulement des eaux de ruissellement. Pour eux, s’ils sont en sécurité dans leurs demeures «bunkérisés», peu importe pour le reste du quartier.

Des fléaux qui se nourrissent du laxisme de l’Etat

La responsabilité des populations est relativisée car les caniveaux sont transformés en dépôts d’ordure parce qu’elles ne savent pas souvent où les déverser car l’Etat et les municipalités ne sont pas toujours parvenus à trouver des solutions pérennes à la collecte et au ramassage d’ordures dans le district de Bamako voire dans les centres urbains.

Tout comme la spéculation foncière et la corruption sont aussi en partie liées à la cherté du loyer généralement hors de portée des cadres qui vivent honnêtement de leur salaires, à plus forte raison ceux qui ont du mal joindre les deux bouts pour offrir le minimum vital à leurs familles.

Et l’Etat est toujours incapable d’organiser le secteur de l’habitat en fixant un plafond de loyers pour chaque type de maisons. Combien d’appartements sont fermés de nos jours dans les quartiers huppés de la capitale parce que la location est hors de portée de ceux qui sont dans le besoin.

L’Etat, par son laxisme, a une grande partie de responsabilité dans la prolifération de tous ces fléaux (incivisme, occupations anarchiques, spéculation foncière, l’urbanisation sauvage…) qui accroissent davantage les risques d’inondations chaque année. Ces fléaux prospèrent en se nourrissant de l’impunité car ceux qui doivent sévir ont généralement tout intérêt à ce qu’ils prolifèrent.

«Un Etat est une communauté humaine qui revendique le monopole de l’usage légitime de la force physique sur un territoire donné», définissait Max Weber. C’est dire que seul l’Etat est habilité à utiliser la violence pour la bonne cause (sécuriser les populations contre les conséquences de leurs propres actes ou ceux d’autres personnes) sans qu’on puisse lui en dénier la légitimité. Et cela fait partie de ses prérogatives légales. Cette théorie traduit la définition régalienne de l’Etat qui doit se cantonner à des fonctions de sécurité et de sûreté des citoyens. Surtout quand leurs agissement mettent des vies en danger comme les risques d’inondations de plus en plus élevés dans notre capitale.

Ainsi, toute violence autre que celle de l’Etat serait nécessairement illégitime pour assainir le pays de tous ces fléaux entretenus par une minorité pour son confort matériel et financier. Mais, si l’Etat n’est pas en mesure de s’assumer, les populations doivent elles-mêmes prendre leur destin en main. En faisant d’abord preuve de civisme et jouer leur partition dans l’assainissement de leur propre cadre de vie.

Que chacun balaie devant sa maison et que, ensemble, nous trouvions des solutions pérennes et moins onéreuses pour ramasser et déposer les ordures au niveau des dépôts de transit. Quand nous assumons notre devoir de citoyen, il sera plus aisé de sanctionner l’Etat et les élus.

Mais, de grâce que toute cette hypocrisie sur le malheur des familles endeuillées s’arrête parce que personne n’est dupe pour croire à la sincérité de tous ces communiqués. Sans doute que des cadres et des élus se réjouissent déjà du profit qu’ils vont tirer du désarroi de ces familles par le détournement d’une partie de l’aide qui leur est destinée. De vrais loups pour leurs autres citoyens !

Moussa Bolly

Source : LE MATIN

Source : aBamako

aBamako

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